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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Buongiorno, notte

Italie, février 2003, 1h45mn

Réalisation :

Réalisation et scénario : Marco Bellocchio ; Image : Pasquale Mari ; Montage : Franscesca Calvelli ; Son : Béatrice Kruger ; Compositeur : Riccardo Giagni ; Production : Filmalbatros - Rai-cinéma ; Distribution : Océan Films

Interprétation :

Maya Sansa (Chiara), Luigi Lo Cascio (Mariano), Pier Giorgio Bellocchio (Ernesto), Giovanni Calcagno (Enzo), Roberto Herlitzka (Aldo Moro)

Auteur :
Marco Bellocchio, est né le 9 novembre 1939 en Italie. Il passe successivement par l'université, l'académie d'Art dramatique de Milan, le centre expérimental de cinéma de Rome et la « Slade School » des Beaux-Arts de Londres. Il réalise son premier long métrage en 1965 « Les poings dans les poches ». Viennent ensuite des films comme « Le Saut dans le Vide » (1980), « Diable au corps » (1986). Il adopte un cinéma subversif, dérangeant qui titille là où ça fait mal. En 2001, il signe « Le Sourire de ma Mère ».
Résumé :

Librement inspiré du roman d'Anna L. Braghetti, Marco Bellocchio retrace l'enlèvement le 16 mars 1978 par les « Brigades rouges », la détention de 55 jours et la mort le 9 mai 1978, d'Aldo Moro, leader du parti démocrate-chrétien de 1976 à 1978, un des principaux artisans du compromis historique entre la démocratie chrétienne et le parti communiste italien.
Chiara, jeune femme impliquée dans cette arrestation mène par ailleurs une vie au grand jour : boulot, bibliothèque, amis. Malgré sa foi absolue en la révolution, elle va entrer en conflit avec les autres membres du groupe et va très vite se sentir mal à l'aise face à la situation dans laquelle elle se trouve. Les certitudes de Chiara se retrouvent agitées par un passé et un présent dans lequel se profile tel un fantôme le visage d'Aldo Moro.

Analyse :

Marco Bellocchio a su trouver le ton juste et ne pas tomber dans un film qui se voudrait documentaire ou apologique. Il fixe sa caméra de l' intérieur, au contact direct de la « cellule agissante » dans un huit clos (un deux pièce cuisine) moite et angoissant, avec d'une part la froideur du regard des personnages et d'autre part le silence non pas musical, mais un silence sentimental où chaque personnage se dévoile très peu.
Ce film témoigne à sa façon et sans jugement à la légère du bouillonnement mais en même temps de la confusion intellectuelle qui régnait à cette période au sein de la société italienne et plus généralement européenne. La musique, si elle peut paraître parfois pesante et récurrente pour le spectateur, nous fait entendre la chanson des Pink Floyd « The great gip in the sky », qui inondait les ondes à cette époque, extrait de l'album «Dark side in the moon » qui selon Bellocchio symbolise la révolte et le désespoir de ces quatre terroristes.
Car ce sont bien ces deux notions qui dominent tout le film : la révolte,le désespoir ainsi que le doute, incarné par le personnage de Chiara. Ce personnage nous prouve à quel point l'être humain est fragile et ne fonctionne pas qu'à l'instinct, mais sait faire preuve parfois de compassion et de réflexion. Elle incarne la peur et le doute sur cette mort imminente d'Aldo Moro qui la hante notamment à travers les lettres qu'il écrit à sa famille, au Saint-Père et qui passe entre les mains de Chiara.
Elément également central dans le film : la présence de la télévision qui opère parfaitement son rôle dans la préparation mentale de ces quatre révolutionnaires et l'alimente tout au long du film. Toutes ces images ressurgissent dans l'esprit de Chiara comme point de départ du malaise dans lequel elle se trouve.
Ce film est un remarquable matériau pédagogique pour la perception et la compréhension de cette période. Il fait également preuve de beaucoup de recul idéologique. S'il peut apparaître nostalgique pour toute une génération ayant vécu cette période, il est très utile pour une génération plus jeune qui voit le jour quelques mois après ces évènements. Bellocchio donne un point de vue qui colle directement au vécu, à l'intériorité des personnages. Il préfère raconter l'Histoire par les sentiments et le corporel plutôt que par l'événementiel.
Un film à voir absolument.

Hervé Malfuson. Profil, Marseille