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Cinéma

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A Casa nostra"

Italie – 2006 (1h31)

Réalisation :
Mise en scène : Francesca Comencini – Scénario : Francesca Comencini, Franco Bernini - Images : Luca Bigazzi - Montage : Massimo Fiocchi - Musique : Banda Osiris – Production : Bianca Films, Rai Cinema – Distribution : MK2
Interprétation : Valéria Golino (Rita) - Luca Zingaretti (Ugo) – Luca Argentero (Gerry) – Giuseppe Battiston (Otello) – Cristina Suciu (Bianca) - Fabio Ghidoni – Teco Celio – Bebo Storti
Auteur :
Francesca est la deuxième fille de Luigi Comencini, le grand réalisateur mort très récemment. Premier film en 1984 : "Piano forte"- "Annabelle partagée" (Quinzaine Réalisateurs Cannes 1991) - "Le parole de mio padre" (2001) . Mais elle se distingue en 2002 avec son documentaire "Giulani, ragazzo", où la réalisatrice s’entretient avec la mère du jeune homme tué à Gênes par la police en juillet 2001. Documentaire de dénonciation.
Résumé :

Dans le Milan d’aujourd’hui, des personnages aux trajectoires différentes se croisent et s’effleurent autour d’une même obsession : l’argent. Un homme d’affaires, intelligent et cynique, qui recycle de l’argent venant d’activités illicites ; un capitaine de police, femme forte et têtue qui enquête sur lui ; un mannequin cocaïnomane, un couple de retraités, une prostituée ukrainienne...

Analyse :

Dès le générique, un grand panoramique montrant une ville grise, sale, polluée : Milan ! Ville symbole du business et de la frime, des affaires plus ou moins claires, du cynisme. On peut avoir un faible pour les films qui disent clairement les choses, avec vigueur et force poétique. Guère d’exemples dans le cinéma français actuel…Ce film a un côté militant qui plaît, malgré quelques imperfections de scénario, et des scènes un peu convenues.
Nous sommes en 2006, alors que l’Italie sort peu à peu de 5 ans de domination berlusconienne, et nous sommes devant un film dont la construction « chorale » est tout à fait de notre époque ! Et là nous avons affaire à un film carrément politique, qui met en cause (après « Le Caïman » de Moretti) non seulement le système berlusconien (climat affairiste, collusion magistrats et financiers aux menées louches) mais ses conséquences chez les gens, de la toute puissance de l’argent. La brillante, mais un peu désabusée capitaine de police, Rita, essaye en vain de coincer un homme d’affaires en le mettant sur écoute (mais elle se doute qu’il est prévenu par un magistrat dont elle reconnaît la voix sur les bandes). En fait, au centre de toute cette galerie de portraits de gens victimes de la course à l’argent, il y a une affaire sordide de trafic de bébé, dont seront victimes la prostituée, et un jeune « prolétaire »manipulé.
Ce qui frappe et séduit dans le style, c’est la façon de filmer les personnages en gros plans, et donc de cerner dans les visages le déroulement implacable d’un destin accablant. La première séquence du film est extraordinaire : c’est un déjeuner d’affaires, où des commentaires rigolards sur le Milan AC se mêlent à l’exposé d’un délit d’initié (achat et vente illicites d’actions en Bourse) qui va faire gagner beaucoup d’argent sans faire grand chose. On verra plus tard, une jeune et belle top model, qui est entretenue par Ugo, le businessman véreux, allant clairement à sa perte, une fois qu’elle est plaquée par son protecteur.
Mais il y a aussi le portrait de Rita, qui dans sa vie amoureuse se heurte au non engagement de son amant, il refuse de lui faire un enfant. L’envers du décor : les policières ont leurs problèmes, comme les autres. Mais le sommet du film, c’est la déclaration de combat de Rita, face à Ugo : "je vous traquerai jusqu’à l’épuisement". Belle déclaration de foi, qui fait du bien, dans un monde contaminé par l’argent, car l’injustice n’est pas inéluctable, semble nous dire la réalisatrice !
(Alain Le Goanvic)