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Cinéma

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Beaufort

Israël - 2007 - 2h05

Réalisation :
Réalisation : Joseph Cedar - Scénario : Ron Leshem et Joseph Cedar - Dir. Photo : Ofer Inov - Montage : Zohar M.Sela - Musique : Ishai Adar - Production : United King, Movie Plus - Distribution : Metropolitan Filmexport
Interprétation : Oshri Cohen (Liraz), Itay Tiran (Koris), Eli Eltonyo (Oshri), Ohad Knoller (Ziv), Itay Turgeman (Zitlawi), Arthur Farajdev (Schpitzer), Ami Weinberg (le père de Ziv)
Auteur :

Joseph Cedar né en 1968, a été récompensé en recevant au 57e Festival de Berlin l’Ours d’argent pour la mise en scène de « Beaufort », son troisième long-métrage. Avec, entre autres, Kolirin (La visite de la fanfare), Nadjani (Tehilim), Edgar Keret (Les méduses), il témoigne de la vitalité du jeune cinéma israélien.

Résumé :

En 2000, après 18 années d’occupation du Sud Liban, Israël s’apprête à retirer ses troupes. La forteresse de Beaufort, édifiée au XII è siècle par les Croisés, fut le symbole de l’incursion israélienne au Liban en 1982. En 2000, la forteresse est devenue l’arrière-garde d’une armée qui détruit les points stratégiques qu’elle occupait. Le film décrit le quotidien des soldats, fait de peur et de doute. Ils attendent l’ordre final d’évacuer ce site voué à la destruction.

Analyse :

Il se passe quelque chose de nouveau en Israël, qui aide ce pays à sortir de l’enlisement moral et psychologique, et qui peut surtout contribuer à changer notre regard sur lui. Cette nouveauté, c’est le cinéma de toute une génération de jeunes réalisateurs, qui osent émettre un discours différent de la propagande officielle, laquelle se justifie dans l’interminable conflit avec les Palestiniens. Amos Gitaî a montré la voie avec Kippour (2000), bel exemple d’un film évoquant un sujet tabou en Israël, la guerre avec ses voisins arabes. Beaufort est de cette veine. Il y a aussi d’autres films qui sont une introspection du peuple israélien, comme Bubble, Tehilim, Mon trésor (voir les articles sur ce site).
De jeunes soldats sont terrés dans un lieu jadis prestigieux, où beaucoup de soldats sont morts. Pour quel résultat ? Où est la valeureuse Tshahal, instrument de conquête et de défense du peuple élu de Dieu ? Un ennemi - le Hezbollah - dissimulé dans les collines et les villages environnants envoie obus et missiles sur un contingent, qui n’a pas le droit de répliquer par des actions de commandos. Couloirs, lieux de refuge bétonnés, long boyau transformé en dortoirs. Musique grave, sourde, métallique.
Le contact avec le QG (où est-il celui-là ?) est aléatoire, mais la voix qui s’exprime est neutre, sans relief. Plusieurs effets de lumière entre l’intérieur et l’extérieur accentuent cet effet poignant de l’enfermement et de l’attente. Les hommes sont cadrés de près, il n’y a aucune ostentation dans leur désarroi intérieur. Pas de discours politique non plus, pas de diatribe contre cette guerre inutile. Seuls les camarades tués pendant leur veille aux postes de combat sont les preuves de l’absurdité des choses. Le spectateur est là, verrouillé comme ces hommes au regard perplexe, perdu et qui grimacent un sourire quand enfin ils sont autorisés à partir. Dernière séquence : rassemblement au-delà de la ligne frontière, les soldats fraternisent. Nos « héros » regardent le pays retrouvé : fin du film, en points de suspension. (En 2006, Israël retourne au Liban).

Alain Le Goanvic