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Fiche technique :
 – Photographie : Maria Von Hausswolff – Montage : Julius Krebs Damsbo – Musique : Toke Brorson Odin – Distribution : Arizona.

Avec :
Elliott Crosset Hove (Emil) – Simon Sears (Johan) – Victoria Carmen Sonne (Anna) – Lars Mikkelsen (Carl) – Peter Plaugborg (Daniel) – Michael Brostrup (Michael).

Winter Brothers (Vinterbrødre)

Danemark, Islande, 2017, 94min.

Réalisation et scénario : Hlynur Pálmason

Biographie :

Hlynur Pálmason est né en 1984 en Islande. Il commence sa carrière en tant qu'artiste visuel  et réalise des installations vidéo. Il s'oriente vers le cinéma en entrant à la Danish National Film School. Son film de fin d'études, A Painter (2013), est nommé à la Danish Film Academy. Son dernier court métrage, Seven Boats (2014), est présenté à Toronto. Winter Brothers est son premier long métrage.« 

Résumé :

Le film suit le quotidien de deux frères qui travaillent dans une mine de calcaire du Danemark. L’un d’eux, Emil, un personnage un peu étrange, aux allures d’idiot, fabrique de l’alcool frelaté qu’il vend à ses collègues. Mais les relations vont se dégrader lorsqu’on accuse la mixture d’Emil d’avoir empoisonné l’un des mineurs.

 

Analyse :

D’entrée, le film nous plonge dans les entrailles de la mine : des lampes-torches qui papillonnent dans l’obscurité, des figures blanchies qui apparaissent de façon fragmentaire, des bras qui entaillent à coups de pioche des pans de roche et le bruit continu et assourdissant d’une machine. Une sirène stridente, et nous voilà à la suite des mineurs projetés au dehors dans un paysage hivernal de neige et de brouillard. C’est dans cet environnement qu’émerge le visage blafard d’Emil. Ce qui frappe immédiatement dans ce visage, c’est le regard. Un regard qui n’est pas sans rappeler celui de Buster Keaton (auquel Pálmason se réfère explicitement) et où se lisent à la fois une naïveté craintive et une attente énigmatique. Que cherche Emil avec sa gnôle douteuse qu’il propose à ses collègues, avec ses tentatives maladroites pour atteindre sa voisine Anna, derrière la vitre qui la dissimule, avec son entraînement grotesque au tir au fusil à l’aide d’une cassette vidéo ?

Avec Winter Brothers, le réalisateur, s’inspirant de son expérience de vidéaste, construit une forme filmique originale, modelée par le jeu des variations de lumière et de couleur, le rythme syncopé des séquences et la discordance de la bande sonore. Aussi le film n’est-il pas réductible à une simple narration des aventures, ou plutôt des mésaventures pitoyables de ce personnage décalé qu’est Emil. Il est encore moins réductible à une ‘fiction documentaire’. Certes le réalisateur nous immerge dans un réel, celui de la mine. Mais, à l’instar de Bresson, autre cinéaste de référence, c’est pour en extraire un matériau visuel et sonore, le recomposer et en faire le signe d’une autre réalité, celle-là invisible.

A travers le personnage d’Emil, Pálmason explore un monde intérieur creusé par un manque originel et par une quête douloureusement obstinée. En réponse à l’interpellation de son frère Johan, « les gens normaux te regardent », Emil s’écriera : « mais je fais partie des gens ! ». Vaine revendication : sous couvert de la fable du chien attendant fidèlement le retour de son maître mort, l’un des mineurs signifiera à Emil l’inutilité de sa présence parmi eux. Et lorsque le film s’achève avec la reprise de la scène d’ouverture au fond de la mine, Emil n’est plus là au côté de son frère Johan. Ce final abrupt est précédé d’une scène totalement incongrue, une scène tout aussi inexplicable que le tour de magie qu’elle donne à voir. Et si cette scène, laissée à l’interprétation de chacun des spectateurs, était l’ultime révélation de Winter Brothers, la révélation d’un au-delà de l’expérience sensible qui serait l’apanage d’Emil ! Alors qu’importe que celui-ci ait disparu de l’écran, son regard ne nous quitte pas.

Yves Ballanger

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