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PROtestants et FILmophiles

PROmouvoir les FILms dont la qualité artistique et humaine aide à la connaissance du monde contemporain


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L'Histoire de Pro-Fil par son fondateur : Jean Domon

Montpellier, 1er octobre 2005

DES PROTESTANTS QUI VONT AU CINEMA

Nous étions quatre travaillant ensemble pourles émissions T.V. de Présence Protestante:Claudine Roshem, monteuse et réalisatrice, EvelyneSellès-Fischer journaliste-présentatrice, JeanDomon producteur, et Humbert Jourdan président del'association des Amis de la Radio-Télévision.Nous partagions alors l'impression que nos correligionnaires,rencontrés dans nos nombreux déplacements sepréoccupaient beaucoup de questions d'ordre social,politique ou éthique mais n'attachaient que peu d'importanceaux domaines culturels en général etcinématographique en particulier. Trop d'entre eux necherchant dans les films que l'occasion d'une détente, undérivatif superflu.

Reconnaître le cinéma comme un artporteur de spiritualité Ainsi germa l'idée delancer la création de ce que nous appelions dans une toutepremière rédaction datée de la finDécembre 1990 "un groupe pas trop formel, une sorte decarrefour aux structures légères qui soitl'occasion pour des personnes de sensibilité protestante(cequi n'exclut aucune autre confession), de croiser leurexpérience, leurs passions et leurs connaissances concernantle Cinéma........ Au moment où laFédération Protestante sembledécouvrir que l'Art fait partie de la Culture et apeut-être même quelque chose à voir avecla théologie et la spiritualité, nous aimerionsamorcer ensemble un mouvement vers une reconnaissance de lacréation cinématographique." Nous venions decréer PRO-FIL. En deux mots, avec un trait d'union qui futéxigé par la Prefecture de police de Paris pourle dépôt de nos statuts, ce qui nous arrangeaitbien puisque cela nous permettait de préciser que nousétions PRO-testants et FIL-mophiles, c'est-à-diredes enfants de la Réforme qui aiment voir des films et, sipossible, en parler. Nous tenions notre premier bureau le 29 Septembre91 et invitions un certain nombre d'amis à nous rejoindreà l'Espace Quartier Latin le Samedi 22 Fevrier 1 992 autourd'un débat sur le sujet suivant: Le film commerévélateur de l'esprit du Temps.Assistèrent à cette soirée historiqueet prirent la parole les théologiens André Dumas,Laurent Gagnebin, Jean-Claude Deroche, le pasteur Serge de Visme et desgens du métier comme Jacques Oger et David Guiraud.

Mais nous avions entre temps rendu visite àune vieille dame qui ne se déplaçait plusbeaucoup hors de sa maison de Gretz-Armainvilliers: Mady de Tienda.Nous y tenions beaucoup car nous avions bien conscience qu'enlançant cette opération nous étions entrain de reprendre en quelque sorte le flambeau d'une association dontnous avions entendu parler, qui avait eu ses heures de gloire dans lesannées 70-80 mais qui était tombéedepuis, semblait-il, en désuétude.Voilà pourquoi maintenant, par respect pour l'Histoire duProtestantisme français, par déférencevis-à-vis de ceux qui nous ontprécédés et dans un gestetrès cinématographique je vous inviteà me suivre dans un flash-back à travers untravelling un peu rapide et quelques ellipses jusqu'à lanaissance, dans nos Eglises, de ce que l'on peut appelerl'évangélisation par le Cinéma.

FILM ET VIE

C'était en 1948! Un pasteurévangéliste, Henri de TIENDA, installe un jourdans la chapelle où il tente d'intéresser lesgens du Quartier à la prédication de l'Evangileun projecteur pour y montrer des films de Bergman et autressuédois et crée, avec l'accord de laSociété Centrale d'Evangélisation unService d'Evangélisation par le Cinéma: leSERCINEV. Les habitués de la chapelle sontdébordés par les curieux. Encouragépar le succés le pasteur fait salle comble dans leCinéma de la ville avec la projection de l'IDIOT enannonçant que les portes du cinéma seraientfermées à la fin pour que tout le monde profitedu débat. Le premier Ciné-Club étaitné!

Et les 19-21 Novembre 1949, à l'UCJG de larue de Trévise, le Sercinev organisait un Congréssous la présidence du pasteur Boegner et enprésence du docteur Hoekendijk, secrétaireà l'évangalisation auConseilOecuménique des Eglises. Heureuse présencepuisqu'elle déclencha d'utiles subventions du COE pour ceque l'on considéra alors à Genèvecomme "un travail de pionniers"!

Et c'est ainsi qu'en Octobre 1950 apparaissait le sigleFILM ET VIE qui se présenta tout de suite comme uneFédération. Car entre temps le Sercinev avaitdéja vu naître et soutenu ders dizaines deciné-clubs à travers la France Il faut dire quenous sommes là au sortir d'une terrible guerre et que lesFrançais sont avides de culture et donc decinéma. Ils ont envie de découvrir au plus viteles oeuvres de Bresson, Gremillon, René Clair, AlainResnais, "le Silence de la mer" etc. appétit qui vaprovoquer la multiplication d'associations 1901 à tel pointque face aux circuits existants, l'Etat promulgue un "statut ducinéma non-commercial" mais en même temps imposeà tous ces clubs de se regrouper enfédérations avec à la fois descontraintes juridiques et des avantages économiques. C'estainsi que se mettent en place une FFCC, puis les laiques avecl'UFOLEIS, les Catholiques avec la FLECC. Pour les protestants, il y adonc eu FILM ET VIE. Avec un bureau rue de Clichy, l'achat de films en16m/m ou leur location, et leur distribution auprés desassociations qui se chargent de la salle, du projecteur et de lapublicité. Les titres proposés ne sont pastoujours des chef-d'oeuvres mais ils sont trèsvariés puisque cela va de Ademaï bandit d'honneurà Ordet, en passant par Dieu est mort, Premier decordée ou la Symphonie pastorale, avec, bien entendutoujours la nécessité d'entourer la projectiond'une connaissance de l'auteur et d'une réflexion sur lesthèmes. Et si certains animateurs n'osent pas toujoursparler d'une évangélisation explicite, ilsinsistent sur la spiritualité des films qu'ilsprésentent en essayant d'appliquer une grille de questionsqui peuvent aujourd'hui nous apparaitre un peu naïves ou,comme on dit, récupératrices mais qui essaienttoujours de faire progresser l'échange vers desinterrogations au moins éthiques sinonthéologiques. Par exemple, à partir de L'idiot,le but ultime d'un débat devrait être le conflit:"loi-grâce" ou la vie sans Dieu à partir desParents terribles de Cocteau un souci d'éducation sociale.

Mais l'exercice est périlleux.L'enthousiasme ou la bonne volonté ne suffisent pas. Ildevient urgent de préparer les animateurs que certainsdocuments appellent les "speakers" à présenter unfilm et ensuite à maîtriser leséchanges; surtout si on a l'intention de conduire les gensjusqu'à des réflexions ayant quelque rapport avecl'évangile. Car, nos pionniers se sont viteaperçu, que les films dits "religieux" ou"d'édification" ne tenaient pas la route et qu'il fallaittravailler avec du bon cinéma, dont le messagechrétien est rarement explicite.

C'est pourquoi, en 1957 le SERCINEV change de nom etdevient l'association ASPECTS: Animation de Seances pour l'Educationpar leCinema et le Temoignage Spirituel. À cetteépoque, le nombre des cinéclubs estpassé de 8 à 400 et a groupé presque500 000 spectateurs. Les lieux de projection sont les salles deparoisses, quelquefois des cinémas mais aussi des hopitaux,des prisons, des foyers de jeunes et des casernes.

En effet, les de Tienda ont eu le souci d'une actionsociale par le cinéma, à travers des filmsparfois de piètre qualité comme ceux de LeoJoannon, mais mettant en question la prostitution, l'alcoolisme ou ladélinquence. Des sessions de formation se multiplientà Paris et en provinces et un excellent manuel del'animateur est édité.

Un bulletin de liaison démarre en 1958. Ildonne, bien entendu, des nouvelles des clubs sans dissimuler le faitque certains s'épuisent trop vite ou s'égarentdans le bavardage. Il rend compte des festivals de Cannes, Oberhausen,Tours et des colloques organisés par la Jeunesse et lesSports à Marly-le-Roi. Il aide les animateurs àparfaire leur méthode, il étudie le comportementde certains publics, comme les enfants ou les détenus. Maisil aborde aussi des questions délicates, comme lacommercialisation, l'élitisme, les conflits autour des filmsimmoraux, la censure etc. Il consacre des critiques souvent pertinentesaux films qui sortent sur les écrans comme Les Amants, leBeau Serge, La tête contre les murs ou sur la conception deDieu chez Bergmann. D'excellents articles signésRodolfe-Marie Arlaud, rédacteur en chef ou Henri de Tienda,pourraient figurer dans La Lettre de Pro-Fil. Je ne ferai qu'une seulecitation: "La mission des clubs de cinéma, ce n'est pas, sipossible de couper les cheveux en quatre sur des films demusée, c'est d'apprendre aux spectateurs à lirele cinéma, à parler de cinéma,à choisir le cinéma."

Création d'un centre international deformation

Parallèlement à toute cetteactivité, l'infatigable Mady a suscité en octobre1955 à Paris, la création d'un CentreInternational Evangélique du Film plus connu aujourd'huisous le nom d'INTERFILM, sous le parrainage du pasteur Boegner et laresponsabilité du directeur du Film Zentrum d'Amsterdam, IanHess.

En 1963, Film et Vie s'installe dans des locauxindépendants rue de Milan et ouvre un centre dedocumentation où se rassemble sacinémathèque (plus de 50longs-métrages et autant de courts), sabibiothèque, ses fiches techniques (2000 dossiers), sonmagasin d'expédition relié auxcinéclubs de province. Les subventions proviennentessentiellement du Commissariat à la Jeunesse et aux Sportset du CNC. Pas du tout du protestantisme précisent lesdocuments. Des cicrcuits de projections sont organisés enété par des animateurs-projectionnistes, danstout l'ouest, par exemple. Dans la région du Gard, sousl'impulsion des Unions Chrétiennes, une douzaine de clubsfonctionnent et leurs animateurs vont se retrouver les 12 et 13 octobreà L'Euzière pour un weekend de formation, sous laprésidence du pasteur de Tienda avec projection du filmGoupil mains rouges, et plusieurs courts-métrages. Ladynamique ne va cesser de se développer avec l'obtention dela part de Jeunesse et Sports d'un projecteur "Bell-Owell" etl'ouverture de nouveaux centres où sontprésentés des titres prestigieux. Des stages deformation sont organisés durant les annéessuivantes à la Maison de la Jeunesse àNîmes et au Château Leenhardt, du Grau. En 1970, un"événement culturel et spirituel" avec un cultecinématographique et un dîner-spectacle marqueral'inauguration du Centre sodio-culturel UCJG de la rue des Tilleuls. Auniveau national ce fut aussi la grande époque avec denombreuses rencontres où apparaissent des gens dumétier comme Roger Leenhardt, Claude Grimberg, Jean-LouisComoli, Jean Dreville, Claude Berri, Odette Joyeux, Eric Rohmer ouJean-Luc Godard. On créa même des stages deréalisation en 16mm.

Apparition de nouvelles techniques

Malheureusement l'attrait de latélévision et l'usure desbénévoles décima les clubs ruraux. Età partir de 1972, la Fédération crutnécessaire de concentrer ses efforts sur la formation. Illui fallut s'interesser à l'apparition de la video et desnouvelles techniques audio-visuelles qui concurrençaient deplus en plus le secteur non- commercial.

C'est à cette époque que lesdistributeurs commerciaux suscitèrent la créationde cinémas d'Art et d'Essai qui vont, en partierécupérer la clientèle du secteurprivé, augmenter les tarifs de location, et finalementrenoncer au tirage des copies en format 16mm. Dès 72, lapublication du Bulletin avait cessé à cause d'uneforte diminution de la subvention Jeunesse et Sports. Mais en 1985, lasituation financière de la Fédérationétait catastrophique, les subventions de l'Etat de plus enplus réduites, les cadres fondateurs vieillissants. Ledernier stage d'été eut lieu en 1985 et lalocation des films s'arrêta définitivement enjuillet 1986.

Lorqu'en 1989, je suis allé rendre visiteavec Evelyne Sellès à Mady de Tienda, elle nousavoua avoir donné à des jeunes tout son fonds dedossiers pédagogiques de la rue de Milan. Ellen'était plus que l'inspiratrice d'un petit groupe d'amis,essentiellement catholiques, qui s'intitulait, ô ironie,Notre attente.

NAISSANCE DE PRO-FIL

C'est donc le 22 février 1992 que nous avonsplacé sur les fonts baptismaux l'association Pro-Fil enprécisant qu'un profil n'est toujours que l'image partielled'un visage humain mais qu'il tourne notre regard vers une certainedirection. Nous adoptions définitivement ce qui devint notreslogan "Une association qui entend promouvoir le film commetémoin de notre temps dans les communautésd'inspiration protestante et favoriser la rencontre entrethéologiens, professionnels du cinéma etcinéphiles sur le rôle et l'importance del'expression cinématographique dans la connaissance du mondecontemporain." C'est en cela que nous prenions un certain nombre dedistances par rapport à Film et Vie. D'abord, nous neparlions pas d'évangélisation par lecinéma mais de connaissance du monde au milieu duquel nousessayons de vivre en chrétiens, à travers lesfilms qui sortent sur nos écrans. Ces films qui nousrenvoient les images multiples de ce monde avec toutes les questionsqu'elles nous posent mais aussi les occasions d'amorcer un dialogueoù puisse se manifester notre façon ànous de comprendre ce monde et d'y vivre enréférence à l'Evangile. Nousn'étions donc pas, a priori,intéressés par une investigation dans l'Histoiredu Cinéma depuis son origine, comme le pratiquait leciné-club. Nous ne cherchions pas àcréer des cine-clubs, d'autant plus que dans lesannées 90-95, pour les raisons signalées plushaut, les fameuses fédérations encore existantesne fédéraient plus que quelques centaines declubs après en avoir groupé jusqu'àdix mille. Par contre, le secteur commercial avaitdéveloppé avec l'appui du CNC une association descinémas d'Art et d'Essai qui ont ouvert des salles pourfavoriser ce que l'on a appelé des films d'auteurs et queles grosses entreprises cinématographiquesécartaient de leurs circuits.

Une structure légère

Nous avons donc vu s'affirmer ce cinémaindépendant et de qualité et il nous semblaitfinalement bien avantageux d'aller voir ces bons films dans ces bonnessalles, payantes, certes, mais nous dispensant de louer des lieux deprojections, d'acheter des appareils et des bobines, et de seconfronter à tous les problèmes juridiques desdroits. Ce qui importait pour nous, c'était d'aller voir desfilms et à la sortie, d'en parler entrecinéphiles, chrétiens ou pas, mais avec le soucid'en faire une lecture théologique ou tout au moinsévangélique et biblique. Nous ne fûmesau début, qu'une poignée d'adhérentsparisiens. Nos deux premières manifestations publiquesfurent, en 93, une rencontre avec le réalisateur Jean-ClaudeBois, chef opérateur de `René Allio, aucinéma La Clef, avec son film Pile et face. Nous recevionségalement dans le cinéma Utopia undébutant qui venait d'obtenir unedistinctionOecuménique à Berlin pourprésenter son film La petite amie d'Antonio, Manuel Poirier.Projection prolongée par une sympathique soiréedans le bistro d'en face.

Mais lors de l'Assembléegénérale suivante nous n'étions que14! Et les quatre fondateurs, débordés par leursvies professionnelles n'arrivèrent jamais àcréer un groupe parisien!

La seconde naissance de Pro-Fil

C'est du sud que nous est arrivé le salut.De Cannes, plus exactement, où a lieu chaqueannée, comme chacun le sait, le fameux festival decinéma. Ce qu'on sait moins c'est que depuis 50 ans, desChrétiens siègent à côté du Jury officiel et décernent leurpropre prix. En fonction de leurs critères, esthétiques, certes, mais aussi évangéliques. Tel ou tel d'entre nous commeClaude Roshem ou Corine Rochesson avaient participé auxactivités de ce Jury Oecuménique. Or, l'une de nospréoccupations, lorsque nous étionsallés voir Mady de Tienda, était aussi deredonner une place à un (ou une) protestantfrançais parmi les 3 postes confiés chaqueannée à des correligionnaires dedifférentes nationalités. J'ai rappeléplus haut que Mady était à l'origine en 1955, dela création de l'organisme protestant internationalINTERFILM, devenu de ce fait, le vis-à-vis de l'OCIC (Officecatholique international du cinéma). C'est encore Mady quien 1969 créa à Cannes un jury protestant; etc'est encore elle qui, en 1973, ayant réaliséavec son collègue catholique qu'ils venaient de donner leurprix au même film, décidèrent de nefaire qu'UN. En 2003, nous avons donc fêtéà Cannes, nos 30 ans d'oecuménisme.- Cependant, l'oecuménisme de base, celui des travauxingrats et des petites mains, n'est pas toujours idyllique. La gestionconjointe du standOecuménique dans le Marché duFilm, suscitait parfois quelques difficultés. Il fallait,vis-à-vis de la Fédération catholiquedes Chrétiens Media, une structure protestantefrançaise équivalente. On réalisaalors en haut lieu que cela existait. Et ce fut comme unevéritable seconde naissance de Pro-Fil.

Le baptême en esprit eut lieu àMontpellier le 4 janvier 1996. Depuis nous vivons. Etprospérons.

Une association nationale: Pro-Fil

Chaque année désormais se tientfin Septembre une Assemblée Généralestatutaire doublée d'un "temps fort" qui marque larespiration de notre association: un Séminaire deCinéma.

Citons encore, en avril 1998, la périlleuse organisation d'un séminaire international de cinéma, sollicitée par Interfilm pour faire écho, dans le sud de la France, à une rencontre qui s'était tenue en Allemagne sur le thème "Donner une âme à l'Europe". Nous avions choisi Nîmes, capitale du protestantisme français, en collaboration avec la Maison du protestantisme et le Sémaphore, nous proposions la projection de cinq films de nationalités différentes, ainsi qu'une table ronde animée par cinq théologiens, allemands et français, catholiques et protestants. Cinquante participants, dix nationalités différentes, venus de tout le nord de l'Europe.

Des groupes régionaux

Mais ce qui importe le plus pour nous, c'est laconsitution de groupes locaux réguliers. La formule estsimple: les adhérents sont invités àaller voir dans une salle d'Art et d'Essai, un ou deux filmsconsidérés comme importants et en versionoriginale. On se rassemble ensuite chaque mois et l'onéchange impressions et analyses pendant deux bonnes heures.Les sensibilités, les niveaux de compréhension,les connaissances techniques sont multiples mais nous essayons toujoursd'appliquer les principes qui guident le JuryOecuménique,lequel propose: un regard particulier sur les films. Il distinguedesOeuvres de qualité artistique qui sont destémoignages sur ce que le cinéma peut nousrévéler de la profondeur de l'homme et de sonmystère au travers de ses préoccupations, de sesdéchirures comme de ses espérances.

Aujourd'hui, deux groupes fonctionnent àMontpellier, un à Paris, un à Nice-Cannes, unà Marseille, un à Nîmes. Nous ensouhaiterions beaucoup d'autres dans les grandes villes et autour deces gens qui renouvellent leur adhésion, maishésitent à susciter autour d'eux cetterégularité de la rencontre pourtant tellementfacile, chaleureuse et enrichissante. Parmi les derniers titresétudiés , les deuxOeuvres distinguéespar le JuryOecuménique, riches en sous-entendusévangéliques Un homme sans passé deKaurismaki et Le Fils, des frères Dardenne.

Une demande grandissante

Ce qui néanmoins maintient dansl'unité cinéphilique l'ensemble desadhérents, c'est La LETTRE de Pro-Fil, dont le contenuprovoque l'intérêt de tous les lecteurs. Mais ceque nous n'avions pas prévu au départ, c'est quelorsqu'une machine fonctionne bien, elle est mue par une dynamique quila pousse à aller plus loin. Ces gens qui, chaque moisanalysent en détail uneOeuvre, ont envie de mieuxmaîtriser cette analyse dans la forme comme dans le fond.C'est ainsi que maintenant, chaque groupe organise des week-endsd'approfondissement de l'image, en Normandie, en Cévennes,en Provence. Abandonnant parfois les contemporains,nousvoilà décortiquant un Orson Welles, un Fritz Langou un Hitchcok pendant des heures.

Comme d'autre part, Pro-Fil se fait connaîtreet connait des directeurs de salles, nous voilàsollicités, ou sollicitants, pour desprésentations publiques d'oeuvres capitales avecdébats. Et c'est ainsi que nous renouonsinopinément avec la vieille tradition duciné-club. Ce qui nous conduit àréfléchir à la façon deprésenter un auteur et un film et ensuite d'animer undébat. Dans deux contextes différents: d'une partle petit groupe des fidèles que l'on retrouve chaque mois,mais d'autre part le public tout-venant d'une salle comme LeSémaphore, Diagonal, le César etc.D'où la nécessité d'apprendre cemétier, ce que nous avons fait à l'occasion dedeux stages, l'un à Sanary en 2001, l'autre àCluny en 2002. Tout un travail de recherche et d'apprentissage qui nousaprogressivement conduits à fabriquer des outilspédagogiques: un manuel de formation àl'animation-débat; des fiches sur des films souventdemandés; et un ensemble de plaquettes "Thema" proposantl'étude systématique d'un thèmeà deux volets: filmographique et théologique.

La publication de ces documents estdésormais un service que nous pouvons rendre àtous ces animateurs et responsables d'associations qui nous consultentde plus en plus pour que nous leur fournissions des titres de films,des idées de thèmes, des conseils pratiques oumême pour que nous intervenions à l'occasion d'unesoirée, d'un mini-festival,etc...

D'un groupe informel à une rencontre enprofondeur Aujourd'hui nous avons l'impression d'être utiles!A la Fédération Protestante, aux coordinations del'Eglise Réformée qui nous accompagnent avecamitié, aux protestants donc, mais aussi àd'autres puisque nous rejoignent des catholiques ou des non-croyants.Ce qui était au départ le désir d'ungroupe pas trop formel aux structures légères,l'intuition assez vague de parler Cinéma entre amis, estdevenu le lieu de rencontres humaines où se confrontent demultiples sensibilités et où sedécouvre ce besoin d'approfondissement personnel et despiritualité qui habite beaucoup de nos contemporains.

Le film est l'occasion de cet approfondissement, quelque soit son message et son style. Il nous mène toujours auxlimites des grandes questions que nous n'osons pas nous poser sur notreexistence et dont pourtant nous avons envie de parler. Nous constatonssouvent dans nos groupes, qu'une bonne partie des protestants qui nevont pas au culte , retrouvent dans nos échanges lesréférences à cette culture d'origineà laquelle ils restent profondemment attachés. Jerépète souvent qu'on ne va pas aucinéma comme on va à l'église maiscomme le disait subtilement le film de Marie Jayet on peut inventer deschemins de traverses.

Jean DOMON

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