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Cinéma

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Dans la vie

France 2008 1h13

Réalisation :
Réalisation : Philippe Faucon Scénario : Philippe Faucon, Amel Amani et William Karel - Photographie : Laurent Fénard - Son : Jean-Luc Audy, Suzanne Durand, Laurent Lafran - Montage : Sophie Mandonnet - Producteurs : Yasmina Nini-Faucon, Philippe Faucon
Interprétation : Sabrina Ben Abdallah (Salima), Ariane Jacquot (Esther), Zohra Mouffok (Halima), Hocine Nini (le mari d'Halima), Philippe Faucon (le fils d'Esther)
Auteur :

Philippe Faucon est né au Maroc en 1958. Après une maîtrise de Lettres à l'Université d'Aix en Provence, il débute au cinéma comme régisseur. Il passera à la réalisation avec des films documentaires puis des courts métrages, avant de réaliser ses premiers longs métrages : "L'Amour" en 1989, puis "Sabine" en 1992. Il se tourne alors vers la télévision . Il revient au cinéma avec "Samia" (1999), puis "La trahison" (2005).

Résumé :

Esther est paraplégique et clouée sur son fauteuil. Elle est aidée dans sa vie quotidienne par des dames de compagnie qu'elle ne supporte pas et qui se succèdent... jusqu'à ce que Salima, sa jeune infirmière, lui propose sa propre mère : Halima. Entre les deux femmes vont se nouer peu à peu une connivence et une amitié, d'abord imprévisible entre une juive et une musulmane.

Analyse :

L'argument de ce récit pourrait faire craindre abondance de bonnes intentions et de stéréotypes. Et c'est bien tout le mérite de Philippe Faucon de faire passer ce message de fraternisation possible entre des "soeurs ennemis", dans des scènes de la vie quotidienne toutes en discrétion et en implicites. Pas de discours appuyés donc mais des situations qui nous montrent peu à peu comment Esther et Halima vont se découvrir l'une l'autre, à travers leur caractère propre mais aussi leurs particularités culturelles et religieuses. Esther y est peut-être aidée par un fils, médecin, qui ne semble guère envahi par les préjugés. Mais Halima a besoin de passer outre aux réticences d'une partie de sa famille et de son voisinage.
Ce qui contribue à rapprocher les deux femmes c'est leurs souvenirs de l'Afrique du Nord qu'elles ont toutes deux quittée, pour des raisons et dans des circonstances bien différentes. Curieusement cette fiction aborde au présent la thématique que le récent film documentaire de Jean-Pierre Lledo "Algérie, histoires à ne pas dire" abordait au passé : la cohabitation de communautés différentes par la religion, la culture, le passé, l'appartenance sociale. Mais alors que cette cohabitation a échoué en Algérie, il y a 50 ans, le film de Ph. Faucon nous fait espérer qu'elle réussisse en France aujourd'hui, et ce, malgré des événements du monde (le conflit israélo-palestinien) qui renvoient toujours ces communautés à leurs antagonismes. Plusieurs scènes du film nous montrent l'intrusion de ces affrontements, par médias interposés, dans la vie quotidienne d'Esther et Halima. Mais l'on voit justement comment, par une connaissance mutuelle et directe, chacune peut arriver à ne pas imputer à l'autre la responsabilité de ce qui arrive ailleurs "Ce n'est pas Esther qui lance les bombes..." dit Halima à sa famille.
Apparaissent aussi les confrontations parfois difficiles des choix de style de vie incarnés par la jeune génération. Salima, la fille infirmière, qui ne peut parler à sa famille et à sa cousine voilée, de son petit ami. Et cette scène, sur la plage, où des jeunes filles sortent de la mer et se douchent, torse nu, sous le regard (étonné ? curieux ? envieux ? réprobateur ?) de jeunes filles habillées strictement et portant le voile.
Rien n'est pesant, rien n'est souligné, rien n'est systématiquement démontré. Mais tout est suggéré et montré avec délicatesse.

Maguy Chailley