Pro-Fil : Berlinale 2013

Nachtzug nach Lissabon de Bille August

Allemagne/Suisse/Portugal 2012, Sélection officielle, d'après l'œuvre éponyme de Pascal Mercier

Nachtzug nach Lissabon

Martina Gedeck et Jeremy Irons dans Nachtzug nach Lissabon, © Berlinale 2013

Bruno Ganz

Bruno Ganz dans Sam EmersonNachtzug nach Lissabon © 2012 Concorde Filmverleih


Quand les Portugais parlent anglais

J’avoue que, dès qu’un film parle de livres et qu’en plus il cite des textes philosophico-poétiques, je fonds comme neige au soleil. Surtout quand, comme ici, les images sont belles et l’intrigue intéressante – même si le point de départ peut sembler un peu tiré des cheveux : ce livre mystérieux dans la poche d’une presque-suicidée et qui entraîne un professeur de langues anciennes (Jeremy Irons) à quitter sa vie sur un coup de tête et sur le champ pour s’engager dans un voyage qu’on imagine d’emblée initiatique.

Cette reconstitution d’une page douloureuse du passé est plein de suspense et de charme. Le puzzle reconstitué ici fait revivre, à travers une histoire d'amour, les dernières horreurs de la dictature au Portugal avec sa police secrète aux méthodes cruelles. Les pièces du puzzle sont autant de souvenirs qu’a laissés l’auteur du livre en question, beau jeune homme ténébreux et brillant (Jack Huston) chez les différents témoins encore vivant. La reconstitution est menée de façon quasi-amoureuse par notre professeur, amoureuse parce que ce qu'il découvre le touche au plus profond de sa propre sensibilité qui semblait endormie par une longue vie de routine. Le mode opératoire fait penser aux Soldats de Salamine de David Trueba.

Le symbole des vieilles lunettes du professeur, cassées dans une lutte et qu'une jeune et jolie ophthalmologue (Martina Gedeck) replace par de nouvelles, plus modernes, plus adaptées à sa vue, plus légères, en dit long sur la transformation que vit le professeur, touchant dans sa fragilité philosophique. D'autant qu'on a besoin de lunettes pour lire - et pour voir clair.

Mais pourquoi, bon sens, ce film, d’après un roman écrit en allemand par un Suisse sous pseudonyme français, retraçant une histoire qui joue au Portugal, est-il tourné par un réalisateur danois en anglais, avec une brochette d’excellents acteurs dont les Allemands – qui incarnent donc des Portugais – parlent en anglais ? Parfois ça passe encore assez bien, comme pour la grande Martina Gedeck, mais pourquoi Bruno Ganz par exemple exhibe-t-il un accent exécrable ? Je suis sûre qu’un grand artiste comme lui est capable de travailler son accent si on le lui demande – pour autant qu'il soit nécessaire qu’il parle anglais... Cela gâche une partie du plaisir – pas trop quand-même : ah, les livres…

Remarquez : en France on verra sûrement surtout la version doublée et le problème ne sera plus perceptible... Et on pourra se délecter de Jeremy Irons parlant en français...

Waltraud Verlaguet