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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Delwende, Lève toi et marche

(Burkina Faso 2005 ; durée: 1H30)
Mention spéciale du jury oecuménique au festival de Cannes 2005

Réalisation : Scénario et réalisation : S. Pierre Yameogo ; Image : Jürg Hassler ; Son : Issa Traore ; Montage : Jean-Christophe Ané ; Distr. : Les Films du Safran
Interprétation : Claire Ilboudo (Pougbila), Blandine Yameogo (Napoko), Célestin Zongo (Diarrha), Thomas Ngourma (Elie "le fou").
Auteur :

S. Pierre Yaméogo est une des figures importantes du cinéma africain d'aujourd'hui. Cinéaste engagé qui s'implique dans la défense de son héritage culturel tout en essayant de secouer un continent dont l'évolution est ralentie par le poids des coutumes, il a réalisé de nombreux documentaires et six longs-métrages : Moi & mon blanc (2003), Silmandé "tourbillon" (1998), Wendemi (1993), Laafi (1991), Dunia (1987)

Résumé :

Nous sommes dans un petit village burkinabé qui vit une tragédie : atteints par un mal mystérieux que les villageois attribuent aux oeuvres d'une sorcière, les enfants meurent les uns après les autres (on comprendra par la suite qu'il s'agit d'une épidémie de méningite).

Pour une raison d'abord obscure, Diarrha, un des notables, veut éloigner sa femme, Napoko, et sa fille qui vient d'être violée, Pougbila. Pougbila est envoyée chez son promis, dans un village voisin. Quant à Napoko, Diarrha fera en sorte qu'elle soit désignée comme la sorcière responsable de la mort des enfants. Chassée, Napoko errera de village en village et finira par aboutir dans un asile pour vieilles femmes à Ouagadougou.

Analyse :

S. Pierre Yaméogo s'en prend à une société phallocratique où la domination masculine s'appuie sur la tradition et l'obscurantisme religieux. Mais, comme dans Moolaadé, de Ousmane Sembène, si le pouvoir est homme, la révolte est femme. Ici elle s'incarne en Pougbila. Pougbila la magnifique. Pougbila la femme qui se lève et qui marche, marche sans cesse, corps dressé, muscles tendus, pour dire non. Non à ce mari qu'on lui impose et dont elle ne veut pas. Non au silence dont s'entoure l'homme qui l'a violée et qu'elle veut forcer à se dénoncer. Non à l'injustice faite à sa mère qu'elle va rechercher dans son asile et qu'elle ramène au village pour que la vérité éclate et que sa dignité lui soit restituée.

S. Pierre Yaméogo cherche visiblement à dépasser l'anecdote pour viser à l'universel et faire de son film un manifeste de dénonciation d'une société injuste et bloquée. Si son indignation trouve une expression parfaite à travers le personnage toujours en avant de Pougbila, elle s'empêtre aussi parfois dans un certain simplisme à force de vouloir faire passer son "message". Et c'est quand il se laisse simplement aller à sa sensibilité que l'auteur parvient le plus à toucher en profondeur. Ainsi dans la très belle danse des jeunes filles au début du film, image du bonheur et de la vie. Ou, à l'inverse, images de la détresse et de la mort, les scènes, toute de discrétion et d'émotion palpable, où Pougbila va d'asile en asile à la recherche de sa mère.

Jean Lods