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La constance de Michael Haneke


Les films de Haneke sont considérés comme des favoris du Festival de Cannes. La Pianiste reçoit en 2001 le Grand Prix du Jury, Caché le Prix de la mise en scène en 2005, Le Ruban blanc et Amour la Palme d’Or respectivement en 2010 et 2012. Beau palmarès pour une filmographie qui ne compte que onze longs métrages ! Pourtant les valeurs d’espérance ne sont que très peu présentes dans les scénarios et il a fallu un grand courage au Jury œcuménique pour récompenser, en 2010, un Le Ruban blanc aussi noir. Quelles sont alors les raisons de ce succès ? Le film La pianiste mis à part parce qu‘il ne semble pas avoir la même portée sociale que les trois suivants, quelles sont les caractéristiques communes à Caché, Le Ruban blanc et Amour  et en quoi contribuent-elles à leur succès ?

La scène d’ouverture a la réputation de semer souvent (comme dans un opéra) des indices sur le déroulement du film. Dans Caché elle nous présente des images vidéo de la rue devant la maison de Georges qui constitueront l’essentiel du harcèlement dont celui-ci sera victime ; ces images créent, d’emblée, un certain malaise, le spectateur cherchant la raison de cette longue séquence banale. Le Ruban blanc débute sur la chute de cheval du médecin rentrant de sa tournée. Anne, allongée sur son lit, tendrement auréolée de fleurs, dans une mort enfin sereine, est notre premier contact avec Amour. Aucune scène préparatoire, dans chacun des cas nous entrons de plein pied dans le sujet avec ses interrogations, le drame est là et nous implique.

Car nous sommes pris au piège du thème, le harcèlement pour le premier de ces films mais aussi la cruauté enfantine et peut-être adolescente, la cruauté enfantine et adolescente pour le deuxième qui mettra en cause les comportements des adultes, le grand âge et la maladie pour le troisième, l’euthanasie, non sans souligner l’incompréhension entre les générations. L’isolement de la vieillesse avait déjà été abordé dans Caché où la mère de Georges, immobilisée par la maladie, lui disait : « Etre seule dans mon jardin ou dans mon lit, où est la différence ? ». Thèmes donc récurrents, qui nous touchent de près. Dans chaque cas le réalisateur laisse toujours le spectateur tirer ses propres conclusions.

Haneke aime filmer des espaces restreints, des huis clos, des couloirs : le corridor glacé et oppressant d’une HLM dans Caché , celui de la maison du pasteur que doivent traverser les enfants pour recevoir leur correction, celui de l’appartement parisien du couple d’ Amour qui hante les rêves et les hallucinations de Georges. Cette angoisse est aussi entretenue par la lenteur presque insupportable des plans-séquences permettant de saisir de manière réaliste l’émotion sur les visages ou dans les gestes. Seules les scènes les plus dures sont évoquées par des images fugaces : le suicide de Majid dans Caché , la découverte de Karli dans Le Ruban blanc , ou encore la gifle dans Amour . Par contre, dans ce dernier film, la scène d’étouffement est filmée sur le lit comme une scène d’amour. Beaucoup de scènes violentes ne sont suggérées que par des sons off : les coups aux enfants ou les souffrances d‘Anne dans son lit de malade.

La bande son joue en effet un rôle à part entière dans les films de Haneke qui est un grand amateur de musique. Il ne l’utilise pourtant que de manière diégétique. Pas de « sanglots longs de violons » accompagnant les scènes romantiques, mais beaucoup de sobriété. Il revendique cependant un « montage musical » autorisant un certain phrasé et des silences. Mais ses personnages jouent ou écoutent de la musique : l’instituteur, la baronne, le précepteur jouent d’un instrument dans Le Ruban blanc, et les enfants chantent dans une chorale ; Georges et Anne sont chacun à son tour au piano dans Amour, et dans Caché, le père de Georges était lui aussi musicien.

On remarque, à l’occasion de ces énumérations, des clins d’yeux du réalisateur marquant une certaine continuité dans son œuvre: la présence d’oiseaux toujours victimes (le coq sacrifié, l’oiseau en cage du pasteur, les pigeons prisonniers dans le corridor chez Georges) ; dans Amour, comme dans Caché les noms des protagonistes sont Georges et Anne Laurent. Soulignons une dernière constante dans ces films : la grande délicatesse de l’expression. Lorsque, dans Le Ruban blanc, le paysan va rejoindre sa femme qui vient de mourir d’une chute dans une grange, une paysanne est en train de lui faire sa dernière toilette ; le cadrage est centré sur les jambes de la défunte, un mur cachant le haut du corps ; le paysan entre, contourne lentement le lit et s’y assied, le dos tourné, presque entièrement hors champ, sa douleur inscrite sur sa seule épaule visible. Georges est dans une position tout à fait analogue, dans Amour, lorsqu’il essaie  tendrement de redonner vie aux jambes inertes d’Anne. Par l’émotion contenue dans des images en apparence si simples on reconnaît la grande maîtrise du réalisateur dans son art.

 

Nicole Vercueil

Amour


Amour de Michael Haneke


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