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Le scénario au service de la mémoire


Pour en savoir plus sur Semprun, sur la guerre d’Espagne, sur l’écriture d’un bon scénario pour faire un documentaire, je vous invite à voir Les chemins de la mémoire de José-Luis Peñafuerte, Prod : Man’s films 2009.

C’est le bonus que je vous propose. On démarre avec un superbe entretien de 16 minutes entre José-Luis Peñafuerte et Jorge Semprun. Cet entretien évoque Les deux mémoires, film tourné clandestinement par Semprun, en Espagne, en 1972, trois ans avant la mort du général Franco. Il explore la mémoire des nationalistes et des républicains.

A rebours de la légende

Le récit, nous explique Semprun, oscille entre critique et autocritique, car Franco est toujours vivant et les anciens franquistes ne sont plus des proches du pouvoir en place. Filmée sans autorisation, c'est donc, signale avec humour Semprun, une mémoire et demie plutôt que deux mémoires. Il n'en reste pas moins que ce film lance l'Espagne dans une reconquête de la conscience historique de son passé. La seule copie qui existe encore se trouve à Paris, la filmothèque espagnole ayant mystérieusement égaré la sienne après l'imbroglio de la production. Celle-ci qui démarre avec une filiale de la Paramount se retrouve sans producteurs au milieu du gué, au point d'obliger le réalisateur à en créer une afin de pouvoir terminer le film. Celui-ci va à l'encontre des légendes sur la guerre civile et ne rencontre aucun succès. Il s'agissait, explique Semprun, « de ne pas restituer le discours de propagande franquiste et communiste, mais d'écouter les autres pour récupérer des vérités à partir d'expériences personnelles. Tu étais phalangiste et puis tu as changé, pourquoi ? Mon point de vue était d'écouter ce qu'on me raconte comme un psychanalyste. C'est au spectateur d'interpréter ce qu'ils disent. »

Le visage de la douleur

Les chemins de la mémoire n’est pas un film historique, il explore le visage de la douleur. L’auteur ne voulait pas qu'il se fasse à travers des archives, mais à travers des témoignages directs ou des écrits, pour essayer de transmettre cette douleur et cette force. Dans la construction du montage, il a quand même introduit des archives, récemment ouvertes au grand public et aux familles des victimes. De même, certaines régions ouvrent la possibilité aux historiens d'accéder aux archives militaires. L'Espagne est en train de faire un début de travail sur les injustices et les disparus. Une société a besoin d'abord de se reconstruire avant de se replonger. Semprun témoignait très bien, en sortant de Buchenwald. Il a voulu témoigner, comme Primo Lévi, mais contrairement à Primo Lévi, l'écriture le ramenait à la mort, à une envie de suicide. Il a très vite lâché l'écriture et a préféré se plonger dans la lutte clandestine du parti communiste espagnol dans les années 50. C'est en 54-55, dans son appartement clandestin de Madrid, qu'il se met à écrire Le grand voyage qui est un des premiers ouvrages, avec celui de Primo Lévi, publiés sur les camps.

José-Luis Peñafuerte, documentariste, signe, avec Los Caminos de la Memoria (Les Chemins de la mémoire), son troisième film, qu'on imagine porté par la même humanité que ses films précédents Niños (2001) et Aquaviva (2005).

Si j’ai trouvé ce scénario tellement réussi c’est qu’il fait écho au documentaire que j’ai fait sur les lettres de prison de mon père en Espagne : Lettres de Carabanchel (2010). On peut le voir sur le site d’Images et paroles engagées.  

Marie de La Rosa

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