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Cinéma

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Capitaine Achab

(France-Suède 2008, 1h45)

Réalisation :
Scénario, Réalisation, Chef Décorateur et Montage : Philippe RAMOS ; Image : Laurent DESMET ; Son : Philippe GRIVEL, compositeur Pierre-Stéphane MEUGÉ ; Production déléguée : Sésame Films ; Coproduction : Rhône-Alpes Cinéma, Arte France Cinéma
Interprétation : Denis LAVANT, Achab adulte ; Virgil LECLAIR, Achab enfant ; Jean-François STEVENIN, le père d’Achab ; Hande KODJA, Louise ; Mona HEFTRE, Rose ; Carlo BRANDT, Mulligan ; Dominique BLANC, Anna ; Jacques BONNAFE, Starbuck.
Auteur :

Philippe RAMOS, drômois autodidacte devenu parisien, a réalisé à partir de 1995 des courts et moyens métrages appréciés dans divers festivals. Capitaine Achab, qui fait suite à un premier court du même titre (2003), est son second long métrage après Adieu Pays (2002). Il a remporté à Locarno 2007 le Prix de la mise en scène et celui de la FIPRESCI.

Résumé :

La mère du jeune Achab meurt à sa naissance. Il est élevé par sa tante, par son père qui meurt à son tour, par sa tante encore ; fuyant une brutale sévérité, il dérive jusqu’à l’île de Nantucket, berceau des baleiniers américains, où le pasteur Mulligan l’accueille avec bonté auprès de lui. Mais Achab rejette cette vie et devient capitaine baleinier. Après sa mutilation par Moby Dick, il est ramassé par Anna qui le soigne et devient sa compagne, jusqu’au départ d’Achab pour une dernière aventure, où sa fureur de vengeance l’emporte dans la mort.

Analyse :

Ce film puissamment original est organisé en cinq chapitres, chacun narré en voix off par le témoin principal d’une époque de la vie d’Achab. C’est une œuvre nouvelle, qui ne rejoint le roman de Melville que dans le dernier chapitre – la chasse à Moby Dick – traité lui aussi avec liberté. La réalisation très soignée (où RAMOS n’a pris aucun risque, tout juste s’il ne tient pas la caméra !) nous vaut de superbes paysages de forêts et de mer, dans un souci de l’image qui renvoie souvent à la peinture. On pourra trouver encombrant le style souvent théâtral des acteurs, qui tient au parti pris d’un film de conteur, mais le résultat nous offre des portraits de personnages secondaires plein d’intérêt eux aussi.
En inventant une vie derrière le personnage de Melville, RAMOS nous fait le portrait d’un enfant révolté contre les pouvoirs qui s’exercent sur lui, qu’ils soient bienveillants, bourrus, maladroits, ou brutaux. Seul sourire dans son histoire, celui de Louise la libre, qui s’associe à sa liberté d’enfant des bois. Cette impuissance de l’enfant face à l’adulte le marquera pour la vie, et l’homme fort se retrouvant à nouveau broyé par la mâchoire du cachalot ne pourra plus vivre sans essayer enfin de dompter le Léviathan. De façon étonnante et dans une image étonnante aussi, son rêve d’Achab-Gulliver face à Moby Dick-Lilliput se joue sur un registre tout de douceur, comme King Kong recueillant dans son énorme main la frêle Ann Darrow.

Jacques Vercueil