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Cinéma

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Carnets de voyage - (Diarios de motocicleta)
Prix du Jury Oecuménique à Cannes en mai 2004

Réalisation : Walter SALLES; José Rivera (d'après "Diaro de motocicleta" de Ernesto Che GuevaraJosé Rivera (d'après "Diaro de motocicleta" de Ernesto Che Guevara)
Interprétation : Gaël Garcia Bernal, (Ernesto Guevara), acteur mexicain déjà sur scène à l’âge de 9 ans qui se fait connaître du monde entier avec les films Amours Chiennes (2000) et Y tu mama tambien (2001) et La Mauvaise Education (2004) de Pedro Almodovar. Rodrigo de la Serna, malgré un lointain cousinage avec Ernesto Guevarra de la Serna, a été choisi parmi plus de 100 acteurs pour le rôle d’Alberto Guardo.
Auteur :

Walter SALLES, brésilien de 48 ans, a débuté dans le documentaire dans les années 80 avant de réaliser son premier long métrage de fiction A grande Arte en 1991. C’est Central do Brazil qui le fait connaître internationalement en 1998 grâce à l’Ours d’or remporté à Berlin. Il y dénonce déjà la misère à travers deux personnages, un enfant et une dame âgée. En 2001 nouveau succès avec Avril Brisé qui traite de la vengeance entre propriétaires terriens à la manière d’une tragédie grecque. C’est Robert Redford qui lui propose en 2002 d’adapter le récit de Che Guevara Diarios de Motocicleta, travail qui lui prendra 2 années.

Résumé :

En 1952, deux amis argentins, étudiants en médecine décident de partir à la découverte de leur continent au moyen d’une vieille moto puis à pied. Rencontres, confrontations aux différentes sortes d’autorité et sincères échanges jalonnent ce périple de 6 mois.

Analyse :

Ceux qui attendent un hagiographie du Che seront déçus, car l’intérêt du film réside dans ce qu’il n’est pas : ni un discours politique, ni une dénonciation de la corruption du pouvoir et des inégalités de classes. Ce n’est pas non plus un simple « road-moovie » agrémenté de belles images de paysages cartes postales. C’est l’évocation d’Ernesto Guevara avant qu’il ne devienne le Che mais c’est aussi le portrait-vérité d’un continent mis à nu. Walter Sallès nous révèle avec intelligence des faces de l’Argentine, du Chili, des Andes, du Pérou et de l’Amazonie. Les aléas matériels des deux compères nous sont montrés avec humour, mais nous les voyons surtout prendre conscience de l’Humanité dans sa diversité. Certains ont peu et les deux amis doivent partager ce peu avec eux, d’autres ont plus et savent offrir. Chaque fois c’est l’âme à nu des rencontres qui traverse l’écran : la dureté des conditions de vie d’une exploitation de mines de cuivre, le machisme exacerbé de certains hommes, la réalité de la souffrance de malades de la lèpre. Certes Ernesto est rebelle à toute autorité surtout quand elle outrepasse ses droits. Certains spectateurs reconnaissent en ce jeune homme de 23 ans une figure christique par les rencontres qui questionnent, par les prises de conscience, par les colères et surtout par le toucher aux lépreux mais aussi parce que l’histoire s’achève sur un nouveau départ dans la vie, une résurrection au vrai sens du terme. C’est notre regard de chrétien qui exerce cette lecture mais on a aussi le droit de découvrir l’Humanité de façon laïque ! Ernesto n’est pas mystique, il est simplement humain et s’il devient un Guevara mythique c’est parce qu’il agira de façon politique radicale. Pour l’heure, ce qu’on découvre de lui dans ce film, et à ce moment précis, peut être vécu par un autre. C'est ce qui rend cette histoire et cette œuvre universelles même si nous, nous y retrouvons les valeurs de l’Evangile.

Corine Eugène dit Rochesson