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Cinéma

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Au diable, Staline, vive les mariés

Roumanie, 2008 , 1h27

Réalisation : Horatiu Malaele - Scénario : Adrian Lustig, Horatiu Malaele - Musique : Alexandru Andries - Photographie : Vivi Dragan Vasile 
Interprétation : Alexandre Potocean, Luminita Gherghiu, Vasile Albinet , Valentin Teodosiu 
Auteur :

Horatiu Malaele est né en 1952 en Roumanie. Il est l'un des comédiens et metteurs en scène de théâtre les plus populaires dans ce pays. Il a travaillé pendant plus de 10 ans au sein du prestigieux théâtre Bulandra à Bucarest, où il monte et interprète les grands auteurs de Tchekhov à Goldoni, de Ionesco à Molière. Il a également été l'interprète de plusieurs récitals de poésie. Il a tourné dans plus de 50 films roumains, apparaissant ainsi dans "Amen" de Costa-Gavras en 2002. Il est par ailleurs caricaturiste. "Au diable Staline, vive les mariés" est son premier long métrage de fiction.

Résumé :

Roumanie de nos jours. Une équipe de tournage télé arrive dans un village isolé pour un reportage sur des phénomènes paranormaux. Dans ce village il n'y a plus que des vieilles femmes en deuil. Quelle est donc leur histoire ?
En 1953, dans un petit village roumain, Mara et Iancu sont sur le point de se marier. Tout le village s'attèle aux préparatifs de la noce. Alors que la fête commence, on vient annoncer la mort du camarade Staline ainsi qu'un décret prenant effet sur le champ : une semaine de deuil national. Toutes les festivités sont interdites. Mais malgré l'interdiction, les mariés et leurs invités veulent poursuivre la fête.

Analyse :

Ce film relève de genres différents : farce, comédie, fable, drame mais aussi conte poétique. Ce qui lui confère un côté hétéroclite, mais aussi une réelle richesse et originalité. Des scènes nous renvoient fugitivement à d'autres oeuvres (Kusturica, Fellini, les burlesques américains, ...). On est parfois au bord de l'onirisme (Smandara errant dans les bois et réapparaissant après sa mort, Smandara déambulant dans le village détruit, l'homme oiseau volant au dessus du village alors que les soldats russes l'ont abattu....). La poésie est souvent présente. Le "surnaturel" pénètre cette société et cela nous sera signifié discrètement à plusieurs reprises.
Et si les personnages manquent d'épaisseur psychologique c'est parce qu'on est plutôt dans le registre de la pantomime ou de "commedia dell'arte" (les étreintes du jeune couple, les deux vieux devant de maison, les scènes au café, le début de la séance de cinéma, le repas de noces....). On a donc ainsi une galerie de portraits très typés : le père de famille porté sur la bouteille et toujours prêt à en découdre, la prostituée accueillante et vulgaire, Mara et Iancu les jeunes gens amoureux, le pope amateur de vin, le nain, le maire exigeant et obtus, les femmes vaquant à leurs taches domestiques, le cirque ambulant et ses artistes, l'orchestre tzigane.... Mais cette comédie est grave. A travers ces comportements paysans rustres se joue leur résistance à l'oppression, celle de l'occupant soviétique et aussi celle d'un petits potentat local avide de pouvoir mais sans soutien de la population.
Le réalisateur sait jouer d'une bande son très variée musicalement mais sait aussi rendre le silence très éloquent et expressif. A cet égard le repas de noces est un véritable morceau de bravoure ! Et la palette des couleurs utilisées nous fait rentrer dans cette histoire du passé comme dans un paradis perdu, au cours d'un été flamboyant de couleurs, alors que le présent, en début et en fin de film, nous apparaît triste, gris morne et froid.

Maguy Chailley