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Au générique, derrière l’écran et sur l’écran

(Version longue d'un article publié dans Vu de Pro-Fil n°7)

Est-ce un record ? Au générique d’Avatar (John Cameron, 2009) figurent 1657 noms, répartis en plusieurs centaines de dénominations professionnelles... Dans le budget d’un film, les dépenses sont pour moitié des coûts de personnel (et charges), dans lesquels l’actorat, y compris les stars, pèse deux fois moins que les autres professions.

Pour qui identifie créateur d’un film et réalisateur, il est instructif d’écouter D. W. Griffith s’adressant au maître maçon toscan dont les fils construisent les décors d’Intolérance : « [Vos cathédrales] sont nées, tout comme [nos films] aujourd’hui, d’un même rêve collectif... Vos fils ressemblent à ces obscurs tailleurs de pierre qui ont sculpté leurs chefs d’oeuvres sur les cathédrales que vous honorez, qui les ont rendues célèbres par leur art, et qui ont aidé leurs prochains à avoir la foi et à vivre mieux. C’est pourquoi j’aime le cinéma, et que je le respecte.» (Good Morning Babilonia, P&V Taviani 1987)

C’est cette richesse, ces nombreuses compétences et sensibilités mobilisées pour la réalisation collective d’un film, que ce dossier invite à parcourir, en plongeant au sein de cet improbable mixture d’artistes et de managers, d’engins et de lumières, de techniciens et de financiers, qui compose la fabrique cinématographique – ce que l’on a trouvé de mieux, depuis la Genèse, pour recréer le monde !

Pour cette promenade parmi les métiers de la fabrication d’un film, avant le clap, pendant le tournage, puis dans la post-production, nous serons guidés par les cinéastes eux-mêmes, que fascine souvent l’étonnant jouet qui leur sert à inventer images et sons de leurs histoires. Outre quelques films (La Nuit américaine, F.Truffaut 1973 ; Lost in la Mancha, K.Fulton et L.Pepe, 2002 ; Intervista, F.Fellini 1987 ; le Silence est d’Or, R.Clair 1947...) dont le sujet est la réalisation d’un film ou le fonctionnement d’un studio (le Zinzin d’Hollywood, J.Lewis 1961 ; Hellzapoppin, H.Potter 1941 ), nous en croiserons aussi qui mettent en scène, pour les uns, ou en oeuvre pour les autres, de façon éclairante certains aspects et métiers en particulier.

Métiers avant le clap : pré-production

Le producteur

Producteur délégué (Executive Producer)

Producteur exécutif (Line Producer)

  • Directeur de production (Production Manager)
  • Régisseur, administrateur

Co-producteur, Producteur associé

  • Sociétés de production

Le Scénariste (writer)

Dialoguiste (en France seulement)

Script doctor (consultant en scénario)

Storyboardeur, illustrateur (story-board = scénarimage )

  • Gagman (auteur de gags)

Département artistique

Chef décorateur (production designer)

                 (scénographe, directeur artistique)

Accessoiriste (set designer, set dresser)

Costumier/ère (costume artist, wardrobe)

                 (ensemblier/ère, styliste)

   Charpentiers, menuisiers, peintres, ouvriers, couturières…

Repérages (location scout, location manager)

Casting = Distribution (des rôles)

    • régisseur/se de distribution (casting director)

Pour commencer, la conception : on s’attend à y trouver d’abord le scénariste, mais celui-ci sera  souvent montré en prolétaire aliénant sa force de travail, sa créativité étant niée ou instrumentalisée : dans Boulevard du Crépuscule (B.Wilder 1950) W.Holden voit son scénario rejeté et doit pour vivre écrire les niaiseries de Gloria Swanson ; dans Barton Fink (J.Coen 1991) J.Turturo applique son talent à des dialogues de catcheurs, parqué comme ses clones dans l’interminable couloir des scénaristes à la chaine. Dans le dernier Nabab (E.Kazan 1976) le producteur R. de Niro, au delà du pouvoir de l’argent, donne une leçon de cinéma à l’écrivain D.Pleasance (et à nous, une démonstration d’acteur immense) : le cinéma, ce ne sont pas des mots, mais des images ; son personnage de producteur s’impose en créateur du film, comme le fera K.Douglas dans les Ensorcelés (V.Minelli 1952). Le réalisateur alors n’est lui aussi qu’un exécutant, mais qui se rebelle avec force lorsque, dans Le Mépris, il a la stature de F.Lang jouant son propre rôle. Il retrouve son autorité dans des contextes plus actuels (Lost in la Mancha, Même la pluie (I.Bollain, 2010), Sex is Comedy de C.Breillat, 2002) mais on le verra toujours obligé de négocier avec la Production.

Pour préparer le film, il faut ensuite les décors. Intervista offre de savoureuses images de leur création, comme ces peintres en nacelle badigeonnant de bleu un ciel démesuré... mais, plutôt que de voir fabriquer le décor ou les costumes (ne ratez pas, néanmoins, ce qu’en montre Lost in la Mancha), il est intéressant de réaliser à quel point leurs auteurs peuvent être aussi créateurs non seulement d’ambiance, mais de sens et même de dramaturgie : voyez le monde fou du Cabinet du Dr Caligari (R.Wiene 1919), le délire final de La Dame de Shanghaï (O.Welles 1947) ; et dans les fameux films de Jacques Demy (Les parapluies de Cherbourg, 1964 ; Les demoiselles de Rochefort, 1967) ce sont les couleurs, les papiers peints, les vêtements, les murs de la ville qui font le spectacle. A l’opposé, le non-décor de Dogville (L.vonTrier 2003) a l’efficacité  des vitres sur lesquelles le mime Marceau s’écrasait.

A côté des décors construits, il faut ‘repérer’ extérieurs et locaux. P.P.Pasolini a laissé deux documents rares, Repérages en Palestine (1963) et Carnets pour une Orestie africaine (1970), dans lesquels il commente – et bien au delà – sa recherche de paysages et lieux de tournage, dans leurs dimensions concrètes et symboliques.

Vient alors le casting, la distribution des rôles. Plusieurs cinéastes ont mis en scène les angoisses et le pittoresque des candidats aux petits rôles et figurants, qui jouent leur chanceen quelques secondes : Hitlers sautillant et criant (Les Producteurs, M.Brooks 1968), riches plastiques à  sélectionner (Mme Henderson présente, S.Frears 2005), défilé de cour des miracles (Intervista), actrices professionnelles... ou presque (Huit et demi, F.Fellini1963 ; le Silence est d’Or). Pour les grands rôles, on signalera Moviola : The Scarlett O’Hara war (John Ermon 1980) sur la chasse à la star que remporta finalement Vivien Leigh pour le grand rôle d’Autant en emporte le vent.

Métiers du tournage

Réalisateur = Metteur en scène (Director)

Assistant Réalisateur

Premier, second assistant

  • Scripte = script-girl (continuity girl)

Tournage : l’Image

Directeur de la photographie = Chef opérateur (director of photo / cinematography)

Cadreur = opérateur caméra (cameraman)

Assistant opérateur, premier assistant (focus puller)

Second assistant (clapper loader)

Chef éclairagiste (gaffer, lighting director)

  • Éclairagistes, électriciens (electric department, best boy electric)

Tournage : le Son

Ingénieur du son (sound engineer, sound director)

     = chef-op son, preneur de son

  • Assistant son, perchman, opérateur prise de son (boom operator, boomer)

Tournage : l’Actorat

Acteurs, vedettes, rôles, figurants

(stars, characters, background actors)

Coach de comédiens 

Doublures (body double)

Doublure lumière (stand in)

Cascadeurs (stunts, stunt double)

    • Captation de mouvement (mocap

Tournage : et tous les autres...

Coiffeur/se et Maquilleur/se (hair dressing, make-up)

Accessoires (props)

Chef accessoiriste (property master)

Machinistes (grips)

Chef machiniste (key grip, best boy grip)

plateau roulant, grue (dolly, crane)

Rippeurs (rippers)          = déménageurs

Photographe de plateau (stills photographer)

 

Le tournage est normalement l’étape la plus brève de la confection d’un film. Le personnage clé y est bien sûr le Réalisateur, défini par Truffaut (La Nuit Américaine) « quelqu’un à qui on pose sans arrêt des questions, des questions à propos de tout. »  Huit et demi le confirme par un contre-exemple, M.Mastroiani n’apportant plus aucune réponse... Mais le réalisateur doit aussi, à tout moment, adapter son projet aux perpétuels impondérables, anodins au début de Sex is Comedy, fatals dans Lost in la Mancha. Avec lui, à tout instant, le premier assistant-réalisateur, personnage indispensable et chargé de grandes responsabilités (Lost in la Mancha : « pour les producteurs, quand ça ne va pas, la solution consiste d’abord à changer le premier assistant »). Troisième membre d’un indissociable trio, la Scripte (le titre anglais est meilleur : continuity girl) enregistre tout, universelle et précieuse mémoire (La Nuit américaine).

Nous pénétrons sur le plateau avec G.Kelly et D.Reynolds (Chantons sous la Pluie, S.Donen et G.Kelly, 1952)ou avec Fellini dans le parc de Cinecitta (Intervista) pour nous émerveiller avec eux : projecteurs, réflecteurs, machines à vent ou à brouillard, grues articulées, chariots roulants, et la foule des électriciens, machinistes, habilleuses, coiffeuses, messagers... quel grouillement excitant, mis à l’écran dans plusieurs films de notre échantillon ! Alors, de l’opérateur frénétique voulant tout saisir du monde (B.Keaton, le Cameraman, 1928 ; M.Kaufman, l’Homme à la caméra, D.Vertov 1929) au maniaque rivé à l’oeilleton (le Voyeur, M.Powell 1961) la magie de l’objectif et du cadrage semble irrésistible.

Plutôt que de l’image au son, passons du muet au parlant ! Cette transition féconde, mais traumatique, a elle aussi mobilisé les cinéastes. Le Silence est d’or montre un tournage où chacun parlr ou crir, sauf les acteurs, tandis que  Chantons sous la pluie fait son miel de l’apprentissage du parlé... et de la prise de son.

Le délire de Gloria Swanson, « Je peux tout dire avec mes yeux » (Boulevard du Crépuscule) grande artiste jetée au rancart par la technologie, nous introduit dans le monde des acteurs, vus ici comme des personnes exerçant un métier « génial  pour l’âme, mais terrible pour les nerfs » (Jane Fonda, A la recherche de Debra Winger, Rosanna Arquette 2002). Anne Parillaud (Sex is Comedy) décrit la relation réalisateur-acteurs « un acte de prédation... inhumain mais c’est comme ça »), ce dont Romy Schneider donne l’exacte démonstration (L’important c’est d’aimer, A.Zulavski 1975), comme aussi Lana Turner (les Ensorcelés), voire Jeanne Moreau (le dernier Nabab). On est moins surpris alors de voir apparaître, remède au stress, le métier de coach de comédien.

Métiers d’après le tournage: la post-production

Laboratoire

Etalonneur, étalonnage (calibration)

Montage et mixage (editorial department)

Monteur/se (editor)

Mixeur/se (sound editor)

Bruiteur/se (foley artist)

Doublage (dubbing)

  • Post-synchronisation (ADR= automatic dialog replacement ou recording)

Effets

Transparences

Effets spéciaux (SFX),

Effets visuels (VFX) et Effets sonores

Fonds verts ou bleus (green/blue screen)

3D (3D)

Animation, captation de mouvements (mocap), etc.

Distribution et Exploitation

Exploitant de salle

Caissière, ouvreuse, eskimo

Projectionniste

Exploitants Video (Video Club, DVD…)

Diffusion en direct (streaming)

  • Video sur demande (VsD, VàD, VoD)

… et tout cela ne serait rien sans ...

Spectatrices et spectateurs

Cinéphiles (movie fans)

  • Critiques, enseignants, écoles, etc. (and so on)

L’Homme à la caméra, ce monument du cinéma, prétend montrer que la caméra peut tout reproduire de la vie, alors que paradoxalement ce film doit tout au montage – qui réinvente, au lieu de reproduire. On y voit donc la monteuse à sa table de travail, devant son chutier, coupant et collant... La technique a changé, certes, mais n’ajoute guère à la puissance du montage : dans  Etreintes brisées (Almodovar 2009) il devient instrument de vengeance ; et deux versions du film Man on Fire, par Elie Chouraqui (1987) et Tony Scott (2003), illustrent, sur des séquences qui se répondent, combien une même scène peut différer en style et en sens. 

Le film terminé, reste à le projeter. Le métier peu visible de projectionniste se retrouve volontiers à l’écran, sur un registre comique (Hellzapoppin), romantique (Sherlock Junior, B.Keaton 1924), ou technique (Au fil du temps, W.Wenders 1976), mais toujours mélancolique. Le projectionniste, c’est parfois l’exploitant de salle lui-même (P.Ketnath promène son cinéma en camion dans le nrodeste brésilien, Cinéma, aspirine et vautours, M. Gomes 2004) mais celui-ci est devenu, en trois films italiens et simultanés (Via Paradiso, L.Odorisio 1988; Cinema Paradiso, G.Tornatore 1988 ; Splendor, Ettore Scola 1989) l’emblème d’une nostalgie du temps passé, de la culture tuée par l’argent.

sans oublier la musique du film,
qui n’est pas spécialement avant, ni pendant, ni après le tournage,
ça dépend !

  • compositeur de partition originale (score)
  • interprêtes
  • arrangeurs

Jacques Vercueil,
après la journée de Pro-Fil Marseille ‘Des métiers de cinéma’, 29 janvier 2011



48%, d’après 530 films du CNC (2003 à 2006) d’un budget moyen de 4 millions d’euros. Ajouter 23% de moyens matériels (studio et équipement, pellicules et laboratoire, décors, costumes...), 8% pour les droits artistiques, et 21% de transports, assurances, frais généraux.

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