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Cinéma

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ANTICHRIST

Film suédois, italien, polonais, allemand, français, danois, 2008, 1h44.

Réalisation : Réalisation, scénario et dialogues : Lars von Trier - Image : Anthony Dod Mantle - Son : Kristian Eidnes Andersen - Montage : Anders Refn - Décor : Karl Kalli Julliusson - Production : Zentropa Entertainment, Slot Machine, Arte France Cinéma - Distribution: Les Films du Losange
Interprétation : Willem Dafoe (lui), Charlotte Gainsbourg (elle) qui a obtenu^pour ce rôle le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2009
Auteur :

Lars von Trier est un cinéaste hors norme, révélé au public cannois avec The element of crime (1984), thriller surréaliste. Fondateur en 1995 d’un mouvement éphémère, Dogma, qui regroupait quatre réalisateurs (dont Thomas Vinterberg), Lars von Trier a fait sensation avec presque tous ses films majeurs : Breaking the waves (1996), Dancer in the dark (2000)(Palme d’Or), Dogville (2003), Manderlay (2005). Mysticisme, mélodrame, introspection des êtres, ainsi est l’approche cinématographique de ce grand réalisateur, en recherche de formes originales d’expression.

Résumé :

Un couple perd son enfant accidentellement et entre dans une crise profonde. Il se retire dans un chalet isolé dans la forêt et tente de survivre à ce drame. L’homme est psychothérapeute et se propose d’aider sa femme à traverser le deuil. Tout se noue autour de l’allégorie des Trois Mendiants : deuil, douleur, désespoir. Le film est difficile, certaines images sont très dures.

Analyse :

Antichrist a provoqué la controverse.
Un Prologue, quatre parties avec intertitres : Deuil, Douleur, Désespoir, les Trois Mendiants, Épilogue. Le cinéaste nous invite à un voyage dans « le chaos (qui) règne » sur le monde : images belles à défaillir, ralentis infinis, atmosphère surnaturelle. La forêt, filmée comme aux origines, peuplée d’animaux symboliques : biche, renard, aigle, corbeau – fait penser à un tableau de Bosch ou de Breughel. La cabane où se retire le couple est nommée Eden, antiphrase ironique car le lieu d’un impossible dépassement ! Désespoir, tentative de rationalisation, éphémère retour à la vie, malentendu et effondrement progressif. La femme semble accepter le « travail », que fait son mari comme thérapeute (erreur déontologique), mais elle est habitée par une terreur qui vient de loin. N’est elle pas comme l’héritière des femmes persécutées dans le passé de l’humanité, cette « vallée de larmes » ? Faut-il alors avec le jury oecuménique accuser le cinéaste de misogynie ? Il faut se rappeler toutefois qu'il a eu la Palme d'Or pour un film bien plus misogyne que celui-ci. La référence à Bergman s’impose, les films où des couples se déchirent: Les fraises sauvages, Le silence, Cris et chuchotements…et où le monde environnant semble se disloquer. Lars Von Trier réussit à évoquer une zone à la lisière de la réalité et du rêve cauchemardesque. Le film est dédié à juste titre à Tarkovsky, grand explorateur du monde invisible. Dans le Prologue, le drame, en noir et blanc, la musique de Haendel scande les images au ralenti. On réentend cette musique dans l’Épilogue, de nouveau en noir et blanc, alors que de la forêt émerge une foule de femmes dont le visage est comme gommée.
L’interprétation est ouverte : femme « sans visage, sans personnalité » une fois de plus niée ? ou vision de la femme persécutée qui va enfin naître à la vie ? À vous de juger.

Alain Le Goanvic