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CINEMED 2015

Maintenant ils peuvent venir

Film de Salem Brahimi, France 2015, 1h35

Salem Brahimi évoquant de la décennie noire en Algérie de son film Maintenant, ils peuvent venir

Le film revient sur la fin des années 80 en Algérie : le socialisme se meurt et l’islamisme d’importation afghan plonge le pays dans la tragédie : 200 000 algériens trouveront la mort. Nouredine, dont l’amie a fui l’Algérie en raison des évènements, épouse, sur l’injonction de sa mère, la jeune et belle Yasmina, avec qui il aura deux enfants. Il apprendra à l’aimer, mais si la famille va vivre dans l’amour, elle va connaître le doute, l’inquiétude grandissante, la résistance, mais aussi l’horreur. Ce long métrage de fiction est adapté du roman éponyme d’Arezki Mellal qui a coécrit le scénario.

Rencontre avec Salem Brahimi : Il voulait parler de la décennie noire en faisant le lien entre l’intime et le destin collectif. Il voulait que son film soit sensuel aussi. L’objet du film est de montrer comment la violence, corps étranger, s’insère dans la société, comment l’islamisme a occupé l’espace, comment les terroristes ont volé la rue, l’espace public. Il avait conscience de sa responsabilité par rapport aux gens qui ont subi cette violence, ont connu la méfiance « Qui est mon voisin ? », cette barbarie qui gangrène tout, au-delà de l’islamisme. Une autre question se pose « Qui tue qui ? », quel est le rôle de l’armée, des milices populaires (référence aux évènements du 5 octobre 1988). Le film est le conte d’une nuit et pas seulement d’une nuit algérienne. Le cinéaste fait référence aux quartiers nord de Marseille qui sont, pour lui, plus dangereux qu’Alger actuellement, notamment la Busserine. Au-delà du film, Salem Brahimi évoque la situation politique de l’Algérie, mise à bas, selon lui par le FMI. L’islamisme a fait fermer les usines, le pays a été criblé de dettes, mais ce n’est pas que l’Algérie qui subit ce sort…

Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans de clair obscur surgissent les monstres… Antonio Gramsci

Maintenant, ils peuvent venir, est un film magnifique, sensible et bouleversant. Il apprend, à ceux qui l’ignoraient, tout de cette période noire, en recréant l’atmosphère qui régnait dans le pays, le vécu au quotidien des Algériens dans cette décennie tragique, mais sans occulter les moments heureux que peut connaître une famille. A voir absolument.

Dominique Sarda

Salem Brahimi, cinéaste franco-algérien né en 1972 à Londres

Let Them Come, sélection officielle

Interprétation : Amazigh Jateb, Rachida Brakni