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CINEMED 2013

RENCONTRE AVEC :

… Marisa PAREDES

Le 35ème Cinemed rend hommage à la diva du cinéma espagnol, Marisa Paredes.
Après une brillante carrière au théâtre et à la télévision, c’est Pedro Almodovar qui, en 1983 lui fait tourner Dans les ténèbres. Il faudra attendre 4 ans et son premier grand rôle dans Prison de cristal de son ami Agustí Villaronga pour qu’elle se sente devenir une actrice de cinéma. C’est un film dérangeant entre nazisme et pédophilie, où elle joue l’épouse d’un SS prisonnier d’un poumon d’acier. C’est là qu’elle retrouve la même satisfaction de jouer qu’au théâtre qui sera pour elle la porte ouverte au cinéma. Ce n’est pas tout à fait un hasard si on les retrouve tous les deux au Cinemed 2013.

D’origine modeste, fille d’un ouvrier et d’une concierge, méprisée par les enfants des occupants de l’immeuble qui lui donné un sentiment d’injustice et un désir de revanche, elle a vécu dans le quartier des théâtres à Madrid. Sur la place Santa Ana, les acteurs donnaient l’impression d’échapper à la morosité. Forte de sa volonté et malgré les interdictions de son père, elle décroche à quinze ans un stage  dans une pièce pour  une apparition infime. En apprenant le texte par cœur, elle accède à un rôle plus important profitant de la maladie d’une actrice. Depuis qu’elle a saisi cette chance qui lui a été donnée, elle n’a plus cessé de jouer. Après de grands rôles au théâtre, Marisa Paredes travaille à la télévision dans des séries et des adaptations de pièces de théâtre. Dans les années 70, elle devient l’une des icônes de la télévision espagnole et surfe sur la vague de la Movida.  
La carrière de Marisa Paredes explose avec le rôle de Becky del Paramo dans Talons Aiguilles (1992) d’Almodovar, une diva qui a grandi comme elle dans une loge de concierge. Devenue une grande actrice espagnole en tournant avec Almodovar, Chavarri, Villaronga, Trueba, Gomez Pereira, elle franchit les frontières ibériques lui donnant une renommée internationale aux côtés de Raoul Ruiz Trois vies et une seule mort 1996.

Quel plaisir, quel avantage,  avez-vous trouvé dans votre métier d’actrice ?

Marisa Paredes : Un des grands plaisirs de l'interprétation est de pouvoir évacuer la part la plus venimeuse, la plus insoupçonnée, cette part mauvaise, noire et cachée. 

Vous êtes surtout connue pour vos collaborations avec Almodovar. Mais pouvez vous nous parler d'autres réalisateurs qui vous ont marquée, qui vous ont apporté des choses...

Marisa Paredes : Presque tous les réalisateurs t'apportent quelque chose mais, si je dois parler de ceux qui m'ont profondément marquée, je dois évoquer Agustí Villaronga, le premier réalisateur de cinéma qui m'a offert un rôle important. C'est avec lui que j'ai découvert avec certitude que je pouvais réellement faire du cinéma. Jusqu'ici j'avais travaillé au théâtre, à la télévision, dans de très bonnes adaptations de romans et j'avais joué de petits rôles au cinéma. Mais, de par mon physique "peu espagnol", je n'avais jamais eu de personnage aussi grand. C'est avec le film d'Agustí Villaronga, Tras el cristal, emblématique pour moi et pour le cinéma espagnol, que j'ai découvert cette possibilité. Je dois également parler d'Arturo Ripstein, réalisateur mexicain avec qui j'ai fait deux formidables films, Carmin profond et Pas de lettre pour le colonel. Je pourrais aussi évoquer Raoul Ruiz qui a une vision sur le cinéma totalement différente, Manoel de Oliveira, Edgardo Cosarinsky... Philippe Lioret, un des premiers réalisateurs français avec qui j'ai collaboré. Daniel Schmid, avec qui j'ai joué le rôle de Sarah Bernhardt. Evidemment, je ne peux oublier Almodovar. C'est par lui que mon travail a été connu dans le monde entier et je serais bien ingrate si je ne l'évoquais pas.

Quelles sont les principales qualités que vous avez pu observer chez les grands réalisateurs?

Fondamentalement, je crois que les réalisateurs aiment les acteurs. C'est à partir de cette relation que l'on peut aller le plus loin possible, comme en amour. Les bons réalisateurs sont capables de tirer des acteurs le meilleur d'eux-mêmes, en les poussant jusqu'aux limites du risque, de l'âme, sans que cela signifie quelque chose de morbide ou de sadique, même si cela se confond parfois. Les meilleures personnes avec qui j'ai travaillé sont celles qui m'ont fait découvrir des choses cachées en moi, et c'est précisément ces choses que j'ai pu offrir au spectateur

On dit que les grands réalisateurs révèlent aux acteurs des choses qu'ils ignoraient sur eux-mêmes. Si ce n'est pas trop indiscret, qu'avez-vous découvert sur vous-même ?

J'ai découvert que j'avais en moi une dimension si profonde et si douloureuse que je voulais l'oublier. Parce que, s'il y a bien quelque chose que je ne veux pas montrer, c'est le pessimisme de la vie, ce que tout le monde pense souvent, que la vie est dure, parfois très noire et bien évidemment très douloureuse. J'ai toujours voulu, non pas cacher cet aspect-là, mais plutôt le fuir. Le cinéma me permettait de le montrer et même plus. Toutes ces choses qu'on ne peut pas être, qu'on ne veut pas être, cette part sauvage, la plus sale, la moins agréable, le cinéma me permet de l'assumer. C'est un des grands plaisirs de l'interprétation. Pouvoir évacuer la part la plus venimeuse, la plus insoupçonnée, cette part mauvaise, noire et cachée.

Vous avez interprété, au théâtre, à la télévision et au cinéma, de très nombreux rôles. Cependant, y a-t-il un genre de personnages que vous n'auriez pas encore joué et que vous aimeriez interpréter?

J'aimerais beaucoup jouer la femme panthère (Rires). J'aimerais être espionne. Il y a de très nombreux personnages qui me plairaient car chaque rôle te fait découvrir des choses. Le fait même d'être un personnage t'oblige à entrer dans des mondes que tu ne connais pas toujours. J'ai eu la chance de faire de très bons personnages parce qu'il y avait de très bons auteurs. Les bons auteurs créent en général de bons personnages. Les grands auteurs comme Shakespeare, Ibsen, Tchekhov, Lorca, Lope de Vega, pour citer les plus classiques. Et ceux un peu moins classiques, Tennessee Williams, Arthur Miller, Jean Genet... Les personnages que j'aime sont surtout liés à l'environnement dans lequel ils évoluent, c'est-à-dire l'œuvre mais aussi la forme que va donner le réalisateur à cette œuvre. En un mot : la mise en scène.

Dominique Sarda

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