Pro-Fil : Berlinale 2013

W imię... (In the Name of...) de Małgośka Szumowska

Pologne 2013, Sélection officielle

W imię... (In the Name of..) W imię... (In the Name of..) W imię... (In the Name of..)

Andrzej Chyra dans W imię... (In the Name of...)



Amen. Fuck

Telle était une des répliques d’un jeune, singeant le prêtre que pourtant tous respectent. Elle peut se lire comme une caricature de ce qui est en jeu ici.

La première scène montre la brutalité avec laquelle un groupe de jeunes se moque d’un retardé mental. Elle situe le contexte dans lequel va se dérouler l’histoire.

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Małgośka Szumowska
© Małgośka Szumowska, Berlinale 2013

Adam, un prêtre, est muté dans un village et met une grande énergie dans un centre pour adolescents de milieux difficiles. Peu à peu on découvre les problèmes qu’il cache en espérant les fuir : il a des tendances homosexuelles et pour noyer son chagrin, il cède – parfois – à l’alcool. Mais quand cela arrive, ça fait mal. La scène où il danse, complètement ivre, avec le portrait du pape, serait hilarante, si elle n’exprimait pas tant de douleur.
Sans la finesse de la réalisatrice, ce film aurait pu devenir qu’une dénonciation de plus des scandales dont on découvre de plus en plus l’étendue à l’intérieur de l’Eglise catholique, dénonciation facile car  la condamnation des abus est unanimement partagée.
Au lieu de cela, on assiste au déploiement d’une histoire d’amour, complexe et pudique, où chaque personnage est saisi dans son épaisseur, même les personnages secondaires - à part l’évêque, parfaite incarnation onctueuse du système qui exige de l’huile dans ses rouages pour pouvoir passer sur les grains de sable. On mesure l’énorme responsabilité de l’Eglise dans la misère affective de ses serviteurs, laissés à leur souffrance.
Car tout ce que cherche Adam – que les avances d’Eve n’ont pas réussi à faire fléchir – est un peu de tendresse. Comment tenir dans un engagement aussi exigeant en réprimant ce besoin intime, pire, en le déclarant « péché » ?
A la fin, l’acte enfin accompli, Adam est étendu sur son lit de fortune dans une blancheur d’abandon comme pour en souligner l’innocence, avant que la caméra ne nous amène au milieu d’une foule de soutanes noires. Parmi eux, le jeune amant - issue fréquente pour les garçons de familles pauvres en Pologne, comme l’explique la réalisatrice : cela leur donne une situation. Lui qui jusqu’ici était sombre de tourment, arbore alors un sourire lumineux.
Par petites touches et une caméra précise, presque amoureuse, la réalisatrice réussit à saisir ses personnages en leur touchante fragilité que les uns cherchent à cacher sous une affirmation violente de leur virilité naissante, tandis que tel autre – le prêtre, mais aussi son collaborateur - s’y abime dans un corps-à-corps avec soi-même.   Au nom de… qui ?
Un grand film.

Waltraud Verlaguet