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Mon festival 'Deux cannes'

Témoignage, Cannes 2012

Un ménisque qui saute quinze jours avant l'ouverture du festival, et me voilà sur la Croisette avec des béquilles - on ne va quand même pas gaspiller la si précieuse accréditation ! J'ai donc découvert quelques aspects de la condition d'éclopé, bien conscient toutefois qu'il y a une terrible différence entre une gène passagère avant opération, et un handicap durable… 

Contraintes : plus question de courir d'une salle à l'autre, de filer à la distribution des dossiers de presse, ou d'emporter des kilos de documentation en prévision des longues soirées d'hiver… Mais j'ai quand même pu voir en moyenne trois films par jour, ce n'est pas mal. J'ai constaté aussi que beaucoup de gens manifestent une sollicitude très sympathique, porte tenue ouverte, propositions d'aide – parfois j'avais presque honte de ne pas être plus mal en point tant on était gentil ! Se méfier dependant des blasés : "Oui, comme mon mari, il n'arrête pas de se plaindre !" Brrrr… Certains vigiles sont un peu raides : j'ai fini par me faire jeter, après deux jours de tolérance, d'une file de chaises réservée aux personnes munies de la carte Station debout pénible, que je n'ai pas bien sûr (il faut quelques mois pour cela.) "N'importe qui pourrait se présenter avec des béquilles, alors !" Affreuse consolation, le privilège de la chaise a été refusé aussi à un autre monsieur béquillé comme moi, et muni lui d'une carte d'invalide accrochée à côté de son badge - mais pas la bonne carte ! Hop, à la file comme les autres !

Privilèges : les personnes en difficulté peuvent entrer avant la meute, et par endroits disposer de sièges pour l'attente. Pour qui a vu Kandahar et son parachutage de prothèses dans le désert afghan, voilà qui rappellera quelque chose : lorsque l'ouvreur annonce depuis la porte de la salle "Vous pouvez y aller", la file des estropiés se lève en titubant, agitant ses cannes dans tous les sens, et se précipite lentement, branlant de droite et de gauche, vers les rangées de fauteuils... Mais un jour où nous n'étions que trois, une dame à cannes comme moi et un bonhomme à vertiges, au cours de notre déplacement depuis les chaises d'attente vers la salle de projection la dame, en tête du trio, a fait tomber le journal qu'elle tenait sous son bras : avec deux cannes, on n'a pas de main libre ! Je l'appelle pour le lui signaler et clopine jusqu'à la hauteur du journal ; elle s'est arrêtée, retournée, elle bloque d'une main ses deux cannes et tend l'autre vers moi pour que je lui fasse passer un de mes bâtons, afin que ma main libérée puisse aller prendre le journal. Mais en me penchant pour atteindre le sol, le sac à dos qui me sert à porter tout ce dont j'ai besoin sans rien tenir en main, mal fermé, se renverse et se vide par terre. Je saisis le journal et le remets à la dame, pendant que le monsieur à vertiges qui suivait derrière moi a eu le temps de me rejoindre et se penche à son tour pour commencer à recueillir mes affaires, tandis que je reprends le contrôle du sac pour y mettre ce qu'il me donne. Puis je ramasse sa casquette qui était tombée de son crâne à nos pieds, je la lui rends, je récupère ma seconde canne auprès de la dame de devant, et à ce moment l'ouvreur rapplique : "Eh mais ! Qu'est-ce que vous fabriquez ! Ne restez pas plantés là au milieu du passage, les autres spectateurs arrivent !" Et de nous 'enfuir' devant la foule qui, retenue et piaffant derrière les barrières depuis une heure et demie, vient d'être lâchée et se rue pour avoir de bonnes places et en réserver pour les copains et copines...

Le sujet mériterait un traitement plus complet et circonstancié, mais on manque toujours de place !

Jacques Vercueil

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