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Fiche technique :

Réalisation : Réalisation et scénario : Narjiss Nejjar. Prise de vue : Denis Gravouil. Montage : Emmanuelle Pontcalet. 

Avec :
Raouia (Mina), Khalid Benchegra (Fahd), Siham Assif (Hala), Rafiqa Belhadj (Zaïnba)

Les yeux secs (Al ouyoune al jaffa)

France, Maroc, 2004, 120min.

Réalisation : Narjiss Nejjar

Biographie :

Narjiss Nejjar , jeune femme de 30 ans, a présenté ce film à Cannes 2003 à la Quinzaine des réalisateurs. A l'origine elle se proposait de tourner un documentaire sur ces prostituées du Maroc que les hommes rejoignent dans des abris creusés dans les roches. Celles-ci ayant refusé, la réalisatrice a opté pour cette violente et troublante fiction dédiée à la cause des femmes.

Résumé :

Mina , ancienne prostituée mûrie en prison depuis 25 ou 30 ans, décide de retourner à Tizi - village du haut Atlas (région de Khénifra) ou elle a exercé jadis - dans l'intention d'abolir l'humiliation des femmes qui y sont cloîtrées pour le seul plaisir des hommes. Elle est accompagnée par Fahd, son ex-geôlier devenu chauffeur de bus. « Rien n'a changé » comme dit Mina, et ils vont découvrir la prise de pouvoir de Hala , l'une d'entre elles, sur ces femmes solidaires mais passives auxquelles Hala impose de ne pas garder leur nouveau-né « pour que le cycle se termine », et de se tenir à distance du village lorsque, devenues de « vieilles semelles trouées », elles risquent de dégoûter les hommes. Fahd, énigmatique antithèse des mâles qui viennent faire la « fête » au village, va s'éprendre de cette amère beauté farouche et longtemps rejetante, séduire les femmes par sa douceur, ses dessins et ses imitations de « Charlot » et s'émouvoir de la condition de Zaïnba, une préadolescente dont la virginité sera sacrifiée lors de l'une des virées masculines. Après l'incendie du village par les hommes inquiets de la maladie de l'une des femmes, Mina réussira à remplacer la prostitution par l'artisanat du tapis et Hala partira sur le scooter de Fahd.

Analyse :

L'indignité de la condition de ces prostituées honteuses suscite l'indignation de la réalisatrice qui, dans une mise en scène très fréquemment théatralisée et justement insoucieuse de tout réalisme - la harangue de Hala après un accouchement, la falaise troglodytique, la tambourinade de Mina pour rassembler les femmes ou les hommes, la pantomime de Fahd, la danse du feu de Hala, la perte de virginité de Zaïnba, la fuite dans la neige de Fahd - offre au spectateur une transposition poétique, et par moments onirique, de cette oppression ancestrale qu'elle dénonce. Narjiss Nejjar sculpte, le plus souvent dans une lumière sombre, des bruns et des ocres, les visages et les regards de braise de ses quatre héros également préoccupés de mettre fin à l'infamie à travers des comportements apparemment contradictoires mais en réalité convergents comme le prouvera l'heureuse issue que le spectateur chagrin pourra juger trop convenue. Voici trois générations de femmes militantes : Mina la courageuse et la lumineuse, déterminée à désaliéner, par une reconversion créatrice, les compagnes de Hala, qui retrouve une complicité chaleureuse avec les anciennes ; Hala, belle et farouche chef berbère, qui porte une noire blessure que seul l'amour improbable et fou de Fahd guérira ; Zaïnba, fragile enfant, si précocément livrée à la barbarie masculine, qui trouvera le courage de prendre sa place parmi ses aînées, de s'écarter de Hala et de rejoindre Mina et Fahd. Le personnage le plus insolite est bien celui du doux Fahd, qui de simple accompagnateur se muera en acteur. Sa retenue déconcerte Hala mais la touche puis la convainc. Il est celui qui a gardé ou retrouvé l'esprit d'enfance comme en témoignent sa relation ludique et pudique avec Zaïnba. Les paysages montrés sont superbes : austérité des falaises et du désert, prairies rouges de coquelicots à la Renoir. Le montage serré ­ plans américains ou gros plans - permet de soutenir, sans mouvements de caméra compliqués, le rythme dramatique de la narration et l'évolution psychologique des personnages . Quelques longs plans séquence condensent mais filtrent l'émotion que le spectateur peut ainsi ressentir tout en la maîtrisant. Enfin l'utilisation de la couleur, souvent éteinte dans un minimum de lumière, et qui évoque Rembrandt, est remarquable.

Jean-Michel Zucker

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