logo   

Retour vers l'accueil

Retour de La Mostra de Venise 2011


J’étais présente à La Mostra en tant que juré Signis (1). Outre la compétition officielle existent de nombreuses sections parallèles dont certaines existent à Cannes (la Semaine de la Critique) et d’autres sont propres à Venise : « Les journées des auteurs », « Horizons », « Contre-champ », ces deux dernières ayant la volonté de primer l’originalité et la créativité formelles.     

Une place importante accordée au thème de l’immigration (et des clandestins).

Citons en particulier :
  • Terraferma (E. Crialese) qui a été récompensé par le prix spécial du jury. Dans une petite île du Sud de l’Italie, l’arrivée de clandestins par la mer divise le village entre ceux qui veulent appliquer la loi de la mer (on ne laisse personne à l’eau) et ceux qui veulent respecter la nouvelle loi qui interdit d’accueillir des clandestins.
  • Il villagio di cartone (E. Olmi) où l’on voit un vieux prêtre dont l’église va être démolie retrouver courage et détermination en faisant de cette église un refuge pour clandestins ;
  • Io sono Li (Andrea Segre). Dans une petite ville de la lagune vénitienne, une jeune chinoise sans papiers se lie d’amitié avec un vieux pêcheur d’origine yougoslave. Cette amitié déplaît à d’autres clients du bar où travaille la jeune femme, qui vont tout faire pour l’empêcher.
  • The Invader (Nicolas Provost). Un clandestin africain, parvenu jusqu’à Bruxelles, tente d’y refaire sa vie, à travers une relation improbable avec une jeune femme trader qui finira par le repousser, provoquant ainsi sa violence. 
  • Là-bas (Guido Lombardi) : en Italie, la concurrence entre des immigrés d’Afrique noire et la maffia.
On comprend que ces problèmes soient particulièrement vifs pour l’Italie, mais tout pays européen peut se sentir concerné. Ces 5 films abordent le thème de l’immigration de manière explicite. Un autre film l’aborde de manière allégorique à travers la figure de l’arrivée d’extraterrestres et de la réaction des humains :  L’ultimo terrestre (G. A. Pacinotti). On peut aussi citer  La désintégration ( Philippe Faucon) qui évoque les difficultés de la 2° génération immigrée en France et les risques de manipulation par des intégristes.  

Le sexe banalisé et violent.

A Venise, tout comme dans d'autres festivals, on peut remarquer que bien peu de films se passent de scènes de relations sexuelles dont on n’est pas toujours sûr qu’elles soient indispensables à l’intrigue et au scénario. Elles sont en revanche centrales pour certains films : Love and Bruises de Lou Ye qui nous montre un couple improbable (une jeune étudiante chinoise à Paris et un loubard) dans une relation qui commence par un viol et se poursuit dans des accouplements où domine la violence. Et surtout Shame de Steve Mac Queen, récompensé par le prix d’interprétation masculine. Ce dernier film montre – avec beaucoup de complaisance - un homme incapable de gérer positivement sa vie sentimentale par excès d’addiction au sexe (masturbation, sites pornos, relations « tarifées » hétéro et homo…).

On constate qu’il est de plus en plus rare de montrer une relation amoureuse dont l’accomplissement sexuel serait sans violence.     

Rencontres avec les réalisateurs :

Les frères Dardenne :

Lors de la remise du prix Bresson aux frères Dardenne, ces derniers ont pu s’exprimer. Ils ont rappelé que c’est en effet les films de Bresson, lorsqu’ils avaient 16-17 ans,  qui les ont introduit au cinéma qu’ils souhaiteraient faire plus tard. Pour eux, Bresson filme des petits détails car lorsqu’on voit les détails on voit l’homme unique, concerné par ces détails. Les frères Dardenne disent essayer de trouver des détails qui font que le personnage est unique mais pas des « caricatures » de détails. Ainsi le spectateur gardera le souvenir d’avoir été en communication avec quelqu’un d’unique, avec une humanité particulière.    

Guido Lombardi :

Lors de la conférence de presse, le réalisateur répond au sujet de son film Là-bas, à la question suivante : il y a beaucoup de films italiens sur le problème de l’immigration. En quoi votre film peut-il faire avancer le problème ? Guido Lombardi souligne que son film est centré sur un aspect particulier, celui de l’immigration africaine. Le film servira donc à mieux faire connaître cette immigration dans sa spécificité.   

Philippe Lioret :

A l’issue de la présentation de son film Toutes vos envies, Philippe Lioret s’explique sur les modifications que son scénario a apporté au livre d’Emmanuel Carrère qui a inspiré le film. Le thème du surendettement, dit-il, n’est pas un sujet « cinématographique », sauf s’il s’incarne dans un destin humain particulier. C’est pourquoi il a introduit un personnage féminin qui en est l’illustration concrète.

Alexander Sokurov :

Lors de la remise du prix Signis, puis lors de la conférence de presse qui a suivi l’annonce du palmarès, Alexander Sokurov a pu s’exprimer sur l’importance qu’il accorde à la culture, qu’il souhaite voir se développer à l’échelle européenne et prise en charge, beaucoup plus qu’elle ne l’est actuellement, par les gouvernements. Sinon, dit-il, elle va disparaître. Il faut promouvoir des institutions humanistes qui soutiennent la culture. La culture n’est pas un luxe mais la base du développement de la société.  Il se dit contre le principe de la compétition et préfèrerait des rencontres qui soient simplement l’occasion de montrer les films. Mais ajoute-t-il, les journalistes seraient sans doute contre la suppression de la compétition. .  Interrogé sur son film Faust qui vient d’obtenir le Lion d’Or il explique pourquoi il est allé le tourner en Allemagne : parce qu’il y avait déjà travaillé, parce que la culture allemande est fondamentale pour l’Europe, parce que les acteurs allemands choisis étaient particulièrement adaptés au sujet et que la langue allemande l’était aussi. Il s’explique aussi sur le parti pris des couleurs utilisées dans son film : il s’est basé sur l’impression que c’était la lumière et les couleurs présentes dans l’œuvre de Goethe. Ce serait la couleur par laquelle le peuple allemand s’exprime, se basant sur l’expérience des peintres allemands par opposition aux couleurs du cinéma commercial.        

Les récompenses Signis

  • Le prix Signis 2011 a été attribué à Faust d’Aleksander Sokurov, à l’unanimité, en raison d’une
    « interprétation artistiquement extraordinaire du classique de Goethe (qui) rappelle avec force la lutte universelle de l’homme contre la cupidité, la luxure et le pouvoir. Portant à l’écran l’idée d’un monde qui a perdu son âme propre, le voyage de Faust stigmatise les conséquences du péché et exalte, par contraste, la vie authentique ».
  • Une mention a été attribué au film A simple life de Ann Hui.  Pour son portrait des mérites humains universels du fait d’être au service des autres.  

Ces 2 films extrêmement divers dans leur sujet et leur style correspondent sans doute chacun à des critères différents parmi ceux revendiqués par Signis. Le film de Sokurov correspondra plus à un public cinéphile et cultivé. Le film de Ann Hui conviendra à un public plus familial et sera plus « grand public ».     

(Maguy Chailley)

(1) Il n’y a pas à Venise de jury œcuménique mais un jury Signis, l’organisation internationale catholique, correspondant à Interfilm. Cette dernière association a lancé cette année à Venise un jury Interfilm destiné à récompenser des films valorisant le dialogue  interculturel et inter religieux.

Mentions légales

Vie privée

Siège social, 40 rue de Las Sorbes, 34070 Montpellier - -

Secrétariat national, 390 rue de Font Couverte Bt. 1, 34070 Montpellier - 04 67 41 26 55 - secretariat@pro-fil-online.fr