Pro-Fil : Berlinale 2013

I Used to Be Darker de Matt Porterfield

USA 2013 , Sélection Forum

I Used to Be Darker

I Used to Be Darker


Une tranche de vie d’une ‘tranche’ de famille

La jeune Taryn a fuguée. Enceinte, ne sachant où aller, elle compte se refugier chez sa tante Kim et son oncle Till, près de sa cousine Abby avec laquelle elle s’entend bien. Mais Kim et Till sont juste en train de se séparer et Abby ne supporte plus sa mère. Une histoire bien banale de nos jours, racontée simplement et sans effets particuliers ni excès.

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Matt Porterfield
© UJan Trzaskowski, Berlinale 2013

La force du film vient justement de cette linéarité et de cette banalité de l’échec de la poursuite du bonheur. La fin du film est significative : Kim et Till sont musiciens. Tandis que Till chante la douleur d’avoir perdu la femme qu’il aime, Kim conjure son destin dans une chanson qui pleure sa quête d’un bonheur simple. Dans toutes les chansons, ce bonheur, qu’il soit perdu ou trouvé, se résume toujours à la présence de l’être aimé, à l’essentiel de la vie - alors que ceux qui vivent ensemble dans un entourage où ils ont tout ce qui leur faut, n’arrivent pas à communiquer. Est-ce que le drame de notre société actuelle ne se résume-t-il pas à cela ?
Une image forte en souligne l’impasse : le soir, lors d’un retour en voiture, Taryn demande un arrêt-pipi. Elle se cache derrière un wagon de tram et fait ses besoins sur des rails. Si autrefois les jeunes reprochaient à leurs ‘vieux’ d’être trop « sur des rails », ces rails-ci sont hors usage, le wagon, dont rêve Taryn comme d’un ‘chez elle’, est abandonné. Chaque ‘chez soi’ se révèle éphémère, il n’y a plus de direction prescrite – comment trouver alors son chemin ? Taryn se demande si elle est « foutue », Kim affirme son espoir – en pleurant.
Les deux acteurs interprétant Kim et Till sont tous deux des musiciens professionnels ce qui donne à ce film une grande authenticité, retraçant fidèlement l’ambiance de cette génération à la fois en révolte contre les anciennes contraintes et en quête d’un nouvel équilibre encore tragiquement hors d’atteinte.

Waltraud Verlaguet