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Edito : janvier 2016

Koulechov au quotidien

Qu’-est-ce qui distingue le fait de voir un film un soir et d’en voir beaucoup dans la même journée ? On ne les regarde pas de la même façon. Quand on va voir un film un soir, c’est par plaisir. Quand on en voit beaucoup - dans un festival - on s’est engagé à voir un maximum de films pour en rendre compte,  on est plus dans une logique de devoir – même si c’est un devoir bien agréable et que le plaisir est toujours là.

Mais il y a autre chose. Quand on sort d’un film très dur et déprimant et qu’on voit une comédie ensuite, qu’est-ce qu’on est content ! On ne regarde plus seulement le film qu’on est en train de voir, mais on le regarde en le comparant aux autres qu’on vient de voir et qui sont encore présents dans notre tête.

C’est un peu comparable à ce que Lev Koulechov avait décrit pour le montage : chaque plan influence celui qui suit, mais aussi celui qui précède. Il l’avait montré par une fameuse expérience en 1921: Il a filmé un acteur auquel il avait demandé d’avoir une expression aussi neutre que possible. Lors du montage il a fait suivre une fois un plan sur une assiette de soupe, une fois sur un cercueil, une fois sur une petite fille en train de jouer. Il a demandé aux étudiant de décrire la scène. Ceux qui ont vu le premier montage ont dit que l’acteur exprimait la faim, le deuxième groupe décrit l’acteur comme marqué par le deuil et le troisième groupe le dit animé de tendresse. Chaque plan projette l’émotion dont il est porteur sur le plan suivant et donne sens à celui qui précède. On parle alors d’une « contamination sémantique » à double direction.

Cela vaut également pour les informations. En les regardant à la télévision, ou en les écoutant à la radio, je suis toujours impressionnée par le fait que les présentateurs/trices sont capables de passer de l’annonce d’un important accord sur le climat aux derniers massacres dans un pays en guerre ou non, puis aux résultats du foot. Qu’est-ce à dire ? Que les massacres n’ont pas plus de poids dans nos têtes qu’un but au foot ? Ou que ce dernier acquiert l’importance d’un accord international ? Cette mise sur un pied d’égalité d’événements disparates empêche la réflexion et produit un sentiment d’impuissance chez le spectateur : voilà tout ce qui se passe – passons à autre chose.

Alors, pensons à Koulechov dans tout ce que nous voyons et restons sur nos gardes pour mettre chaque chose et chaque image à sa juste place.

Une heureuse et bonne Année à tous !

Waltraud Verlaguet


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