Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

affiche

COEURS

France - 2006 - 2h05

Réalisation :
Réalisation : Alain Resnais ; Adaptation : Jean-Michel Ribes ; Image : Eric Gautier ; Décors : Jacques Saulnier, Jean Michel Ducouty, Solange Zeitoun ; Son : Jean-Marie Blondel, Thomas Desjonqueres, Gérard Camps ; Montage : Hervé de Luze ; Musique : Mark Snow
Interprétation : Sabine Azéma - Laura Morante - Isabelle Carré - Pierre Arditi - André Dussolier - Lambert Wilson - Voix de Claude Rich.
Auteur :

Alain Resnais, 84 ans, avait remporté il y a 45 ans le Lion d'Or à Venise pour son film "L'année dernière à Marienbad", survivant de la fronde cannoise de 1968. Depuis, il a accumulé les oeuvres "culte" : "Hiroshima mon amour", "Mon oncle d'Amérique", "L'amour à mort"... Au soir de sa vie il a changé de registre, passant avec le même bonheur de la gravité de ses débuts à des adaptations théâtrales légères, entre autres, hier : "Smoking - No smoking" et aujourd'hui : "Cœurs".

Résumé :

Dans le quartier contemporain de Bercy plongé dans la neige aussi tenace que légère, vivent des êtres solitaires, jeunes ou entre deux âges. Une fois planté le décor et présentés les personnages, ces marionnettes peuvent commencer à gesticuler au hasard de leurs rencontres.

Analyse :
Pourquoi Resnais changerait-il une équipe qui gagne et ce, depuis des lustres. Voici Thierry (A. Dussolier), agent immobilier partageant avec Charlotte (S. Azéma), la gestion au quotidien d'une officine au contact de clients pas toujours faciles. Voici Nicole (Laura Morante), à la recherche d'un "appart" pour elle et son compagnon, Dan (Lambert Wilson), présentement au chômage ce dont il s'accommode fort bien. Voici Lionel (P. Arditi), barman aussi discret que distingué, et pour lequel Dan, devenu pilier de bar par l'effet de l'inaction, n'a pas de secrets. Thierry vit avec sa sœur Gaëlle (I. Carré) qui est à la recherche obstinée de l'âme sœur. Par grandeur d'âme (peut-être?) Charlotte consentira à faire occasionnellement office de dame de compagnie auprès du père de Lionel, en l'occurrence Claude Rich, vieillard grabataire et lubrique dont on n'entend que la voix (mais quelle voix !), charriant les pires insanités de la terre, ce que seule une démence précoce excuserait (mais ce n'est pas le cas !). Les circonstances feront échouer l'idylle naissante entre Dan (que Nicole, lassée, a largué) et Gaëlle... Bref, au final, tout ce petit monde aura fait un petit tour puis s'en sera allé. Resnais navigue sur la crête étroite entre l'émotion et le rire. Exclusivement tourné en décors intérieurs, le film ne lasse jamais, par la grâce des combinaisons ombre-lumière et les prouesse des prises de vue. Par la grâce aussi de la neige, omniprésente dans les transitions, et même dans la cuisine où Lionel se livre, avec Charlotte, au jeu d'une certaine vérité : une neige dont déjà, dans "L'amour à mort", Resnais avait su faire un partenaire précieux autant qu'insolite. (Jacques Agulhon)