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Mission et Cinéma

Colloque 2012
Liste des communications

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I - Le cinéma au service de l'évangélisation

1 - Les Scheutistes du Congo belge

Flavien Nkay Malu (Institut Supérieur du Commerce, Idiofa, Congo)

Dans un télégramme envoyé, en 1953, aux congressistes religieux réunis à Malte pour étudier les problèmes posés par la diffusion de films en Afrique, le pape Pie XII écrit : « Sa Sainteté encourage paternellement tous les efforts poursuivis pour combattre mauvaise influence films immoraux en pays missions et développer production saine et catholique au service apostolat vaillants missionnaires et culture humaine des populations nouvelle chrétienté. Stop ». Il s’agit pour les missionnaires de faire du cinéma autant pour former les Noirs que pour lutter contre les aspects nocifs du cinéma laïc.

Pour les Scheutistes et les autres missionnaires du Congo Belge, le cinéma était senti comme un outil puissant d’éducation et même d’apostolat. Il reste à donner un contenu aux mots « éducation » et « apostolat » et à étudier la réaction des Noirs à qui ce cinéma missionnaire était destiné.

Prêtre du diocèse d’Idiofa, en République démocratique du Congo. Docteur en histoire de l’Université de Lyon 2. Auteur de La mission chrétienne à l’épreuve de la tradition ancestrale au Congo belge (1891-1933), Paris, Karthala, 2007.

2 - L'organisation catholique internationale du cinéma (OCIC) et son travail dans le domaine du cinéma dans les pays des missions avant et après le concile Vatican II. Du cinéma instrumentalisé au cinéma d’émancipation

Guido Convents (SIGNIS)

En 1928, l’office catholique international du cinéma est fondé au Pays Bas. L’OCIC veut réunir toutes les organisations catholiques du monde qui s’occupent du cinéma pour mieux servir les fidèles en défendant les valeurs chrétiennes dans le cinéma, mais aussi pour intégrer ce nouveau moyen de communication dans l’évangélisation. Il va donner une attention particulière au cinéma missionnaire et développer un service spécial pour mieux servir les missionnaires. Dans les années 1930-2001, une bonne partie de son action se situe ainsi dans les pays « dits » de missions. Cette communication se propose de retracer le début de cette politique jusqu’aux années 1970, en analysant le cinéma missionnaire avant et après les indépendances ainsi que Vatican II et le rôle de l'OCIC dans ce développement. Le cinéma missionnaire étant très varié, cette communication se concentrera surtout sur ce cinéma que les missionnaires ont proposé aux « indigènes » dans les pays des missions en le situant dans le travail et la politique de l’OCIC.

En 1933, Abel Brohée sera nommé comme président de l’OCIC lors des journées internationales d’études consacrées au cinéma des missions en Belgique. Vingt ans plus tard, l’OCIC organise de nouveau des journées d’études consacrées au cinéma missionnaire, sous la présidence de l’archevêque T. Gouveia de Lourenço Marques (Mozambique). Entretemps, l’OCIC installe à Rome son service missionnaire pour informer des missionnaires des films appropriés produits par des producteurs commerciaaux du cinéma ou par des missionnaires. Son premier directeur est le missionnaire-cinéaste canadien Jean-Marie Poitevin. En 1972, Paul Labelle, un autre missionnaire canadien, lui succède. Durant ces années, des membres de l’OCIC discutent de l’usage des films pour l’évangélisation : films religieux (l’instrumentalisation des films) ou films exprimant des valeurs (cinéma et éducation). On remarque une évolution d’un cinéma qui veut « transformer » les peuples « indigènes » selon des normes et culture occidentales vers la défense des films produits par eux pour donner se une voix (une image) dans le monde (influence de la théologie de la libération et le Deuxième Concile Vatican).

Historien et anthropologue, titulaire d’un doctorat en histoire du cinéma à la K.U. Leuven, Guido Convents travaille actuellement auprès du SIGNIS (association catholique mondiale pour la communication). Il a publié différents articles et ouvrages sur le cinéma colonial, le cinéma catholique - dans le monde entier - et le cinéma en Afrique.

3 - Une école protestante à Madagascar : le cinéma à l’École

Robert Martel, ancien missionnaire à Madagascar En 1965, l’image était un luxe, principalement en Afrique. La télévision était un rêve. Pourtant, à Ambositra, le cinéma était connu. La commune louait une salle à un entrepreneur commercial qui projetait des séries américaines où sexe, guerre et violence dominaient. Ces films n’avaient pas une très bonne presse dans les milieux d’Eglise. Lorsque l’opportunité de projeter des films au sein de l’école Benjamin Escande se présenta, Rapierre manifesta tout de suite son intérêt.

André Garrigues qui disposait d’un projecteur et du film Madagascar au bout du monde, assura la première projection. La projection eut du succès, d’autant qu’une partie du film avait été tournée, en 1959-1960 à Ambositra et en pays Zafimaniry sous la conduite du pasteur Remi Burnand, missionnaire en poste cette année là. André Garrigues présenta par la suite le film qu’il avait réalisé en 1972 : Notre riz de tous les jours. L’impulsion était donnée, il fallait trouver d’autres films. Ils furent fournis par le Centre culturel Albert Camus qui avait un service de prêt bien organisé. Rapidement, je fus alors assez heureux pour obtenir pour l’Ecole Benjamin Escande, le prêt à long terme d’un appareil de projection. L’ancien temple fut notre première salle sombre.

Le succès fut immédiat et immense. Toutes les classes ont bénéficié de ce nouvel outil, mais de manière irrégulière. La difficulté consistait à trouver des films compréhensibles pour une classe donnée. L’ambassade américaine proposait aussi quelques documentaires : trois ou quatre dessins animés de Walt Disney sur l’hygiène et des films sur les premiers vols dans l’espace. L’idée de proposer après la projection une discussion systématique à tous s’imposa. Un ciné-club se créa et même plusieurs à différents niveaux.

La technique fut vite rodée : La première projection avait lieu le vendredi soir avec les professeurs et les adultes de la ville. Nous analysions les films et j’étais aidé par toute la documentation fournie par le Centre culturel Albert Camus. Il était parfois difficile à nos jeunes de comprendre certaines séquences de films tournées dans un environnement géographique et culturel si différent du leur. Mais la discussion, dans la mesure où nous y étions préparés, ouvrait les esprits. Ainsi, la semaine suivante, nous pouvions répondre, parfois par avance, aux questions légitimes des élèves. La discussion permettait aussi de faire saisir les subtilités cinématographiques et celles des images. Peu à peu les jeunes professeurs, anciens de l’Ecole Benjamin Escande, arrivant de l’Université firent à leur tour leurs premières armes comme animateurs. Projeter chaque semaine un long métrage était toutefois un idéal difficile à réaliser. Le centre culturel nous fit alors découvrir la richesse et la qualité de ses courts métrages. La plupart étaient des chefs d’œuvre reconnus et primés ou produits par des réalisateurs devenus célèbres par la suite. C’était souvent leur première œuvre réalisée au cours ou pour la fin de leurs études à l’école du Cinéma (IDHEC). Ces films dits de commande, étaient des documentaires, souvent romancés. Ces courts métrages de 20 à 50 minutes maximum, présentaient l’immense avantage de permettre, juste après la projection, une discussion plus approfondie et longue.

Au début des années 1970, le centre culturel Albert Camus, au courant du succès de nos ciné-clubs, nous nous proposa un projecteur à lampe iode d’une qualité d’image très supérieure à l’ancien appareil à lampe à incandescence. Ce qui devait être un progrès signa malheureusement la mort du ciné-club vers 1975-76, à cause d’un effet pervers. La lampe de ces nouveaux appareils avait une vie bien plus courte et coûtait trois fois plus cher et les finances de l’école n’ont pas pu suivre.

Pasteur de l’Eglise réformée de France, ancien missionnaire (Smep-Cevaa) à Madagascar (1958-1982). Auteur de Une école protestante à Madagascar. Ambositra 1861-2011, Paris, Karthala, 2011.

II - Représentations missionnaires dans le cinéma laïc

4 - Un engagement missionnaire en question au cinéma à partir du film « Au risque de se perdre (The Nun’s Story) » de Fred Zinnemann (1959)

Bernadette Rey Mimoso-Ruiz (Faculté Lettres et Sciences Humaines, Institut catholique de Toulouse)

L’adaptation du roman de Kathryn Hulme A Nun’s Story (1956) s’inscrit dans la carrière de Fred Zinnemann à la suite de deux grands films High Noon (Le Train sifflera trois fois, 1952) et From Here to Eternity (Tant qu’il y aura des hommes, 1953) dont l’inspiration humaniste explique qu’il ait pu s’intéresser au récit quasi biographique d’une jeune religieuse. En effet, Kathryn Hulme a bâti son récit à partir de l’expérience vécue par Marie Louise Habets devenue Gabrielle van der Mal en écriture et dont le rôle à l’écran est tenu par Audrey Hepburn (Sœur Luc). (High Noon)

Le film, dont nous verrons dans un premier temps les écarts par rapport au roman, met en scène le parcours d’une jeune fille mystique confrontée à la rigueur du couvent et qui s’épanouit en mission au Congo avant d’être rappelée en Belgique à la veille de la deuxième guerre mondiale. Le film pose tout d’abord, la problématique de l’engagement religieux et comment la personne vit les différences existantes entre vie monacale et vie missionnaire, entre l’obéissance impérative et la liberté d’agir selon sa conscience pour parvenir à gagner la confiance des indigènes et propager la foi.

Ensuite l’étude d’une séquence de révolte dans le dispensaire se propose de mettre en lumière les conflits interculturels dans le Congo belge des années 50, au moment où les élans indépendantistes commencent à se manifester avec violence.

Professeur de Lettres à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Institut catholique de Toulouse.

5 - Ambitions d’un scénario, ambiguïtés d’une réalisation à partir du film Un Missionnaire, de Maurice Cloche (1955)

Paul Coulon (Historien, Congrégation du Saint-Esprit)

En 1955, sortait en salles un long-métrage en technicolor 35 mm intitulé Un missionnaire. Le metteur en scène en était Maurice Cloche, encore tout auréolé du succès de son Monsieur Vincent. Le film est produit avec la congrégation du Saint-Esprit, et c’est le spiritain Paul Bernier qui en écrit le scénario. Le chef opérateur est un des plus grands du cinéma français d’alors, Claude Renoir. Si l’acteur principal, Yves Massard, est peu connu, il est entouré de très grands acteurs : Charles Vanel et Albert Préjean.

Porté par la volonté de rendre compte de la vocation missionnaire spiritaine dans ces années 50 qui sont un tournant en Afrique, ce film au scénario dramatique et ambitieux n’aura que peu de succès public tout en servant longtemps à l’« animation missionnaire » en France. La communication reprendra le dossier sur l’image – pas forcément « classique » – que le film entend montrer de la mission dans les années 50. Le scénario ayant été ensuite développé dans un livre, on peut savoir très exactement ce que le spiritain Paul Bernier a voulu dire et montrer de la vocation missionnaire vécue par un missionnaire (le titre n’est pas : "Le Missionnaire"). On relèvera la haute spiritualité que l’auteur du scénario veut mettre en lumière, en nous présentant en quelque sorte le Journal d’un curé de campagne missionnaire…

On verra comment la grande presse et la presse spécialisée ont accueilli le film, notamment les critiques qui lui furent adressées, mais aussi ce que le « bon peuple » chrétien en a dit dans les villes et villages de France.

Prête spiritain, ancien missionnaire au Congo, Docteur en histoire, Ancien directeur de l’Institut supérieur de théologie des religions de l’Institut catholique de Paris, Rédacteur en chef de la revue Histoire & Missions chrétiennes.

6 - Même la pluie (También la lluvia) d’Iciar Bollain

Waltraud Verlaguet

Film avec Gael García Bernal, Luis Tosar, Carlos Aduviri. France/Mexique/Espagne 2011, 1h43

Un jeune réalisateur arrive en Bolivie pour tourner un film sur le dominicain Bartolomé de Las Casas (1474-1566) qui a défendu les indigènes contre les colons. Sur place, il recrute à faible coût des indigènes d’aujourd’hui. Ces derniers s’engagent bientôt dans une lutte sociale, inspirée de faits réels, contre la privatisation de l’eau.

Le croisement de l’histoire de la mission et de la colonisation d’une part, du tournage du film sur fond de mondialisation et de bonne conscience postcoloniale d’autre part, offre une mise en perspective singulière des différents fils du récit.

Waltraud Verlaguet est médecin, puis obtient un doctorat en théologie à Montpellier sur la mystique de Mechthild de Magdebourg et publie plusieurs livres sur ce thème. Membre d’INTERFILM (organisation internationale protestante pour le cinéma) et de PRO-FIL (association française d’inspiration protestante pour une réflexion sur le cinéma), elle est rédactrice en chef de Vu de Pro-Fil et webmaster de www.pro-fil-online, co-auteur (avec Jean Lods) de Cinéma et Théologie.

7 -Projection publique du film Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois

en présence d'Henry Quinson, conseiller monastique fu film, et de Mgr Henri Teissier, archevêque émérite d'Alger. Le débat est mené par Jacques Vercueil, de Pro-Fil.

III - Usages multiples du film: objet missionnaire, objet anthropologique, et/ou objet historique ?

8 - La présence des OMI parmi les Inuit Netsilik du Grand Nord canadien, à partir du film Lux in tenebris

Eddy Louchez

Disposant d’une version numérique complète de ce film, je présenterai le contexte de sa réalisation, les experts employés au plan scientifique, la figure centrale du missionnaire mis en scène dans le film, en l’occurrence l’oblat flamand Frans Van De Velde, le peuple dont il partage la vie quotidienne, les Netsilik, et enfin l’apostolat missionnaire. Je décrypterai le sens de ce docu-fiction quasiment hollywoodien afin de déterminer le sens du message et de tracer le profil du public auquel il était destiné. L’exposé sera soutenu par un montage Powerpoint et par de brefs extraits significatifs du film.

Eddy Louchez est historien à l’Université Catholique de Louvain et collaborateur scientifique pour la Revue d’Histoire Ecclésiastique et le Dictionnaire d’Histoire et de Géographie Ecclésiastiques. Il est spécialiste des missions des Oblats de Marie Immaculée et des missions au Concile Vatican II.

9 - Le Père Aupiais et ses deux films de 1930 sur les religions au Dahomey

Pierre Trichet (Missions Africaines à Rome)

Du 1er janvier 1930 à la mi-mai, le P. Aupiais effectue un séjour au Dahomey, pays qu’il connaît bien car il y a servi, comme missionnaire, de 1903 à 1926. Cette fois-ci, il est accompagné d’un cinéaste. Les deux hommes ont une mission : rapporter des photos fixes et des films. Ces films se focaliseront sur deux centres d’intérêt : la religion traditionnelle et la religion catholique, telles qu’elles sont vécues à Porto-Novo. Ils incluront aussi des séquences « pittoresques » : la pêche, la récolte des régimes de palmes, le tissage, des scènes de marché ou de chasse, etc. Au retour des deux hommes en France, un film est monté sur chacune de ces deux religions. Ces films sont en noir/blanc et muets. Des « vignettes » ou « cartons » expliquent ce qui va se passer.

Dans les années qui viennent, le P. Aupiais va accompagner la projection de ces films : il en commente les séquences à mesure qu’elles se déroulent sur l’écran. Le film Le Dahomey religieux veut montrer que les liturgies traditionnelles (culte des ancêtres, sacrifices, purification des fautes rituelles, etc.) n’ont rien d’ « irrationnel » ou de « primitif », mais obéissent à des règles précises, cohérentes avec la culture de ces peuples. Quant au film Le Dahomey chrétien, il montre les réalisations de la mission (principalement les écoles) parmi lesquelles des fêtes chrétiennes (notamment l’Épiphanie et le défilé en l’honneur de Sainte Jeanne d’Arc) qui rassemblent des foules enthousiastes. Il présente aussi un Dahomey qui s’ouvre à la civilisation moderne (campagnes de vaccination, pesée des bébés) et qui se développe sur le plan économique (activités artisanales, production et exportation de l’huile, entre autres).

Des oppositions entre le P. Aupiais et son Supérieur Général freineront l’exploitation de ces films. Celle-ci reprendra dès 1937 (quand le P. Aupiais sera élu Supérieur Provincial) et vaudra à la Société des Missions Africaines d’être avantageusement connue dans les milieux intellectuels et dans les paroisses.

Depuis 2004, Pierre Trichet est l’archiviste général des Missions Africaines, à Rome. Entre 1960 et 2004, il a vécu en Côte d’Ivoire, en qualité de missionnaire.

10 - La mise en images des traditions indigènes face à l’évangélisation : Etienne Berger au Barotseland

Emilie Gangnat (HiCSA, Université Paris 1)

Missionnaire suisse de la Société des missions évangéliques de Paris, le pasteur Etienne Berger part au Zambèze en 1934. Il revient en France pour un premier congé en 1939 et rapporte avec lui des bobines 16mm noir et blanc, tournées avec le missionnaire Forget. Berger les organise en cinq films thématiques : Le Zambèze et ses habitants, Royautés zambéziennes, Paganisme zambézien, Œuvre missionnaire au Zambèze I et Œuvre missionnaire au Zambèze II. Il les projette dans les paroisses qu’il visite en Suisse dès 1940. Les films sont muets, mais sont destinés à être accompagnés d’un commentaire lu, proposé par Berget lui-même au sein de livrets. D’après le pasteur, les films rendent compte de la situation dans laquelle se trouve le Zambèze vis-à-vis du paganisme et donnent à voir le travail entrepris par la SMEP pour évangéliser la région.

Réalisés dans une démarche décrite comme « anthropologique » mais destinés à la propagande missionnaire, ces films peuvent-ils aujourd’hui être observés comme des sources pour l’histoire du Royaume Lozi ?

A travers l’analyse visuelle de ces courts-métrages et des liens qu’ils entretiennent avec les commentaires qui leur étaient destinés, cette communication vise à comprendre la façon dont certains missionnaires entendent aborder l’anthropologie pour mieux servir l’évangélisation.

Emilie Gangnat est titulaire d’un doctorat en histoire de l’art, consacré à la photographie missionnaire en contexte protestant. Elle est chercheur associée de l’équipe de recherche HiCSA de l’université Paris 1.

11 - Les enjeux socio-culturels et religieux des films missionnaires en Afrique de l'ouest à l'époque coloniale. Les cas du Mali et du Burkina Faso

Dragoss Ouedraogo (Université de Bordeaux 2)

En termes de production cinématographique, les Missions catholiques en Afrique subsaharienne à l’époque coloniale ne sont pas légion. Cependant ces missions notamment celles des Pères Blancs dans le cadre de leur mission d’évangélisation ont intégré le cinéma dans leur stratégie de conquête des esprits. Elles vont plus s’investir dans le champ de la diffusion cinématographique de films dans leurs réseaux spécifiques en veillant scrupuleusement à leur contenu. Les films ne devaient pas heurter un certain ordre moral et à fortiori constituer une distorsion subversive au discours évangélique. Au Burkina Faso (ancienne Haute-Volta), les missions vont jouer un rôle pionnier dans l’introduction et la diffusion des films auprès des publics autochtones dès les années 1920. Les premières projections de films ont été organisées dans les enceintes des établissements scolaires : l’Ecole régionale de Ouagadougou et l’Ecole cléricale, crée en octobre 1922 embryon du petit séminaire de Pabré ouvert lui-même en 1925. Sur les écrans les publics voyaient des images exotiques sur l’Afrique à l’instar des films coloniaux de l’époque et des représentations du christ. Au Mali (ancien Soudan français) où l’évangélisation avec les Pères Blancs a eu une longueur d’avance par rapport à la colonie voisine de Haute-Volta, les premières projections de film ont eu lieu en 1908 à Bandiagara avec les mêmes objectifs, c’est-à-dire faire du cinéma un outil de distraction pour mieux « faire connaître l’enseignement du Christ ».

Ces activités se déroulaient dans un contexte de la domination coloniale en cohabitation et parfois en rivalité avec d’autres sphères de développement des activités cinématographiques : l’administration coloniale, les sociétés de Production, de Distribution et d’Exploitation relevant de l’industrie du cinéma.

Dragoss Ouedraogo est anthropologue et cinéaste-Réalisateur, rattaché à l’Université Segalen Bordeaux 2.

12 - Image et pentecôtisme en Afrique : croisement des usages et des représentations

Sandra Fancello (MMSH, CNRS)

Cette contribution n'a finalement pas pu être présentée lors du colloque, mais elle sera incluse dans les Actes du Colloque à paraître

L’expansion du pentecôtisme en Afrique comme ailleurs est en partie liée aux usages stratégiques de l’image par les missionnaires et fondateurs d’Églises qui ont compris très tôt l’importance du recours aux médias de communication (chaînes de télévision, supports vidéo, Internet, etc.). Certains pays africains comme le Nigeria et le Ghana sont aujourd’hui de grands producteurs de fictions chrétiennes prosélytes mettant en scène les puissances du mal, la sorcellerie, le Diable, Satan, etc. et la victoire du dieu chrétien. Puissant vecteur de communication, le succès de cette nouvelle imagerie du Diable auprès du public contribue une généralisation de l’imaginaire sorcellaire et de la démonologie à toutes les sphères de la vie sociale.

Outil d’évangélisation et de publicité à destination du public, outil de formation à destination des pasteurs, outil d’analyse pour l’observateur, les usages de l’image dans les Églises pentecôtistes africaines répondent à des intérêts différenciés et ambivalents. D’une part, la culture de l'image vidéo et de la caméra, et l'usage des témoignages filmés, font partie de l'apprentissage et de la vie quotidienne du converti. Cette méthode d’observation de l’action religieuse en train de se faire implique la mobilisation, de la part du chercheur comme des acteurs religieux, des ressources analytiques et des usages réflexifs de l’image.

D’autre part, pour l’anthropologue, les techniques du corps mobilisées au cours de séances de délivrance et d’exorcisme collectifs ne peuvent être analysées sans le recours à l’image. La panoplie gestuelle déployée par les pasteurs, autant que par les fidèles, qui sont souvent des femmes, interroge sur la circulation des savoirs et de la grammaire corporelle de la délivrance. A partir de la projection d’une série de vidéos et de photogrammes, nous mettrons en évidence la contribution indispensable de l'image pour rendre compte des ressources de ces cultures de la transe dans ces « liturgies de l'émotion » répondant aux attentes des corps souffrants. La mise en scène de la lutte contre les « mauvais esprits », qui passe par un corps à corps parfois fulgurant, rend le support de l’image décisif et incontournable.

Sandra Fancello est anthropologue (docteur de l’EHESS, Paris, 2004), chargée de recherche 1ère classe au CNRS (2007) et membre du Centre d’Études des Mondes Africains (MMSH, Aix-en-Provence). Ses recherches sur les pentecôtismes africains et les enjeux de l’implantation des Églises africaines en Europe se sont focalisées sur les ressorts de la conversion, la quête de guérison et les pratiques de délivrance et d’exorcisme (2006, 2007, 2008) ; sur la posture des Églises évangéliques face à l’épidémie du Sida en Afrique (Sciences Sociales & Santé, 2007) ainsi qu’aux affaires d’accusations de sorcellerie (Politique africaine, 2011) et aux logiques d’accusations intrafamiliales (2009-2011). Elle a publié Les aventuriers du pentecôtisme ghanéen. Nation, conversion et délivrance en Afrique de l’Ouest (Karthala, 2006) et (avec A. Mary), Chrétiens africains en Europe. Prophétismes, pentecôtismes et politique des nations (Karthala, 2010).

13 - Films missionnaires : sources historiques et/ou belles images

Luc Vints (KADOC, Leuven)

La collection des films missionnaires du KADOC comprend plus de deux cents titres. Elle est abondamment consultée et exploitée par les chercheurs et les médias belges et étrangers… Dans mon exposé, je voudrais, à l’aide de quelques exemples pour la plupart récents, démontrer l’importance de cette collection et, surtout, montrer comment elle est utilisée (de façon plus ou moins judicieuse). Car s’il est admis depuis plusieurs années que les films peuvent constituer une source historique, ils ont encore trop souvent utilisés en tant qu’illustration, « belle image » en annexe d’un récit. Pourquoi en est-il ainsi ? Y a-t-il un problème dans la formation des historiens – l’analyse des films exige-t-elle un apprentissage particulier ? L’inventorisation des films laisse-t-elle à désirer (dépouillement trop superficiel...) ? Je souhaite ici tracer les contours de cette problématique et proposer quelques réponses.

Historien au KADOC (Katholiek Documentatie en Onderzoekscentrum voor Religie, Cultuur en Samenleving) de la K.U. Leuven (Katholieke Universiteit Leuven – Belgique.

Films missionniares à destination d'un public occidental

14 - « De la barbarie à la civilisation » ou quand les missions sont mises en scène

Laurick Zerbini (Université Lyon 2)

Cette contribution n'a finalement pas pu être présentée lors du colloque, mais elle sera incluse dans les Actes du Colloque à paraître

Dans les années 1920, les associations missionnaires reconnaissent le cinéma comme un formidable moyen de diffusion du message apostolique et outil de propagande. Si l'utilité du cinéma fut soulignée lors du premier congrès du Clergé en faveur des missions à Rome en 1922, l'exposition Vaticane Missionnaire de 1925 a sûrement encouragé les congrégations à développer ce précieux média. Et il n'est sûrement pas un hasard si la Revue Illustrée de l'Exposition Missionnaire Vaticane consacre un article intitulé « Les films des missions catholiques ». « Le film peut devenir le témoin fidèle de l'activité des missions. Il fixera les scènes de la vie primitive ou dégénérée des peuples païens. Il enregistrera les transformations graduelles de leurs conditions d'existence ». Ces quelques lignes résument fort bien le film muet, De la Barbarie à la civilisation, produit par les Œuvres Pontificales Missionnaires en 1927.

Nous nous proposons, d'une part, de le replacer historiquement au sein de la production cinématographique produite par les missionnaires dans ce premier quart du XXe siècle, d'autre part, d'interroger la construction des images, le mouvement de la caméra mais aussi les commentaires écrits qui ponctuent ses cinq parties. De la Barbarie à la civilisation est un outil de propagande qui nous amènera également à questionner le public visé.

Laurick Zerbini est maîtresse des conférences en histoire des arts africains à l'Université Lumière Lyon 2 et membre du laboratoire de recherche LARHRA (UMR 5190 du CNRS), Équipe RESEA (Religions, sociétés et acculturation).. Elle travaille depuis des années sur les questions de collecte et de patrimonialisation des cultures africaines par les missionnaires (expositions, musées...). Elle est l'auteure d'articles sur les musées missionnaires catholiques et la patrimonialisation des cultures africaines. Elle travaille actuellement sur l'architecture chrétienne en Afrique de l'ouest, en particulier le Bénin. Elle a publié en codirection avec Oissila Saaïdia, La construction du discours colonial. L'empire français aux XIXe et XXe siècles (Karthala, 2009), L'Afrique de nos réserves, (5 Continents, 2011), Collection d'art africain du musée de Grenoble. Un patrimoine dévoilé (5 Continents, 2008).

15 - Le cinéma missionnaire québécois depuis 1902 : Transformation d’un regard sur l’Église et sur le monde

Catherine Foisy (Université Concordia)

L’effort missionnaire québécois atteignit son apogée au cours des décennies 1950 et 1960, fort d’un vaste réseau de solidarité populaire s’appuyant sur divers outils de propagande et fondé sur l’engagement financier, matériel et vocationnel de sa population. Cette communication s’intéresse aux films qui furent produits, mis en valeur et diffusés par des missionnaires québécois et leurs instituts depuis 1902, année de la fondation de l’institut des Sœurs missionnaires de l’Immaculée-Conception qui réalisa Notre livre d’or (1952) lors de son cinquantième anniversaire. Quelques années auparavant, À la croisée des chemins (1943) du père Jean-Marie Poitevin, Prêtre des Missions étrangères du Québec (pmé), devenait le premier film de fiction québécois parlant. Dans la continuité de ce premier long-métrage, le père Jean-Paul Guillet, pmé, formé par le père Poitevin lui-même, participa à la réalisation du film Mystère sur ma route (1955). Engagé dans le secteur des moyens de communication sociale au Honduras au cours des décennies 1960 et 1970, le père Guillet devient, au début des années 1980, responsable du Regroupement des missionnaires canadiens réunissant une dizaine d’instituts missionnaires qui produisirent ensemble une série de films documentaires mettant en lumière des expériences d’Églises locales. Cette série fut d’ailleurs diffusée sur les ondes de Radio-Canada, la chaîne télévisuelle d’État.

Le corpus de cette communication sera donc composé des films réalisés par des missionnaires québécois au cours du dernier siècle et dont l’action se déroule dans des pays du sud, ce qui exclura, notamment, les films produits dans le cadre des missions autochtones au Canada. Notre analyse des films étudiés sera guidée par ces questions : Quels sont les principaux thèmes abordés par ces films ? Comment ces contenus évoluent-ils à travers les époques ? Quel fut l’apport d’événements sociaux et ecclésiaux majeurs comme la Révolution tranquille et le concile Vatican II à la transformation de ces contenus ? Dans quelle mesure les évolutions vécues sur le terrain des pratiques missionnaires aux plans de la rencontre et de la compréhension des contextes sociopolitiques, des cultures et des religions furent-elles relayées dans les films produits ? Faisant appel à une riche littérature secondaire traitant de l’émergence du cinéma québécois et de ses liens avec l’Église, cette étude exploratoire s’appuie également sur des extraits d’entrevues menées auprès de missionnaires québécois ayant été actifs dans le secteur de ce type de cinéma.

Catherine Foisy est doctorante (PhD in Humanities) à l’Université Concordia (Montréal) et s’intéresse à la sociologie des religions ainsi qu’à la sociologie politique. Par une approche interdisciplinaire intégrant la sociologie, l'histoire orale (récit de vie) et les sciences religieuses, sa thèse vise, d’une part, à démontrer comment les instituts missionnaires de fondation québécoise ont contribué, à partir de 1945, à l’émergence d’un espace de convergence au sein de l’Église québécoise favorisant l’approfondissement de certains principes spécifiques au concile Vatican II. D’autre part, cet espace de convergence, particulièrement alimenté par l’expérience d’altérité des missionnaires eux-mêmes, a joué un rôle déterminant dans l’émergence d’une société québécoise ouverte à la diversité culturelle et religieuse.

16 - L’Œuvre de la Propagation de la Foi et sa communication : 2 DVD de « propagande »

Bernadette Truchet, (Œuvres Pontificales Missionnaires, OPM)

Aujourd’hui comme hier, les acteurs de la mission ont toujours voulu présenter la Mission pour susciter intérêts religieux et financiers. Actuellement à côté des outils traditionnels de « propagande » DVD et Internet sont sollicités.

Nous comparerons ces 2 DVD, à destination d’un public catholique, l’un directement pastoral et pédagogique, l’autre plus original composé comme une célébration liturgique. Nous verrons comment ils ont intégré les données nouvelles de la missiologie, mais nous constaterons aussi au-delà de la mutation des moyens de communication une permanence dans la présentation de la Mission.

Bernadette Truchet, docteur d'Etat en histoire, responsable du Centre de documentation et d'archives des Oeuvres pontificales missionnaires de Lyon.

17 – La mission sur le petit écran à partir du film Une histoire de liberté (Sénégal) France 2, Emission Présence Protestante (1994)

Jean-François Zorn, (CRISES, Université Montpellier 3 / Institut protestant de théologie)

Le film Une histoire de liberté, projeté sur France 2 le 18 août 1994 a été produit par Présence Protestante, émission religieuse du dimanche matin, réalisé par Jean-Michel Trubert pour Présence Protestante et Christian Bonnet du studio Accor Vidéo pour Méromedia, un organisme de production de cassettes vidéo pour l’évangélisation et la catéchèse. La version télévisuelle sur laquelle porte cette communication dure 28 mn, alors que la version vidéo pour Méromedia dure 52 mn. Ces films s’inscrivent dans une série intitulée protestants en mission soutenue par le Défap, Service protestant de mission qui succède à la Société des missions évangéliques de Paris (Smep) depuis 1971.

On peut considérer cette série de téléfilms comme le nouveau support de propagande missionnaire que le Défap a trouvé depuis le début des années 1980 après la série de films 16 mm produits en bonne partie aux frais de la Smep par des réalisateurs professionnels. Effet d’aubaine ? Sans doute, puisque ces téléfilms, contrairement aux précédents, n’ont couté à l’organisme missionnaire qu’une contribution financière au repérage sur le terrain, mon rôle d’historien dans celui du Sénégal ayant été bénévole. Mais, effet démultiplicateur également, puisque la projection d’un film à la télévision a un taux de pénétration dans un public plus large que les projections de films dans les seules séances missionnaires. De plus, en reproduisant sur cassette vidéo ce genre de téléfilm, le Défap a pu en faire un usage privé dans ses propres animations et formations missionnaires. C’est une dizaine de films tournés sur le terrain africain, malgache et océanien qui ont été réalisés dans ces conditions. Celui du Sénégal relate en l’actualisant le travail spécifique accompli par la Smep dans ce pays à compter de son transfert de la Casamance à Saint-Louis en 1870 puis à Dakar en 1902 devenue capitale de l’AOF, et du Sénégal indépendant.

Du point de vue cinématographique, ce téléfilm mélange deux genres cinématographiques : la fiction historique et le témoignage d’acteurs locaux actuels. Les séquences de ces deux genres sont reliées par le commentaire d’un narrateur, à la fois conteur et interprète permettant d’articuler passé et présent afin d’en montrer les continuités plutôt que les ruptures... Ce film pose de nombreuses questions missiologiques sur le rôle des autochtones dans la mission, les orientations de la mission, l’évangélisation en pays d’islam, etc.

Jean-François Zorn est professeur émérite d’histoire du christianisme à l’époque contemporaine de l’Institut protestant de théologie – Faculté de Montpellier (IPT) ; co-fondateur en 2006 du Centre Maurice-Leenhardt de recherche en missiologie de IPT ; professeur associé du Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences Humaines et Sociales de l'Université Montpellier3 (CRISES - EA4424). Président du CREDIC et de la revue Perspectives Missionnaires, secrétaire de l’AFOM.

18 - L’image du colon missionnaire dans le cinéma africain : le cas d’Albert SCHWEITZER dans « Le Grand Blanc de Lambaréné » du Camerounais Bassek Ba Kobhio

Vendelin Abouna Abouna

Notre communication porte sur Albert SCHWEITZER, personnage central du film intitulé Le Grand Blanc de Lambaréné du Camerounais BASSEK BA KOBHIO. Réalisé en 1996, le film met sur scène un médecin et pasteur d’origine alsacienne. Ayant choisi la forêt équatoriale pour terre de mission, celui-ci, au lieu de se consacrer uniquement à la diffusion de la « Bonne Nouvelle », s’investit aussi à la santé des « indigènes ». On y voit déjà une association du spirituel et de l’humanitaire. Cette intrigue sommairement présentée, montre qu’Albert SCHWEITZER fait partie de ces missionnaires qui ont révolutionné l’activité évangélisatrice à l’époque. Il est donc question d’étudier ce personnage à travers un langage cinématographique adapté aux réalités des missions chrétiennes. Aussi allons-nous répondre à ces deux questions spécifiques, à savoir : Comment les missionnaires sont-ils représentés ? Quelle description est faite de leur travail ? Notre réflexion est faite suivant une approche artistique.

Vendelin Abouna Abouna est historien de l’art, spécialiste de l’art chrétien, enseignant à l’Institut des Beaux Arts de l’Université de Douala / Campus de Nkongsamba-Cameroun.

19 - La représentation des personnes et des actions de Père Sama'ân et de Soeur Emmanuelle auprès des chiffonniers du Caire : analyse comparée à partir de films

Jamie Furniss (Université Lyon 2) et Gaétan Du Roy (Centre d'Études et de Documentation Économiques, Juridiques et Sociales / Université Catholique de Louvain) Seul Jamie Furniss a pu assister au colloque

Depuis l'arrivée de Soeur Emmanuelle dans le quartier d'Ezbet el Nakhl au début des années 1970, les zabbalîn ("chiffonniers") du Caire font l'objet de nombreuses interventions extérieures. Bon nombre de ces interventions, bien que d'inspiration confessionnelle (menée ou financées par Soeur Emmanuelle, les Soeurs de la charité, Catholic Relief Services...), visent le développement, au sens économique et social, plutôt que l'évangélisation. En revanche, l'approche du père Sama'ân, prêtre Copte Orthodoxe à tendances évangéliques/pentecôtiste qui choisit comme congrégation les zabbalîn du quartier de Manchiet Nasser, est très différente. Estimant que la plupart des zabbalîn sont des chrétiens en nom mais pas en substance ("nominal christians," comme le diront certains de ces collaborateurs anglophones), il mène une action évangélisatrice.

Cette communication propose d'analyser la représentation filmique d'une part du père Sama'ân et d'autre part de Soeur Emmanuelle, les deux principales figures religieuses ayant influé sur la communauté des zabbalîn depuis les années 1970. Nous proposons de contraster un film qui met en scène la vie du père Sama'ân avec un certain nombre de reportages et d'interviews au sujet de Soeur Emmanuelle, surtout ceux produits par les associations caritatives qu'elle inspira en Europe, telles l'Opération Orange, mais sans exclure des reportages journalistiques.

Entre documentaire et fiction historique, le film Risala min al al-sama sur Sama'ân semble être à la fois un outil d'évangélisation et une tentative de construire un récit hagiographique autour de son personnage. Nous nous intéresserons à la mise en scène du prêtre comme évangélisateur. Nous nous intéresserons également à la représentation des zabbalîn dans ce film, en particulier à travers une figure du "mal" qui sévit dans le quartier, et contre lequel Sama'ân lutte. S'agissant de Soeur Emmanuelle, les représentations à la fois de la figure religieuse et de sa communauté cible sont très différentes. Ces films peuvent notamment servir comme outils de propagande (dans le sens de la définition proposée dans le cadre de ce colloque) car bon nombre d'entre eux sont à destination d’un public occidental, sollicité pour soutenir financièrement les œuvres de Soeur Emmanuelle. Ces oeuvres ne sont pas d’évangélisation, mais plutôt de nature caritative (écoles, dispensaires, hopitaux...). L'image et la mémoire de Soeur Emmanuelle, qui semblent constituer un capital moral, sont mobilisée pour que le public qui les écoute et les voit fasse des dons.

Jamie Furniss, actuellement post-doctorant financé par l’Université Lyon 2, au Groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, a réalisé une thèse à Oxford en Development Studies sur les zabbalîn du Caire.  

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