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Berlinale 2014


Berlinale 2014

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Kreuzweg (Chemin de croix) de Dietrich Brüggemann

Religion perverse

Lea van Acken, Florian Stetter dans Kreuzweg (Chemin de croix) © Alexander Sass

Avec Lea van Acken, Franziska Weisz, Florian Stetter

Une jeune fille du nom prédestiné de Marie, issue d'une famille qui suit la confession de foi de la branche très traditionnaliste de Pie XII, prépare sa confirmation. Le discours du prêtre finit par la persuader qu'elle doit se sacrifier. Elle imagine alors que son sacrifice pourrait permettre à son jeune frère autiste de trouver la parole.

Un film très lourd qui me deçoit après son premier film si prometteur, Renn, wenn Du kansst. Brüggemann choisit de montrer un catholicisme très conservateur et son impact sur l'éducation d'une jeune fille. C'est son droit. Sauf que ses choix esthétiques traduisent une conception qui pose des problèmes hautement questionnables.

Tout d'abord, comme chez Lars von Trier, c'est une théologie du sacrifice qui prédomine. Le réalisateur fait précéder chaque scène par un tableau indiquant une des stations du chemin de croix du Christ. Il met donc explictement en relation le choix de la jeune fille de se laisser mourir et la crucufixion. Jésus apparemment est mort pour rien, puisque les humains doivent continuer à se sacrifier pour gagner la clémence divine. Je devrais dire, des 'humaines', car comme pour son collègue, le sujet du sacrifice est féminin.

Sur le plan formel toujours, les scènes entre les tableaux explicatifs sont surtout basées sur les dialogues. Les caractères sont des stéréotypes, voire des caricatures, qui se confrontent sur le plan du discours. Je ne dis pas qu'il ne puisse pas y avoir des personnes qui tiennent ce genre de discours. Mais les personnages manquent ici totalement d'épaisseur, ils se réduisent à un programme idéologique mortifère.

Sur le plan du contenu maintenant: là aussi je ne nie pas que des tendances aussi rétrogrades traversent nos Eglises et nos sociétés. Mais la mise en scène fait passer la dérive pour la norme. Les spectateurs autour de moi disaient à la fin du film: "heureusement que je ne suis pas catholique." Et c'est justement le travers à éviter. Les personnages du film sont mortifères, non parce qu'ils sont catholiques, mais parce qu'ils sont cons - pardon : parce qu'ils ont une structure psychologique perverse qui ne leur permet de trouver leur 'salut' - une façon de vivre en paix avec eux-mêmes - qu'en exerçant une emprise mortifère sur les gens qui les entourent. Surtout la mère, mais aussi le père par le fait qu'il se tait toujours, laissant ainsi le champ libre à la perversion de son épouse, renforcée par le sceau du sacré via le jeune curé (le même acteur joue Schiller dans Die geliebten Schwestern...) rétrograde qui, visiblement, n'a rien compris à l'évangile. Il construit l'image d'un dieu perverse qui, pour accorder la guérison à un jeune garçon innocent (4 ans), demande la vie d'une jeune fille. Quel dieu serait-ce ? En tout cas je n'aurais pas envie de croire en lui, je préférerais être athée.

Dietrich Brüggemann © Alexander Sass

Des gens avec une structure perverse et qui se réfugient derrière le maintien des 'valeurs' ou ce qu'ils prennent pour telles, il y en a chez les catholiques, chez les protestants, les juifs, les musulmans - et les non-croyants. Mais là où le bât blesse vraiment, c'est dans la pointe : que Brüggemann dénonce les dérives d'une religiosité perverse, c'est bien. Qu'il le fasse sans nuance, en confondant l'évangile avec sa perversion, c'est moins bien. Qu'il légitime in fine la perversion - à savoir: le jeune frère dit vraiment son premier mot au moment de la mort de sa soeur, ce qui atteste que le sacrifice de la soeur a produit un miracle - un inacceptable.

Comme Tore tanzt que nous avons vu en mai à Cannes,ou encore Au-delà des collines, le film interpelle car il nous montre que, ce que les réalisateurs ont retenu du christianisme, ce sont surtout ses perversions.

Waltraud Verlaguet

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