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Festival de Locarno 2016


Gorge cœur ventre

© Festival de Locarno 2016

Mon premier film antispéciste ! Si le terme est nouveau pour vous, faites le parallèle avec antiraciste. Pour la réalisatrice et l'équipe du film, tous partageant la même foi, les animaux humains ou non, peu importe, ont un visage, une âme, et c'est cette beauté émergeant des ombres d'un vieil abattoir déliquescent qui est le sujet de leur film. Film très bien réalisé, dans lequel l'obscurité naturelle du lieu fait que les pelages, les yeux, les regards des bêtes captent les lumières et vous saisissent. La bande son comporte peu de paroles humaines, surtout les bruits mécaniques de l'abattoir et les cris des animaux angoissés.
La charge symbolique du vieux bâtiment est forte : les murs aveugles, les vastes salles bétonnées, les couloirs bardés de métal, les grosses machines rouillées et incompréhensibles, évoquent d'autres usines à tuer. Le décor est celui de la bouverie, là où les bêtes attendent quelques heures ou quelques jours l'abattage, et où Virgil et des collègues s'occupent des bouvillons et des cochons : ouvrir des passages, faire circuler les bêtes, leur interdire la fuite ou le retour, refermer, nettoyer. Toutes ces images sont dures, mais peu sont sanglantes : parfois, dans l'embrasure d'une porte, défilent des carcasses pendues.
Virgil est accompagné de son gros brave chien, qui partage aussi sa chambre à coucher. On y voit avec eux une jeune femme, tous les trois sont vêtus de leur seule peau – je m'étais d'abord demandé le sens de cet intermède naturiste avant de réaliser le caractère spéciste de mon interrogation.

Jacques Vercueil

Gorge cœur ventre de Maud Alpi (France 2016, 1h22),

fiction documentaire avec Virgile Hanrot et le chien Boston dans leurs propres rôles.

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