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Festival Varsovie 2015

Le Festival International du Film de Varsovie 2015

Le Festival International du Film de Varsovie s’est déroulé du 9 au 18 octobre. Entre ses différentes sections, il présente une centaine de films, fictions et documentaires, et est principalement orienté vers la production des pays de l’Europe de l’Est. La sélection de la compétition officielle comportait une majorité de films provenant de ces pays mais était malheureusement assez décevante avec beaucoup de films calqués sur le même modèle du film noir où le jeune héros embringué dans la délinquance veut sortir de ce milieu mais n’y arrive pas. Les mafias de passeurs de migrants remplacent les trafiquants de drogue mais le schéma, dans des environnements différents, reste le même et la réalisation de ces films montre assez peu d’originalité. Il est toutefois difficile de dire, au vu de quelques films, si ceci reflète la réalité d’un monde où la corruption règne et où seul le crime fournit des emplois ou bien si ce sont des choix de réalisateurs qui pensent que le film noir est un sujet porteur, ou bien encore si c’est une volonté des sélectionneurs. En tout cas, cette sélection officielle donnait une vision bien sombre de pays comme la Slovaquie, la Macédoine, la Géorgie ou la Bulgarie.

Quelques films toutefois sont à signaler. Patria du serbe Oleg Novkovic revient sur les séquelles des conflits des Balkans à travers l’histoire d’une famille serbe du Kosovo émigrée à Belgrade. Moins original et moins abouti que Zvizdan de Dalibor Matanic, vu à Cannes (et présenté à Varsovie dans une section parallèle), Patria est un témoignage intéressant sur les traces que ces guerres ont laissées, vingt ans après les événements.

Deux films polonais revenaient sur la question des massacres des juifs en Pologne pendant la dernière guerre et sur le rôle qu’ont pu y jouer les Polonais. Il semble que ce soit un thème fréquemment traité par le cinéma polonais actuellement ; Ida, qui a eu un large succès en dehors de la Pologne, traitait déjà de ce thème.

Klezmer, de Piotr Chrzan, qui était présenté dans la section des premiers et deuxièmes films, est une œuvre forte sur le sort des juifs dans la campagne polonaise. Il se présente comme un drame épuré, une sorte de huis clos dans une forêt où des non juifs trainent dans une charrette un juif gravement blessé qu’ils ont trouvé ; les uns veulent le livrer, les autres le sauver. Les quelques personnages personnifient les attitudes possibles face au sort des juifs, du petit moustachu endoctriné par la propagande qui veut à tout prix les livrer, à la jeune femme qui les cache et les défend en prenant de gros risques, en passant par le cynique qui trafique avec eux et rachète leurs biens mais refuse de les livrer. C’est un film émouvant, avec très peu de moyens, qui maintient le spectateur en tension jusqu’à la fin qui ne peut être que tragique.

Demon, de Marcin Wrona, qui était présenté en compétition, relève d’un tout autre genre puisqu’il emprunte au fantastique et s’inspire dans la forme de Shining de Stanley Kubrick qu’il cite d’ailleurs assez explicitement à la fin. C’était à mon avis le film le plus réussi de la sélection, mélangeant avec bonheur surnaturel et comique sur un rythme qui ne laisse pas souffler le spectateur. Une jeune femme juive, massacrée avec sa famille pendant la guerre, revient hanter le marié lors d’une fête de mariage qui a lieu dans une vieille maison qu’elle a habitée et que s’est appropriée le père de la mariée. Le film puise à de nombreuses traditions littéraires ; le mariage, notamment le mariage juif, est un des thèmes classiques de la littérature polonaise et la possession d’un vivant par l’esprit d’un mort revient fréquemment dans la tradition juive de l’Est de l’Europe. Le film alterne moments comiques et dramatiques et les apparitions surnaturelles sont réalisées avec une grande maitrise et rappellent Kubrick. Au plan des idées, il convoque, au chevet du possédé, une trilogie symbolique des explications du surnaturel en la personne d’un médecin, d’un curé catholique et d’un vieux docteur juif. Un film intelligent, qui traite sur un mode distrayant de sujets complexes comme l’hallucination, la folie, la mémoire, et qui montre une société polonaise qui veut oublier et enfouir le passé : « ce n’était qu’un rêve, il ne s’est rien passé », conclut le père de la mariée.

Pour finir avec les films d’Europe de l’Est, signalons un film kazakhe, Bopem, de Zhanna Issabayeva, sorte de poème filmé au bord de la Mer d’Aral aujourd’hui asséchée. Les personnages et l’histoire sont trop schématiques mais les longs plans fixes de ces vastes étendues plates où se dressent des carcasses rouillées de bateaux échoués sont d’une beauté à couper le souffle.

Le Prix du Jury œcuménique a été décerné à un film palestinien, Ya Tayr El Tayer (L’idole) de Hany Abu-Assad, le réalisateur de Paradise Now et de Omar. Il est fondé sur une histoire vraie, celle de Mohammad Assaf, un jeune Palestinien de la Bande de Gaza qui a réussi à participer à la compétition de chant, Arab Idol, en 2013 et à gagner. Après sa victoire, une explosion de joie unit les Palestiniens et remplit les rues de Gaza. Un peu conventionnel dans sa dernière partie, le concours de chant, le film est très réussi dans sa première partie, la période où ils sont enfants, mélange de comique et d’émotion, menée sur un rythme trépidant. Ces cinq petits diables veulent former un groupe de musique et tous les moyens sont bons pour réaliser leur rêve. Le film apporte l’espoir et des images d’une vie normale dans un monde de ruines et de désespérance. Les chants de ce jeune chanteur prodige donnent aussi, métaphoriquement, une voix aux Palestiniens.

Parmi les films intéressants figurait le film turc Ana Yurdu (Motherland), de Senem Tüzen dont le thème principal est la relation d’une jeune femme, écrivain et récemment divorcée, avec sa mère, traditionnaliste et plus tournée vers la religion. La fille cherche la tranquillité pour écrire un livre dans la maison de sa grand-mère récemment décédée, située dans un gros village. Sa mère la rejoint et, bien que professeur et ayant émigré à la ville, retrouve aussitôt, dans le village de son enfance, la vie traditionnelle de la femme au foyer passant ses journées à discuter avec les voisines, ce qui irrite sa fille. Le film montre assez finement les relations de la mère et de la fille, leur complicité et leurs irritations réciproques, il est aussi une réflexion sur la création littéraire, la mère fournissant un alibi à la panne de création de la fille.

Signalons encore une rareté, un premier film népalais, Kalo Pothi (The Black Hen), de Min Bahadur Bham, un petit film sympathique, entre fiction et documentaire, qui nous plonge au cœur du Népal. Le scénario est mince, l’histoire de deux jeunes garçons de castes différentes qui cherche à posséder et élever une poule, mais il est le prétexte à nous faire partager la vie d’un village népalais, celui du réalisateur, au moment de la guerre civile avec les rebelles maoïstes. Les acteurs, quasiment tous des non professionnels, sont convaincants.

Enfin, une déception, le dernier film d’Otar Iosseliani, Chant d’hiver. Le réalisateur géorgien reprend la recette de son film précédent, Jardins d’automne, en nous montrant quelques personnages dont les vies d’entrem&icric;lent au cœur du vieux Paris. Les acteurs sont sympathiques, il y a une certaine poésie mais l’ensemble reste trop décousu pour vraiment intéresser. Dommage.

Jacques Champeaux
membre du jury œcuménique

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