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Dolgaya schastlivaya zhizn (A long and happy life - Une longue vie heureuse*) de Boris Khlebnikov

(* traduction provisoire du titre)

Russie, Sélection officielle

A long and happy life A long and happy life

Alexander Yatsenk dans A long and happy life

Et le fleuve coule

Parti de l’idée de faire un western à la russe, le réalisateur, au cours de ses recherches dans le milieu des agriculteurs pauvres de la Russie, a été amené dans une toute autre direction.

Sasha, le héros, s’est installé à la campagne dans le cadre d’un plan de développement. Il gère bien sa ferme de pommes de terre et emploie de nombreux villageois comme tâcherons, à vrai dire la seule source de revenu du coin. Sa petite amie est employée à l’administration locale. Elle rêve de vivre en ville, rêve qui promet de devenir réalité quand l’administration somme Sasha de quitter sa terre contre une bonne récompense. Mais avant de signer les papiers, Sasha annonce cette décision à ses ouvriers. Ces derniers se révoltent et supplient leur patron de prendre la tête de leur résistance. C’est arme à la main qu’ils veulent défendre leur terre.
Sasha, impressionné par leur détermination et honoré par la confiance qu’ils lui font, décide d’aller dans leur sens – au risque de perdre sa petite amie. Vu les forces en jeu, la fin est prévisible.
La force du film réside principalement dans son authenticité. Le réalisateur n’a pas fait un film idéologique, mais raconte une histoire singulière, comme il y en a tant, jouée par des gens du lieu, quasiment dans leur propre rôle (les fonctionnaires de l’administration occupent vraiment ce poste dans la vraie vie) – même s’il s’agit d’une fiction.
Le personnage de l’acheteur des terres reste volontairement flou, on n’apprend rien de lui ni de ses projets : ce n’est pas le sujet du film.
Ce dont il s’agit ici c’est le processus inéluctable dans lequel Sasha est pris, otage - comme au fond aussi les villageois qui en grande partie finissent par le lâcher - de forces qui le dépassent, à la fois sauveur et victime, ou plutôt victime car sauveur. Sa situation, assez tragique, entre aspiration légitime à un bonheur à deux, et la responsabilité qu’il veut porter pour l’avenir de ‘ses’ gens, n’offre pas d’issue.
Le tout est filmé dans une nature magnifique, aux couleurs automnales chatoyantes. Mais les plans insistant sur la rivière, froide et bleuté, au bord duquel se blottissent, en flanc de colline, les petites maisonnettes pauvres et grises des villageois, rappelle que l’eau s’écoule inexorablement vers le bas.

Waltraud Verlaguet

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