Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

CACHÉ 

France 2005 ; 1H55
Prix du jury oecuménique à Cannes 2005

Réalisation :
Scénario et réalisation : Michael Haneke. Image : Christian Berger. Montage : Michael Haneke, Nadine Muse. Prod. : Les Films du Losange. Distr. : Les Films du Losange.
Interprétation : Daniel Auteuil (Georges), Juliette Binoche (Anne), Maurice Benichou (Majid), Annie Girardot (la mère de Georges).
Auteur :
Moraliste pessimiste et glaçant, Michael Haneke est le peintre d¹une société en déroute. Si Le septième continent (1989) décrit une famille qui se laisse mourir dans un appartement tout confort, Benny's Video (1992) met en scène un enfant à la conscience déréalisée par la video. Funny games (1997) fait un pas supplémentaire dans une violence qui, dans La Pianiste (2001) s'attaque au domaine de l'intime. Apocalyptique, Le Temps du loup (2003) plonge dans un monde d'après la catastrophe. Moins extrême et d'une certaine façon proche de l'univers de Caché, Code inconnu (2000) décrypte également une société en état de crise.
Résumé :

Personnage public, Georges reçoit des cassettes vidéo montrant sa maison ou celle de ses parents mais personne ne se manifeste pour donner d'explication. Un certain malaise s'installe au sein de la famille d'autant que de nouvelles cassettes arrivent enveloppées dans des dessins d'enfant. 

Analyse :
Dès le premier plan du film le malaise s'installe et Haneke joue avec nos nerfs avec un plan fixe de plusieurs minutes. C'est fait, nous sommes de tout coeur avec Georges, personnage principal interprété par Daniel Auteuil tout en détresse intérieure, dans l'inquiétude et dans l'ignorance. Qui cherche avec insistance dans son passé intime en lui envoyant des cassettes vidéo, de lieux familiers, enveloppées dans des dessins morbides ? Homme de livres et de télévision, homme en permanence dans les mots, il n'en a plus face à la détresse dans laquelle sa famille se retrouve et l'incommunicabilité  s'installe entre sa femme et lui,  entre le couple et son fils et entre Georges et une vieille connaissance retrouvée.
Des lignes horizontales  très marquées par toutes sortes d'éléments lui offrent « un fil rouge » qui ne conduit nul part, des portes pleines qu'il ne cesse de fermer s'opposent à des écrans vitrés transparents et lumineux et un couloir étroit et dénudé se resserre sur lui pour finir par le confiner dans sa chambre assombrie et coupée du monde. Autant de métaphores qui obligent Georges (et nous avec) non seulement à retourner dans son passé pour percer un abcès non soigné mais encore à assumer la responsabilité d'une maladresse sans la culpabilité. Face à face avec lui-même et poursuivi par « l'oeil » (la caméra n'est-elle pas placée rue des Iris ?) qui ronge son âme, Georges se débat avec sa responsabilité personnelle replacée dans un contexte de responsabilité collective.
Et nous, qu'aurions-nous fait à sa place ? Ou encore qu'as-tu fait de ton frère ? C'est cette forte interpellation qui a poussé le jury oecuménique à donner son prix à ce film en mai 2005 car il place très haut la conscience, pousse l'interpellé dans ses retranchements les plus secrets et interroge profondément les Hommes d'aujourd'hui sur leurs actes et leur attitude envers leur entourage. Au final une seule question demeure : sommes-nous des êtres responsables ?
Corine Eugène dit Rochesson
Membre du Jury oecuménique à Cannes 2005.