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Cette rubrique est élaborée en collaboration avec la Fédération Protestante de France


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Alice au pays des merveilles

(Alice in Wonderland, USA 2010, 1h59)

Réalisation : Tim Burton - Scénario : Linda Woolverton d’après Lewis Carroll - Image : Dariusz Wolski - Montage : Chris Lebenzon - Musique : Danny Elfmann.
Interprétation : Mia Wasikowska (Alice) - Johnny Depp (le chapelier fou), Helena Bonham-Carter (la Reine rouge), Anne Hathaway (la Reine blanche), Crispin GLover (Ilosovic Stayne le valet de coeur)
Auteur :

Timothee William Burton, californien (né à Burbank, siège des studios Warner, Disney, etc.) a tourné à 13 ans en Super8 une adaptation de l’Ile du Dr Moreau de H.G. Wells. Il étudia l’animation au CalArts, l’école de Disney chez qui il resta peu. Son troisième ‘vrai’ film, Batman (1989) l’installe comme réalisateur à succès. Son goût du fantastique l’a fait aller de l’horreur (Sleepy Hollow 1999, Sweeny Todd... 2007) au féérique (Edward aux mains d’argent 1990, Charlie et la chocolaterie 2005) ou à la science-fiction (Mars Attacks ! 1997, la Planète des Singes 2001). Pour Alice..., il fait équipe avec de vieux comparses : Danny Elfmann (13 films ensemble depuis 1985), Johnny Depp (7 films depuis 1990), Helena Bonham-Carter sa compagne (cinq films depuis La Planète des Singes). Tim Burton préside en 2010 le Jury du festival de Cannes, dont il avait été membre en 1997.

Résumé :

Treize ans plus tard. Alice, fuyant un mariage arrangé, retombe à la suite d’un lapin blanc dans le monde fantastique qu'elle avait découvert enfant. Est-elle la vraie Alice d’autrefois ? Les personnages du conte de fée sont avec ou contre elle, qui ne souhaite que sortir de son "rêve"; mais tous s’allient pour mettre fin au règne de terreur de la Reine rouge. Revenue à la surface, Alice rejette le riche imbécile qui lui était promis, et devient femme d’affaires.

Analyse :

Changements de taille, chenille bleue sur un champignon, chat-sourire qui apparaît et disparaît, cartes à jouer au service de la Reine rouge et pièces d’échecs au service de la Reine blanche, et bien sûr lapin blanc, lièvre de mars et Chapelier fou – entre autres – toute la galerie fantastique imaginée par Lewis CARROLL est au rendez-vous pour notre enchantement. La refonte de ces ingrédients dans une nouvelle aventure n’introduit pas d’innovation, mais ne dérange pas non plus, et c’est bien toujours d’Alice qu’il s’agit. Le personnage très transparent joué par Mia WASIKOWSKA fait basculer l’intérêt sur ses comparses, mais rien n’est à regretter, car Johnny DEPP en éblouissant Chapelier, et les deux Reines blanche et rouge sont merveilleusement rendus, seuls acteurs "en chair et en os" du monde souterrain avec le méchant Valet de Coeur (Crispin GLOVER, 1m85, dont la tête est perchée au dessus d’un corps informatique plus haut de cinquante centimètres). Et se promener dans la forêt riche en champignons multicolores, plantes de fantaisie et insectes voletant, est un ravissement.
La révoltante cour de la Reine rouge, dont les courtisans flagorneurs déforment leur apparence pour émuler le crâne hydropique de leur Reine, applaudissant à ses oukases stupides et cruels, est mise en parallèle avec, sur terre, la cour du riche Lord Ascot et les personnages brutaux et bêtes de Lady Ascot et son fils ; elle contraste avec le pacifisme de la Reine blanche et la force de la compassion, par laquelle Alice dompte le terrible Bandersnatch. Mais la "philosophie" de Lewis CARROLL, faite de mise en défaut des vérités admises plutôt que de construction alternative, est incorporée dans ses inventions de personnages plus que dans le récit ou les aphorismes de la chenille, et dans les jeux d’un langage déformé sans devenir vraiment étranger (« Tout flivoreux vaguaient les borogoves, les verchons fourgus bourniflaient. » Au delà du miroir, trad. PARISOT). L’ambiance de rêve est réussie, et l’on souffre d’en sortir : certaines allusions au monde réel, comme le village dévasté par la Reine rouge, ou Alice partant en épilogue à la conquête commerciale de la Chine, nous font retomber un peu lourdement au fond de notre fauteuil.
Et la 3D, alors ? Beaucoup de bruit pour rien, en tous cas pour peu de chose. Quelques envols de papillons semblent quitter l’écran, mais on a plus souvent des tableaux où personnages et décors semblent taillés dans du carton et placés à différentes profondeurs sur la scène... Le principal progrès réside dans les lunettes, bien plus esthétiques et pratiques que les vieux cadres à fenêtres verte et rouge.

(Jacques Vercueil)