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Cinéma

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Un barrage contre le Pacifique

France, 1h55

Réalisation : Rithy Panh - Scénario : Michel Fessier et Rithy Panh (d'après le roman de Marguerite Duras, du même titre) Distribution : Diaphana Films
Interprétation : Isabelle Huppert, Astrid Bergès-Frisbey, Gaspard Ulliel, Randal Douc, Duong Vanthon
Auteur :

Rithy Panh est né en 1964 à Phnom Penh (Cambodge). A 15 ans il échappe aux camps de la mort des Khmers Rouges. Il fait ses études de cinéma en France, à l'IDHEC, dans les années 80. Son premier documentaire, en 1989, est centré sur les camps de réfugiés cambodgiens. Et c'est la tragédie de son pays qu'il va sans cesse montrer, que ce soit dans des documentaires ("La terre des âmes errantes" 1999 mais surtout "S21, la machine khmere rouge" 2003) ou des fictions ("Les gens de la rizière" 1994, "Un soir après la guerre" 1998). L'adaptation du roman de Marguerite Duras "Un barrage contre le Pacifique", lui permet de s'intéresser à l'époque de la colonisation.

Résumé :

Dans les années 30, une institutrice, veuve, avec deux enfants, tente de survivre dans une plantation concédée par l'administration coloniale, mais dont les rizières sont régulièrement submergées par l'océan. Son grand projet, de dresser un barrage contre le Pacifique, sera la lutte de sa vie.

Analyse :

Il faut oublier le film L'amant de Jean-Jacques Annaud (1992) pour entrer pleinement dans le propos de Rithy Panh. Il ne s'agit pas ici de se centrer sur la relation amoureuse entre une toute jeune fille "blanche"de 16 ans et un homme chinois plus âgé. Ici pas d'ébats amoureux mais la vie précaire et difficile d'une famille s'efforçant de sauver les rizières dans lesquelles la mère a englouti toutes ses économies. Et ce, dans un contexte colonial où finalement elle se retrouve du côté des indigènes, menacée qu'elle est, comme eux, de perdre ses terres face aux fonctionnaires du cadastre qui les convoitent. Et si un homme chinois convoite bien la jeune fille de 16 ans, il convoite aussi les terres de la famille. On voit alors s'organiser sous nos yeux la résistance désespérée de la mère qui peut croire que sa fille (et son union avec l'homme chinois) peut leur apporter la solution. Il y a de la "mère maquerelle" dans sa manière de pousser Suzanne (qui n'en a aucune envie) dans les bras de Mr Jo. Et c'est pathétique aussi de voir son aveuglement sur son fils.
Quelques scènes suffisent à montrer l'arbitraire et l'injustice du système colonial et à percevoir le sentiment de solidarité qu'éprouve le "majordome" indigène pour cette famille qu'il sert.
Rithy Panh filme avec simplicité cette nature à la fois nourricière et sauvage. Il montre à merveille l'acharnement puis l'épuisement de cette femme, prête à tout pour sauver son projet et assurer un avenir à ses enfants qu'elle voit s'éloigner d'elle peu à peu. Le jeu d'Isabelle Huppert sert admirablement ce personnage, toute en mesure malgré sa complexité.
Et l'on comprend par la scène finale "2007 : les rizières de la femme blanche" que le réalisateur rend malgré tout hommage à l'intuition et au courage de cette femme.

Maguy Chailley