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Cinéma

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4 mois, 3 semaines et 2 jours

Roumanie 2007 ; durée : 1H53

Réalisation :
Scénario et réalisation : Cristian Mungiu. Image : Oleg Mutu. Son : Titi Fleancu. Montage : Dana Bunescu. Prod. : MOBRA FILM
Interprétation : Anamaria Marinca (Otilia), Laura Vasiliu (Gabita), Vlad Ivanov (Dl. Bebe), Alexandru Potoceanu (Adi)
Auteur :

Inconnu sur la scène internationale, Cristian Mungiu, jeune cinéaste roumain de 39 ans a créé la surprise à Cannes en 2007 avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours, film choc qui devait remporter la Palme d’or. Il avait déjà réalisé précédemment deux autres longs métrages, Occident (2002) et Lost and found (2005)

Résumé :

Bucarest, 1987. Otilia et Gabita sont deux étudiantes qui habitent ensemble dans une résidence universitaire. Gabita est enceinte. Elle a rendez-vous dans un hôtel de Bucarest avec un faiseur d’anges, M. Bebe. Incapable d’affronter seule la situation, elle se fait accompagner par Otilia . Les deux jeunes filles se retrouvent dans la chambre d’hôtel avec l’avorteur. Celui-ci, considérant que les « honoraires » proposés par Gabita, sont insuffisants, demande à être payé en nature.

Analyse :

La parenté est grande entre le cinéma de Cristian Mungiu et celui des frères Dardenne. Même type de sujet emprunté à un environnement social étouffant. Même caméra sèche, fixant la réalité sans ciller et sans détourner l’objectif. Mêmes personnages de battant(e)s mettant la force de leur résistance intérieure au service du combat qu’elles mènent. Avec sans doute moins de concession finale et de rédemption possible chez le Roumain que chez les frères belges.
Un cinéaste, c’est avant tout un regard. Celui de Cristian Mingiu est impressionnant par sa façon de découper comme au diamant le verre de la réalité pour donner à celle-ci forme et sens. Pas de pathos, pas d’angélisme, pas de sentimentalisme accrocheur, mais un cinéma épuré d’où tout enjolivement inutile a été évacué au profit d’une transparence qui conduit sans distorsion au fond des personnages. Un exemple ? Le très long plan fixe de la scène où Otilia assiste à un repas d’anniversaire. Elle a dû, pour venir là, laisser seule Gabita dans sa chambre d’hôtel : au silence angoissé de la jeune femme perdue au milieu de la joie de la fête répond l’immobilité attentive et complice de l’œil de la caméra — c’est-à-dire le nôtre — fixé sur elle. Par ce seul choix de mise en scène Cristian Mingiu concrétise le clivage de la situation à cet instant : d’un côté Otilia et le spectateur, unis dans le partage du même secret et de la même souffrance, de l’autre côté le reste du monde.

Jean Lods