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Quelques films de la sélection officielle du festival de Cannes 2011

Impressions de juré


This must be the place This must be the place

This must be the place de Paolo Sorrentino

C’est en tant que membre du Jury œcuménique du festival de Cannes 2011 que je voudrais parler de quelques films particulièrement intéressants.

Avant tout je tiens à signaler le beau film de Paolo Sorrentino : This must be the place qui a reçu le Prix du Jury œcuménique. C’est un drame classique, qui fait autant appel à notre émotion qu’à notre réflexion en posant des questions graves. C’est aussi un film intéressant par son écriture.

Il y est question d’une ancienne Rockstar qui approche la cinquantaine : Cheyenne, un personnage douloureux, incarné par Sean Penn. Il vit en Irlande, persuadé que son père ne l’a jamais aimé, lui le rocker dont les traits disparaissent sous un maquillage tragique. La mort de son père, qu’il n’a pas revu depuis 35 ans, le ramène à New-York. C’est là qu’il découvre que ce père est porteur d’une histoire douloureuse, dont il n’a jamais dit mot : celle d’un juif interné autrefois dans un camp de concentration.

Au cours du long voyage qui va le mener jusque chez le tortionnaire de son père, terré au fin fond du Névada, Cheyenne va faire l’expérience du désir de vengeance et du pardon, de la réconciliation et de l’espérance, de l’amour aussi : « ton père t’aimait » lui dit doucement le vieux Mordechaï, «il me l’a dit». A partir de là, Cheyenne peut laisser son maquillage d’adolescent malheureux et ses vêtements noirs trop larges. Il peut enfin prendre sa place dans la société des hommes.

Nous avons décerné une mention spéciale au film d’Aki Kaurismäki : Le Havre (Finlande). Le Havre

Le Havre d'Aki Kaurismäki

Un film à la fois social et poétique qui, telle une parabole, nous ramène au Sermon sur la Montagne :

Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux.
Heureux ceux qui sont compatissants car ils obtiendront compassion Heureux les artisans de la paix…

Comme toujours, Kaurismäki se penche sur le monde des pauvres gens, des « petites gens » et il transfigure ce monde par la magie des couleurs, la poésie des décors et des dialogues. C’est un film qui privilégie les ellipses pour accroître son efficacité narrative. Nous sommes dans le vieux port français du Havre. Marcel Marx (André Wilms), autrefois écrivain, a décidé de changer de vie : il est aujourd’hui cireur de chaussures dans la rue. Il mène une vie simple aux côtés de sa femme Arletty (Kati Outinen), de sa chienne Laïka, et de ses voisins de quartier. Mais voilà que tout bascule : sa femme, gravement atteinte, est emmenée d’urgence à l’hôpital tandis que la police se lance à la poursuite d’un jeune africain sans papiers, Idrissa, qui cherche à embarquer secrètement pour l’Angleterre. Marcel Marx cache l’enfant qui va ainsi échapper à la police. Arletty, contre toute attente, rentre guérie à la maison. Et le cerisier a fleuri en l’espace d’une nuit… Kaurismäki croit-il donc aux miracles ? On peut avancer que ce film résonne comme une promesse :

un jour, les hommes seront bienveillants et se prêteront assistance,
un jour, les étrangers trouveront aide et protection,
un jour, la vie vaincra sur la mort,
un jour…

Une deuxième mention spéciale a été accordée au film libanais de la jeune réalisatrice Nadine Labaki : Et maintenant on va où ? (son 2° long-métrage après Caramel).
Et maintenant on va où ?

Et maintenant on va où ? de Nadine Labaki

Et maintenant on va où ? Et c’est encore un conte…qui fait rêver.
Entre comédie et tragédie, la jeune réalisatrice parvient à mettre en scène une fable poétique qui fait appel à notre émotion et pose le grave problème des conflits religieux qui déchirent le Moyen-Orient. Ce sont les femmes d’un petit village, situé quelque part dans cette partie du monde, qui vont inventer un stratagème pour mettre fin aux incessantes agressions entre chrétiens et musulmans.
Nous rions souvent mais insensiblement nous ressentons l’extrême gravité de la situation. La dernière scène, à la porte du cimetière, éclaire cette drôle de question : « et maintenant, on va où ? »

Habemus papam de Nanni Moretti est un film à ne pas manquer.
C’est une sorte de comédie (on rit souvent) dotée d’un arrière plan des plus sérieux.
Ici, pas trace de polémique. Pas un soupçon d’anticléricalisme. Par contre un regard plein d’humanité sur la faiblesse de l’homme, fût-il le Pape en personne.
A travers une superbe mise en scène, très théâtrale, ( d’une part la longue procession des cardinaux se rendant solennellement en conclave, d’autre part les acteurs en répétition sur la scène d’un théâtre romain) Moretti nous fait sentir à quel point pouvoir et théâtre sont proches : il s’agit en effet avant tout de savoir jouer son rôle…
Le pape fraîchement élu (Michel Piccoli) réagit de façon parfaitement inattendue à la dignité qui vient de lui échoir : il dit non. Il dit qu’il ne se sent pas la force d’assumer une telle responsabilité. Puis il quitte secrètement le Vatican pour aller observer ses semblables dans la vraie vie : dans la rue. Et il ne peut que remarquer à quel point le monde change. Alors que l’église, elle, ne change pas. Et les fidèles, massés sur la Place Saint Pierre, eux non plus. Ils ne veulent pas entendre parler de changement. Ils réclament le rituel : le nouveau Pape doit apparaître sur le balcon et, comme cela s’est toujours fait, tendre ses mains vers la foule en signe de bénédiction… La musique souligne les points forts du film : s’élève une très belle chanson chilienne, chantée par Mercedes Sosa : Todo cambia (Tout change), tandis que le bouleversant Miserere d’Arvo Pärt fait entendre la prière d’un homme seul devant son Dieu.

Et maintenant, quelques mots sur la Palme d’Or :The Tree of Life de Terrence Malick.
affiche The Tree of Life

 © EuropaCorp

Je suis désolée pour tous ceux qui ont aimé ce film*, mais je ne peux pas le défendre !
Rien ne m’a plu dans ce film : je n’y ai vu qu’un amoncellement de clichés.
Le film aurait pu être intéressant : T. Malick y pose des questions métaphysiques d’envergure : d’où vient le Mal ? comment peut-on accepter la mort d’un enfant ? Que devrait être la relation d’un père et de son fils ?
Mais pourquoi donc n’apporte-t-il à ces questions que des réponses simplistes ?
Il ne reste plus au spectateur le moindre espace pour sa propre réflexion.
Et les images alors ? La mise en scène est grandiose : elle veut montrer l’origine de l’homme, l’univers, le cosmos. A vouloir tout englober, elle ne parvient qu’à être prétentieuse. Et la musique ? c’est un best of de toutes les mélodies possibles, allant de suaves chœurs célestes à des grondements pompeux et terrifiants.
Bref, ce romantisme bruyant, mystico-cosmique m’a profondément irritée.

Françoise Lods

* Cf. la fiche du film, le site du jury oecuménique, ainsi qu'une réflexion sur la pratique de la critique

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