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Cinéma

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De l'autre côté de la rue

(O outro lado da rua)
Brésil 2004 ; durée 1 H 38

Réalisation : Marcos Bernstein ; Scénario : Marcos Bernstein, Melanie Dimantas ; Montage : Marcelo Moraes ; Photographie : Toca Seabra ; Compositeur : Guilherme Bernstein  ; Production : Neanderthal MB Cinema-Bresil, Passaro Films- Francen Arte France cinéma
Interprétation : Fernanda Montenegro, Raul Cortez, Laura Cardoso, Luis Perey.
Auteur :

Marcos Bernstein a signé le scénario du film de Walter Salles "Central do Brasil" très favorablement accueilli. "De l'autre côté de la rue a été plusieurs fois remarqué : Rencontres du cinéma d'Amérique latine (Toulouse), Festival de Berlin 2004, Prix de la meilleure actrice Tribeca film festival 2004 (New York).

Résumé :

Regina mène une existence morose avec comme compagne une petite chienne, prétexte à des promenades hygiéniques sur la plage de Copacabana (!). Elle meuble sa solitude de femme abandonnée en collaborant avec la police : une "indic", ce dont elle s'acquitte avec beaucoup de conscience. Voici que, bon sang ne saurait mentir, elle surprend à la jumelle, "de l'autre côté de la rue" un juge retraité en train d'administrer à son épouse une injection mortelle : il n'en faut pas plus à Blanche neige, son "nom de guerre", pour alerter le ban et l'arrière ban de la flicaille et entreprendre, par devoir (d'abord !), de confondre le veuf, présumé par elle assassin.

Analyse :

"Central do Brasil" avait laissé comme un goût de "revenez-y", et la remarquable Fernanda Montenegro y avait été pour beaucoup : femme déjà solitaire, désenchantée, chez qui la rencontre fortuite du petit orphelin avait réussi à faire éclore des trésors de dévouement et de maternité. Passer du métier de scénariste à celui de réalisateur n'était pas pour Bernstein une mince affaire, et le récit est moins porteur que celui de Salles. On est loin d'un road movie, avec cette réalisation intimiste dans Rio, inondée, au-delà de l'imaginable, du vacarme automobile, de foules intenses de piétons de toutes couleurs, et d'une brutalité de tous les instants (déjà présente chez Salles). Mais, si l'on ne peut prédire au film de Bernstein un succès semblable à celui de son "précurseur", on ne peut demeurer indifférent à un film latino-américain où l'universel des sentiments et des êtres se conjugue toujours avec le portrait d'une société à la fois attachante et rude. De "gibier" au départ, le juge ne tardera pas à devenir (presque) pour Regina, le chasseur. Je dis presque, car l'héroïne ne succombe que fort tard, ce qui nous vaut entre deux êtres déjà avancés en âge, des propos et des comportements d'une grande tendresse. Le sexe ici n'est point étalé à tout va. La règle d'or de l'héroïne : "je dis ce que je vois" ne lui aura pas permis d'échapper à l'erreur en quelque sorte "pré-judiciaire". Il est vrai que le débat n'est pas clos de la frontière entre euthanasie et crime (ou au moins délit) : et on appréciera la "boucle" entre une des premières images et la dernière : ici Regina épie. et, beaucoup plus tard, c'est le juge qui "épie" Regina, avec cette jumelle même qu'elle lui a fait parvenir en geste de réconciliation et d'amour. Si ce n'est pas du très grand cinéma, malgré un usage très savant et jamais lassant, des contrastes clair obscur, c'est un travail d'une grande humanité : que demander de plus, parfois ?

Jacques Agulhon