Pro-Fil : Berlinale 2013

Layla Fourie de Pia Marais

Allemage/Afrique du Sud/France/Pays Bas 2013, Sélection officielle

Layla Fourie

Rayna Campbell dans Layla Fourie, © Pandora Film, Berlinale 2013


Zone grise entre Blancs et Noirs

Layla Fourie est une femme foncièrement honnête. Elle est persuadée qu’une telle honnêteté est nécessaire - et possible. Elle s’est formée pour travailler avec des détecteurs de mensonge et est envoyée pour sa première mission. Elevant seule son fils, elle est obligée de l’emmener. En route, elle renverse quelqu’un. Elle veut lui porter secours, mais il meurt sur la route vers l’hôpital. Si elle se dénonce, qui s’occupera de son fils ?

La réalisatrice est partie d’une enquête sur le besoin sécuritaire en Afrique du Sud. La frontière passe aujourd’hui moins entre Blancs et Noirs, qu’entre riches et pauvres, même si les deux se recoupent en grande partie. Les riches ne reculent devant rien pour se protéger des pauvres qui, eux, n’ont d’autre alternative pour sortir de leur pauvreté que de verser dans la criminalité. Cela produit un état constant de méfiance envers tout le monde, explique la réalisatrice. C’est pourquoi les détecteurs de mensonges font tellement fortune : ils sont utilisés pour le moindre entretien d’embauche, aucun employeur se risquant à faire confiance à un futur employé sans être sûr que ce dernier ne lui cache rien - avec tout ce que cela comporte d'abus potentiels.

Rayna Campbell incarne remarquablement bien cette tension douloureuse qui se retourne ici contre elle-même. Menacée d’être dénoncée, son secret la rend vulnérable, son fils en profite pour la manipuler, le fils de la victime – qu’elle doit soumettre au détecteur de mensonge pour un entretien d’embauche – sent la faille en elle…

La fin plaide pour la primauté de la vérité sur les arrangements personnels et n’est pas sans rappeler Secrets et mensonges de Mike Leigh.
Sera-ce suffisant pour restaurer la confiance entre Sud-Africains ?

Waltraud Verlaguet