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Cinéma

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Cache-cache

Réalisation : Yves Caumon; Scénario : Yves Caumon. Emmanuelle Jacob ; Image : Josée Deshaies. Son :François Méreux .Montage : Sylvie Fauthoux ; Musique : P. Le Pennec, T. Machuel. Décors : J. Bufnoir, J.Georges ; Production: Sunday Morning Productions.Distribution: Les Films du Losange.
Interprétation : Bernard Blancan (Raymond), Lucia Sanchez (Caroline), Antoine Chappey (Frédéric), Eloïse Guérin (Aurore), Gaël Le Férec (Arthur), S.Bentaïeb, D.Rafalsky, J.Boudet.
Auteur :

Né en 1964 à Bussac-Forêt, Yves Caumon étudie la philosophie et l’ethnologie à Bordeaux. Il apprend seul le cinéma avec une caméra super8 avant d’entrer à la Femis. Il devient un temps l’assistant d’Agnès Varda, et réalise à partir de 1988 plusieurs courts métrages dont La Beauté du monde (1998) et Les Filles de mon pays (1999), en portant un regard émerveillé, facétieux et mélancolique sur le monde rural. Son premier long métrage, Amour d’enfance, obtient le prix "Un certain regard" à Cannes en 2001, montrant comment un jeune homme parti étudier à la ville devient un étranger au retour dans son village. Ce second film a été présenté à la "Quinzaine des Réalisateurs" (Cannes 2005).

Résumé :

Descendant de paysans expropriés pour dettes, Raymond n’accepte pas son sort : il décide de se réfugier dans son enfance et au fond du puits du jardin de l’ancienne ferme familiale et d’engager une partie de cache-cache avec les nouveaux propriétaires qu’il considère comme des intrus. Le jour il épie la vie de Caroline, de Frédéric et de leurs deux enfants ; la nuit, tel un fantôme ou plutôt un lutin malicieux, il reprend possession, sans hostilité mais avec une audace croissante, de la maison de ses pères pour y laisser sa trace et brouiller les repères de cette famille tranquille et naïve. Pris dans ce jeu, les enfants passent aisément de l’imaginaire à la réalité ; les adultes, tout d’abord amusés, se sentent bientôt devenir à leur tour des intrus.

Analyse :

D’une façon ludique, drôle et poétique ce « film enfantin, tout simple », « imagé avec des bricoles », qui veut, selon l’auteur, « rendre à leur exotisme des choses familières », aborde par le moyen d’un invraisemblable conte un sujet très sérieux ,« l’éloignement dans la proximité » : comment des paysans déracinés peuvent-ils vivre au contact des citadins qui les envahissent ? Exclus de la vie moderne et humilié par sa nouvelle condition sociale Raymond vient, tel un démon domestique, et sous le masque d’un « infans »- celui qui ne parle pas-, tourmenter les nantis, les déstabiliser et les inquiéter par l’alacrité d’un comportement du reste plus sociable que clastique. Bernard Blancan, les yeux écarquillés dans le rôle muet et impassible - ô Buster ! -, de Raymond évoque irrésistiblement le talent d’un Pierre Etaix ou d’un Jacques Tati : il nous donne la pantomime dans la grande tradition du cinéma muet et de certains de ses effets comiques de répétition. Improbable vagabond innocent et farceur aux yeux hagards, il crée un univers de réalisme poétique à la lisière du rêve (souligné par des images aux couleurs éteintes , des chuchotements et des bruits étouffés) dans lequel il se meut avec gourmandise ; cependant que la famille évolue pour sa part au milieu de teintes vives et d’agressions sonores (portable, réveil, aboiements, cris d’enfants). Naturellement accueillants à un insolite qui rend leurs parents perplexes, les deux jeunes enfants se font les complices diurnes involontaires de ces facéties nocturnes. Si le mystère du film repose sur Bernard Blancan, le scénario, bourré d’inventions, de gags, de drôlerie, captive constamment le spectateur par ses innombrables détours poétiques. Le silhouettage de tous les personnages -avec une mention pour la postière et l’éternel client du dentiste- et la grâce de la réalisation s’inscrivent dans la veine comique la plus fine du cinéma poétique à la René Clair.

Jean-Michel Zucker