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Propagande, manipulation douce, stratégie…?

A propos du film de Franck CAPRA : “La vie est belle ”


La vie est belle : ©swashbuckler-films

Réalisée en 1946, et adaptée d'une nouvelle de Philip Van Doren Stern The Greatest Gift, cette histoire superbement orchestrée par Franck CAPRA est souvent considérée comme un super mélo.
Rediffusée chaque année à Noël sur les écrans américains, la “propagande” sous-jacente de cette « d'American way of life » n'est pourtant pas aussi simpliste qu’il y paraît… Capra nous entraîne dans une lecture multiple des personnages, de leurs sentiments ambivalents et de leur courage mêlé de faiblesse ... nous y impliquant dès les premières images...
Et de nous convaincre pas à pas, que la vie est belle, en commençant par nous conter sur fond de crise, le désespoir d’un homme  prêt à toute extrémité!….

L'Histoire:
C’est un conte de Noël, avec neige, sapins, passants chargés de cadeaux, maisons feutrées (et calfeutrées), cantiques....arrive un homme seul, (interprété par James Stewart), s'approchant d'un pont pour en sauter…. Mais surgit Clarence, un ange de « basse catégorie » ...avec sa mission « classique » d'Ange et le désir très conscient de pouvoir enfin voler de ses propres ailes....s'il accomplit cette mission...

La stratégie du film :
Grâce à des flash-back successifs, le message est clair et fort: Quelque soit la vie que vous ayez eu, quelques soient les souffrances du monde et les vôtres en particulier, Votre vie vaut quelque chose grâce au bien que vous avez fait….
Sans vous, l’Autre... les Autres proches ou lointains, ne seraient pas ce qu’ils sont devenus….
Comme les battements de l'aile du papillon, chaque pas, chaque geste que vous accomplissez (ou pas...) peuvent avoir une incidence sur chacune des vies... comme dans une solidarité naturellement ordonnée et « obligée »...

Comment nous « manipule » Capra ?
Capra crée une accumulation de problèmes, une situation terrible, pour mieux nous entraîner à en recevoir l’issue triomphante, il nous mène par le bout du nez, nous poussant à adhérer aux pensées positives et humanistes…résistant avec le héros à la terrible noirceur de l'histoire, la maladie, la mort, la pauvreté, la crise, le désespoir...
Ensuite, il nous parle comme à des enfants avides de contes de fées, « comme à des enfants en bas âge » (1) un peu trop naïfs un peu trop sensibles... attirés par le beau et de bon, et donc prêts à recevoir l'histoire de ce vrai héros, de ce personnage « sacrificiel »
Georges Bailey enfant sauve son petit frère d'une noyade, se laisse accuser à la place d'un autre pour lui éviter le déshonneur, résiste à un homme d'affaire douteux... et ne vivant que pour les autres, laisse sur son passage toute une foule d'actes manqués (2)...
C’est un film tout public, dont le message très accessible peut être compris voire accepté par chacun...

La réflexion politique y est sous-jacente, le constat d'un fracture sociale et d'une politique libérale d'après guerre, orchestrée par des politiciens cupides, sur fond d'une société américaine bourgeoise « idéalisée » (solidarité, famille, tradition...), quoique critiquée dans son conformisme et son hypocrisie.

Mais nous naviguons jusqu'à la fin dans un registre presque uniquement émotionnel, Capra en appelle à nos affects, à notre sensibilité, à nos aspirations plus ou moins sublimées d'une plus grande fraternité, à nos désirs de solidarité, et bien sûr à l’empathie, à la compassion, à la religion…jusqu'à l'émotion extrême partagés avec des enfants en prières ….

Difficile donc de se détacher de ce « modèle » prêt à consommer, présenté comme une référence ultime à laquelle nous devrions croire envers et contre tout ?...
Franck Capra nous manipule un peu quand même! …

Mais il est vrai aussi, qu'à chaque lecture, ce film surprend avec ses anges qui paraissent de plus en plus humains, et ses humains de plus en plus angéliques... alors il peut être bon de se laisser « embarquer », et dans une période de troubles et de doutes, de se le prescrire encore une fois...(3)

Martine ROUX-LEVAIN octobre 2010

(1)Noam Chomsky « Les dix stratégies de manipulation des masses »
(2)Rédaction de Dvdclassik.com
(3)et de se laisser pendre au piège de l’esthétisme !…

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