Pro-Fil : Berlinale 2013

La Religieuse de Guillaume Nicloux

France/Allemage/Belgique 2012, Sélection officielle

La Religieuse

Martina Gedeck dans La Religieuse, @ DN Belle Epoque, Berlinale 2013

La Religieuse


Vive la révolte

Le film est librement inspiré de l’œuvre éponyme de Diderot. Il retrace l’histoire de Suzanne Simonin, une jeune fille contrainte par ses parents à prendre le voile. Après un séjour dans un monastère sous une mère supérieure sadique, puis dans un autre où la mère supérieure lubrique jette son dévolu sur elle, elle réussit à s’échapper.

Guillaume Nicloux

Guillaume Nicloux @ Berlinale 2013

Contrairement au roman de Diderot, qui avait laissé la fin ouverte, et à la première adaptation cinématographique par Jacques Rivette en 1967 (Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot) où l’héroïne finit par se suicider, le réalisateur a choisi une fin heureuse : Suzanne retrouve son père biologique qui l’accueille chez lui.

Les décors sont bien choisis, le jeu d’acteur est convaincant – sauf peut-être pour Louise Bourgoin, mais cela tient peut-être au fait qu’on est habitué à la voir dans des rôles très différents – la caméra capte de belles images, souvent en lumière chaude de bougies.

Néanmoins on peut se poser la question du pourquoi d’un tel film. Le thème, brûlant au XVIIIe siècle (Diderot n’a pas publié le texte de son vivant) et encore sulfureux en 1967 (le film fut alors censuré), n’émeut plus grand monde. Guillaume Nicloux explique qu’il a désiré réaliser ce film dès son adolescence, l’âge où sa dévotion – il a reçu une éducation religieuse – a fait place à la découverte de la sexualité. C’est alors qu’il a été marqué par la lecture du livre de Diderot.

Du coup on peut lire la phrase que prononce le prêtre qui aide Suzanne à s’échapper – « Le monde a besoin de gens comme vous » – comme une confession de foi du réalisateur : le monde a besoin de gens qui osent se révolter contre des systèmes qui les enferment (mais il faudrait y inclure tous les systèmes !) et qui vont au bout de cette révolte, coûte que coûte.

Waltraud Verlaguet