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"Protestant et Filmophile"



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FID 2015

Du bon, du brut et du barbant



http://www.fidmarseille.org

Ce vendredi 3 juillet, ma journée commence à la Villa Méditerranée (métro station Vieux-Port, puis bus 60 ou 82/82S jusqu'au Fort Saint-Jean) et se poursuivra tout entière aux Variétés (longer les quais à pieds jusqu'à Joliette, ou couper sur République-Dames, et prendre le tram ; selon l'humeur, descendre à Alcazar, ou Cours-Saint-Louis (ligne T3), ou Capucins ou Noailles (ligne T2). Quelle enivrante liberté de choix !

A la Villa Méditerranée, ce sera Pawel et Wawel, encore un de ces films inclassables. Il est dit documentaire, mais tout film où l'on voit quelque image du réel peut être dit documentaire : ce film-ci est une fiction, car tout y est inventé sauf les décors et les paysages ; le réalisateur polonais et une comparse viking ont monté en Islande – à Isafjördur exactement, douzième ville islandaise par la démographie, 2600 habitants au bord d'un fjord tout au nord du pays (451 kms depuis Reykjavik par la route, mieux vaut l'avion) – un festival de cinéma polonais dont ils attendront en vain les spectateurs. Le film s'ouvre sur un petit groupe musical de nonnes polonaises, dont le solo de flute traversière est peu à peu animé par une rythmique timide, coups sur le capot du piano, puis plus vibrante quand un bongo apparaît... Bon début ; musique et paysages seront les principaux protagonistes de cette agréable fantaisie. Le temps est tranché neuf fois par une vue de la côte toute proche (un quai, plutôt) défilant mollement derrière les vitres d'un paquebot de croisière (meilleur moyen d'accès à Isafjördur, finalement) ; dans les tranches, belles vues de paysages rocheux, enneigés souvent, herbeux ou boisés parfois, côtiers aussi, ainsi que quelques personnages et saynètes – la meilleure à mon goût est celle du chien chanteur (un border collie, pour les connaisseurs). La question que chacun se pose est énoncée à plusieurs reprises par des intervenants du film : « Quelle est la différence entre Pawel et Wawel ? » et comme la réponse n'est pas fournie, je suis allé la chercher pour rentabiliser votre lecture de cet article : Pawel est un prénom, bien sûr, et Wawel une colline de Cracovie qui a donné son nom à un château et un dragon.

Au cinéma Variétés, rescapé d'une panne d'électricité qui a fait sauter quelques séances de projection et durablement mis hors service la climatisation, des bouteilles d'eau ont été déposées dans l'escalier d'accès à la salle, et des ventilateurs postés contre le mur du fond. Ne pas se mettre trop près, car comme on transpire en parvenant à son fauteuil, un torticolis serait la punition sévère des goulu(e)s de fraîcheur. Sur les quatre films qui défileront ici, un seul a trouvé grâce à mes yeux ; je le garde pour la bonne bouche, et traite rapidement des trois autres.

Abdul & Hamza : deux émigrés somaliens font connaissance dans la ville de Vrsac, en Voïvodine, et organisent la poursuite de leur pérégrination. On peut supposer que c'est la présence improbable de ces messieurs venus de la lointaine Somalie dans cette région montagneuse de Serbie (Vrsac signifie Sommet) qui constitue l'intérêt de la situation. Parce qu'à par ça...

Les allées sombres : du presque noir & blanc, avec de temps en temps la tache rouge de la robe-chiffon de madame Doyon ; des troncs, des branches, des feuilles, de la nuit, et des mains tendues comme sur des parois de grotte préhistorique... J'appelle ce genre de spectacle un 'film d'art', j'espère que l'auteure est heureuse de l'avoir fait, et je suis convaincu qu'il ne fera de mal à personne.

La montagne magique : un grand titre mis à mal. Dans les souterrains d'une mine abandonnée, longue (très longue) déambulation à la lumière d'une lampe frontale. Bruits de ferraille, bruits d'eaux, bruits de voix humaines ; quelques hommes travaillent ou se reposent en bavardant. Ils cassent au marteau des cailloux brillants d'où tombent des paillettes, à recueillir dans des tubes de papier journal confectionnés pour emmener la précieuse poudre. Ce sont les mines de Potosi, théâtre autrefois de l'exploitation génocidaire de milliers d'esclaves indiens extrayant l'argent des Amériques, dont l'avatar actuel nous est ainsi montré. Ce que l'on voit et entend en plus d'une heure pouvait être montré et dit en quelques minutes, parce qu'il n'y a pas grand chose, et pour qui s'intéresse au sujet, le reste du temps serait resté libre pour des lectures ou autres moyens d'information.

La bonne bouche : Nicolas Boone a dit, en présentant son film : « J'ai tourné ça en bordure du Sahel africain, j'aurais pu le faire n'importe où. » Utile avertissement, parce que Psaume est tellement imprégné d'atmosphère sahélienne (je ne prétends pas connaître) que l'on croirait volontiers le contraire... Dans l'ambiance fantômatique d'une savane maigre et surexposée, un bourricot traîne paresseusement une charrette guidée par un bonhomme à moitié endormi ; un grand bougre, mini-boubou blanc et bonnet de laine sombre, marche un peu en arrière. Sur le plateau de la charrette, un amas de poussière semble-t-il, et une forme allongée qui doit être un humain. Quelques buissons plus denses, un puits, les deux s'y précipitent ; l'ânier prostré sur la margelle regarde au fond du trou, le grand s'agite alentour et finit par dénicher dans la fourche d'un arbre les restes d'un jerrican de plastique muni d'une corde. Six fois de suite, il jette le récipient au fond du puits et boit, debout, l'autre à ses pieds mettant ses mains et sa bouche sous le surplus d'eau qui retombe. Puis le grand va s'asseoir plus loin, et l'ânier à son tour se sert. Sur la charrette, le moribond a remué, est tombé au sol, s'est traîné jusqu'au puits. Le grand se relève, rejoint l'ânier à la charrette, s'y assied lui aussi, et l'âne s'en va au trot désormais. Le moribond a rampé dans leur direction, a hélé plusieurs fois, ils disparaissent de sa vue.

Villages désertés, êtres estropiés criant depuis l'ombre vers le blanc du soleil, bébé posé solitaire au bord d'une place vide, enfants-soldats peuplant un convoi funéraire... Monde en désespérance, monde d'après la catastrophe, où l'indifférence à autrui est le trait commun aux survivants. « J'aurais pu tourner ça n'importe où. » Où, le lieu, peu importe – l'important est qu'il ne puisse exister !

Jacques Vercueil

Pawel et Wawel (Pawel i Wawel) de Krzysztof Kczmarek (Pologne/Autriche 2014, 1h03), film documentaire, Première internationale – FID Marseille 2015, Compétition internationale.

Abdul & Hamza de Marko Grba Singh (Serbie 2015, 0h49) film documentaire, Première mondiale – FID Marseille 2015, Ecran parallèle Histoires de portraits, Compétition Premier.

Les allées sombres de Claire Doyon (France 2015, 0h23), avec Claire Doyon. Première mondiale – FID Marseille 2015, Compétition française.

La montagne magique d'Andrei Schtakleff (France 2015, 1h08) film documentaire, Première mondiale – FID Marseille 2015, Compétition française.

Psaume de Nicolas Boone (France 2015, 0h48) avec les habitants du village de Gagué Chérif – Première mondiale – FID Marseille 2015, Compétition française.

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