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Cinéma

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Don't come knocking

Etats-Unis ; 2005 ; 2h02

Réalisation : Wim Wenders ; Scénario : Sam Shepard ; Musique : T-Bone Burnett
Interprétation : Sam Shepard : Howard Spence - Jessica Lange : Doreen - Tim Roth : Sutter, le détective - Gabriel Mann : Earl, le fils - Sarah Polley : Sky - Eve-Marie Saint : la mère de Howard.
Auteur :

Wim Wenders est né en 1945 en RFA. Il appartient à cette génération d'hommes et de femmes qui, nés pendant ou juste après la guerre, se voient héritiers malgré eux d'une Allemagne nazie. En quête d'une identité vivable et d'une terre où planter des racines, Wim Wenders quitte l'Allemagne très tôt pour la France puis pour les Etats-Unis dont il s'éprend, avec ses mythes, sa musique, son cinéma. Auteur de plus de 20 long-métrages, il a réalisé entre autres L'Ami américain (1977), Paris-Texas (1984), Les Ailes du Désir (1987) The soul of a man (2003), Land of Plenty (2004).

Résumé :

Howard Spence, acteur de westerns depuis trente ans, célèbre autrefois, grand séducteur, amateur d'alcools, voire de drogue, bondit un beau jour sur son cheval et prend la fuite en plein tournage, au grand dam de toute l'équipe qui lance un détective à sa recherche. Alors qu'il rend une visite inopinée à sa mère, il apprend par celle-ci qu'il serait père d'un enfant. Howard part alors à sa recherche et retourne sur les lieux de sa jeunesse où il retrouve en effet un jeune rocker et sa mère qui se sont habitués à vivre sans lui...

Analyse :

C'est l'histoire d'un homme qui ne peut plus se supporter : sa vie est tombée en panne. Cet homme, c'est Howard Spence, qui depuis trente ans a pour devise : " Don't come knocking... if the trailer is rocking !". Provocation, certes, mais aussi refus de laisser entrer le monde dans sa bulle protégée. Aujourd'hui, il a la nausée : il prend la fuite au grand galop dans l'espoir de laisser son image loin derrière lui. Illusion, car les images ont la vie dure : même sa mère garde ses distances quand le fils prodigue resurgit devant elle. Trop de temps a passé, et Howard est devenu un "fantôme de l'ouest" pour de bon, pas seulement sur le plateau. Le fils explose de fureur devant ce père "abandonneur" qu'il pourrait bien jeter par la fenêtre comme il le fait de ses meubles. Il n'a rien à faire d'un père prodigue : Dieu est mort. Quant à Doreen, la mère, elle n'a pas non plus de place pour l'amant repenti. Et l'ange wendersien alors ? Sous les traits de la douce Sky, au prénom céleste, il semble avoir perdu un peu de ses pouvoirs : Howard est ramené sans ménagements à son image qui l'attend là-bas, sur le plateau, dans un far-west de carte postale. Cette fois, les "ailes du désir" se sont révélées trop faibles, trop usées pour emporter l'homme vers une autre vie. Certes, ce film, porté par la belle musique obsédante de T-Bone Burnett, décline une fois encore l'errance, la solitude et la quête de racines. Mais aujourd'hui, comme dans Land of plenty, Wim Wenders jette un regard triste sur une Amérique à bout de souffle qui voit ses grands mythes et ses héros réduits à des images exsangues.

Françoise Lods