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CINEMED 2009


Elio Petri (1929-1982)

Retrospective d'un cinéaste engagé

La sortie simultanée, en 2008, de deux grands films italiens : Il Divo de Sorrentino et Gomorra de Matteo Garrone a donné l’ide aux organisateurs du Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier, de sortir de l’oubli un cinéaste qui, avec Francesco Rosi, a donné ses lettres de noblesse au cinéma politique italien ; Pasmoins de neuf films, sur les douze qu’il a réalisés en vingt ansponctuent la rétrospective du 3,1e Cinemed, inaugurée par Elio Petri, notes sur un auteur produit par sa femme Paola Petri, présente au festival.

Observateur engagé et critique de la société italienne des années 1960-1970, compagnon de route du PCI jusqu’en 1956,Elio Petri s’est exprimé en artiste libre, loin de tout dogmatisme ou complaisance à l’égard des partis qui dominaient le pays : la Démocratie Chrétienne au pouvoir, le Parti Communiste dans l’opposition.

Mais comment exprimer par le cinéma la réalité si complexe d’un pays, gangrené par a mafia et la corruption, à peine sorti du fascisme mussolinien, et qui laisse encore des traces indélébiles, On peut s’efforcer de rendre compte des faits « qui suffisent en eux mêmes à porter une accusation lucide jusqu’à la froideur »(E.Petri). C’est lestyle de De Santis, de Francesco Rosi. Ou alors, le cinéaste utilise la « distanciation brechtienne » permettant de « démystifier la réalité quotidienne » en présentant les personnages de la fiction de façon caricaturale et même grotesque ! C’est le parti-pris d’Elio Petri qui saura remarquablement exploiter le talent de ses acteurs tels que Mastroianni, Gian-Maria Volonte surtout (on le voit dans quatre films majeurs de Petri), Salvo Mandone, Flavio Bucci… La rétrospective nous permet de découvrir ou de re-découvrir des films qui illustrent parfaitement la volonté du réalisaeur de « mettre en acte un processus civique à l’intérieur du spectateur »,en le mettant en situation, en l’impliquant !

Elio Petri, d’origine prolétarienne, préférait exprimer le doute et la contradiction à une vision trop militante et donc trop simpliste des choses. Ainsi, ses personnages sont souvent montrés dans un état de schizophrénie rampante, d’exaltation confinant à la folie. Il faut voir Gian Maria Volonte dans Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon (1970), montrant de façon inouïe jusqu’où un commissaire de police, peut aller pour faire croire à ses collègues que, coupable d’un crime odieux (le meurtre de sa maîtresse) il est quand même innocent puisque membre de la police !

Dans La classe ouvrière va au paradis (1971), dont le titre lui-même contient une provocante mise en question du monde ouvrier victime des patrons, mais aussi d’une certaine manière des syndicats, et surtout, qui va perdre son âme dans la société de consommation . Gian Maria Volonte n’est pas loin de perdre la raison.  « Pour éviter l’asile de fous, il vaut mieux retourner à l’usine »  lui dit l’un de ses anciens camarades aliénés .

Enfin dans Todo modo (1976) on arrive à un réquisitoire éblouissant de la Démocratie chrétienne et de ses suppôts capitalistes, lors d’une retraite spirituelle dans un monastère, dirigée par un gourou étrange. Cette fois, c’est Mastroianni qui dirige les opérations devant un Gian Maria Volonte qui ressemble étrangement à Aldo Moro !

Elio Petri fut très critiqué par tous les bords et sa femme Paola a pu dire à quel point il en était affecté ; Le silence pesant qui s’est imposé après sa mort, peut-il enfin être levé, afin de reconnaître Elio Petri comme l’un des plus grands réalisateurs italiens ? L’assistance nombreuse à cette rétrospective permet d’y croire.

Alain Le Goanvic

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