Pro-Fil : Berlinale 2013

Assistance mortelle de Raoul Peck

France / Haiti / USA / Belgique, Sélection Berlinale spécial

Assistance mortelle

Assistance mortelle, © Velvet Film 2012


Coopération - désopération

Le réalisateur, natif de Haïti, pose des questions qui dérangent. Comment, malgré des milliards et des milliards de dollars promis et partiellement payés par de nombreux donateurs, malgré l’engagement de très nombreuses ONG, au sein desquels ont œuvré d’innombrables gens de bonne volonté, malgré la fédération de toutes ces bonnes volontés en un comité, le IHRC (Interim Haïti Recovery Commission), dirigé par Bill Clinton – malgré tout cela, l’aide a été non seulement insuffisante, comme on aimerait  dire, mais désastreuse, comme le réalisateur nous engage à conclure ?
Exemple : le relogement. Des cahutes préfabriqués, minuscules, sans eau ni électricité ni sanitaires, et qui prennent l’eau dès qu’il pleut, livrés pour un prix pour lequel n’importe quel haïtien aurait pu construire une vraie petite maison – si on lui avait donné les moyens directement. Mais par crainte de corruption, la commission a envisagé de multiples filtres acheminant l’aide et le réalisateur entend clairement démontrer que par crainte d’une possible corruption sur place on a organisé une corruption à une échelle beaucoup plus vaste sur le plan international.
L’humanitaire comme ‘business’ qui détruit ceux qu’il prétend aider, voilà ce qu’il entend dénoncer.
Et la question subsidiaire qu’il pose à la fin est : comment, si sur une petite échelle – Haïti n’est jamais plus qu’une grande ville – la communauté internationale, même organisée dans un comité fédérateur et avec des patronages aussi prestigieux que celui de Bill Clinton, est incapable de coopérer de manière efficace, comment peut-on espérer qu’elle puisse agir de façon intelligente à une échelle plus grande, voire mondiale ?

Waltraud Verlaguet