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Cinéma

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JAFFA

(Allemagne - Israël - France 2009 1h50)
Film présenté hors compétition au Festival de Cannes 2009

Réalisation : Keren Yedaya - Scénario et dialogues : Keren Yedaya, Illa Ben Porat - Photo : Pierre Aim - Décor : Avi Fahima - Montage : Assaf Korman
Interprétation : Ronit Elkabetz , Dana Ivgy, Moni Moshonov, Mahmoud Shalaby, Roy Assaf
Auteur :

Keren Yedaya est israëlienne. Elle est né en 1972 aux USA qu'elle quitte à 3 ans pour Israël. Fervente militante, elle met régulièrement son cinéma au service de la cause féministe et de la contestation de l'occupation des territoires palestiniens. Après des études de photographie et de cinéma à Tel Aviv elle s'investit dans plusieurs combats politiques, ce qui appara^tra dans ses courts-métrages. Son premier long métrage Or / Mon trésor (consacré au problème de la prostitution) a été présenté à Cannes en 2004 et a obtenu la "Caméra d'or".
Il avait été financé par la bourse d'aide au développement du festival du cinéma méditerranéen de Montpellier.

Résumé :

Jaffa, non loin de Tel Aviv. Le père de Mali est propriétaire d'un garage où travaillent Hassan et son fils Toufik. Les relations entre employeurs juifs et salariés arabes sont bonnes en apprence.... Mali et Toufik vivent une aventure amoureuse depuis plusieurs années, qu'ils cachent à leurs familles par crainte de leurs réactions. Lorsque Mali tombe enceinte ils décident d'agir.

Analyse :

Keren Yesaya nous offre ici un récit assez minimaliste qu'il faut lire "entre les lignes". Cette famille juive mène une vie petit bourgeoise peu spectaculaire. Il y a tout de même le fils, Meir, paresseux, assez infatué de lui-même et de son statut de fils du patron, prêt à affirmer son autorité sur les deux employés arabes : Hassan et son fils Toufik. Mais Mali, sa soeur, qui tient le secrétariat du garage , ne les perçoit pas comme des employés...
C'est de cette cohabitation arabes-juifs à Jaffa dont nous parle le film. Ou plutôt, il ne parle pas, il montre. Il montre un patron bienveillant qui estime ses employés arabes. Il montre la vie de cette famille au quotidien. Il montre la jeune fille qui vit un amour clandestin et est enceinte. Il montre enfin comment Meir provoque et agresse Hassan et Toufik, après un conflit avec ses propres parents. Alors tout bascule : la bagarre, la mort accidentelle de Meir, l'emprisonnement de Toufik, le désespoir de Meir, qui ne veut rien dire à ses parents...... La famille arabe n'apparaît que vers la fin du film, à travers des images de vie familiale étonnamment proches de celles qui nous étaient montrées de la famille juive. Nous apparaît une grande solidarité familiale autour de ce fils et frère qui sort de prison huit ans après le drame. Que va-t-il rester de cet amour interdit par les familles ? Les parents de Mali ne sont pas prêts à accepter la vérité que leur avoue enfin Mali. "Tu as détruit notre famille" lui dit son père.
La dernière scène esquisse un espoir : Mali, au bord de la mer avec sa fille, et Toufik, venant vers elles mais restant à distance. Est-ce ainsi que la réalisatrice voit le rapprochement entre les deux communautés : un face à face devant un enfant commun ? Les deux actrices féminines, déjà vues dans Or (Mon trésor) de Keren Yesaya) jouent en contraste : la mère, toute en extériorisation émotionnelle, la fille toute en intériorité.

Maguy Chailley