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Cinéma

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Boy A

Grande Bretagne, 2008, 1h40

Réalisation : John Crowley - Scénario : Mark O'Rowe, d'après le roman «Jeux d'enfants» de Jonathan Trigell - Image : Rob Hardy - Musique : Paddy Cunneen - Production : Nick Marston, Tally Garner - Distribution : Pyramide
Interprétation : Andrew Garfield (Jack Burridge), Peter Mullan (Terry), Katie Lyons (Michelle), Shaun Evans (Chris),Jeremy Swift (Dave), Alfie Owen (Eric Wilson), Taylor Doherty (Philip Craig).
Auteur :

Metteur en scène de théâtre renommé, John Crowley se lance avec succès dans la réalisation de films. Intermission (2003) lui valut le prix du Premier Film (British Film Award) ; Boy A obtient le Prix du Jury oecuménique à Berlin en 2008, le Grand Prix du Jury et le Prix du Public au Festival de Dinard.

Résumé :

à 24 ans, Jack sort de prison où il a passé toute son adolescence pour le meurtre d'une petite fille, commis avec son camarade Philip. Pris en charge par un éducateur, il va se construire une nouvelle vie à laquelle il tente de se tenir. L'anonymat (il a changé de nom) devient une douloureuse contrainte, puisqu'il ne peut révéler la vraie nature de son passé à ses collègues et à sa petite amie.

Analyse :

Refaire sa vie, au commencement de la «vie d'homme», se créer des valeurs, travailler et vivre en bonne intelligence avec les autres, réussir sa relation amoureuse avec Michelle, Jack va lutter de toutes ses forces pour conjurer un passé très lourd. Peter Crowley utilise le procédé très couru de flash-back permettant de découvrir ce qui est enfoui, les blessures indélébiles d'une enfance douloureuse, les humiliations et le crime. Terry, l'éducateur, incarné par le remarquable Peter Mullan (My name is Joe de Ken Loach), est immensément important pour conduire ses pas, le conseiller. Mais ce qui se passe dans sa conscience, Jack est seul à devoir l'assumer. La scène inaugurale est splendide : au parloir, Terry, parle d'une voix posée, claire et constructive ; il lui offre une paire de converses. Jack montre son beau sourire, alors que les deux hommes filmés de profil, puis en champ-contre champ, sont nimbés d'une lumière quasi surnaturelle. Tu as droit à une seconde chance, ton passé est mort, seuls comptent le présent et l'avenir. Ainsi parle Terry, magnifique père de substitution. Mais, au fur et à mesure que nous découvrons le passé de Jack et ce qui a conduit au meurtre, nous sommes confrontés à la question : est-il coupable ou non coupable ? mérite-t-il compassion ou rejet ?
Au fur et à mesure que se rapproche la fin du film, nous sentons le destin se resserrer autour de Jack. La haine, le mépris, la condamnation générale, attisés par les tabloïds, provoquent sa fuite éperdue. La musique, discrète et non descriptive, accompagne l'être traqué, qui a perdu le contact avec Terry et Michelle, ses deux seuls amis. C'est un voyage au bout de la nuit, l'odyssée de l'âme qui a perdu son sauveur et qui cherche la lumière.
Au bord de la mer, le grand horizon ouvert devant lui, que va-t il faire ? Le Jury oecuménique a justement récompensé ce film, y voyant la note d'espoir en l'humain, qui ne peut être détruit par l'ignorance et la haine.

Alain Le Goanvic