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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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El aura

Argentine – 2005 – 2H12

Réalisation : Réalisation et scénario : Fabian Bielinsky ; Image : Checco Varese Montage : Alejandro Carrillo Penovi et Fernando Pardo ; Musique : Lucio Godoy ; Son : Victor Alejandro Tendler ; Production : Pablo Bossi, Samuel Hadida, Gerardo Herrero
Interprétation : Ricardo Darin, Dolores Fonzi, Alejandro Awada, Pablo Cedron, Jorge D’Elia
Auteur :

Fabian Bielinsky est né en 1959. Après quelques années comme assistant réalisateur, il sort son premier long-métrage en 2000 : Les neuf reines, remarqué par la critique. El Aura est donc son deuxième film.

Résumé :

Esteban Espinosa (incarné par Ricardo Darin, grande star en Argentine) mène une vie tranquille de taxidermiste, mais on ne sait pas grand chose de lui. Il est sujet à des crises d’épilepsie, qui commencent toujours par un état second qu’il appelle « l’aura » : c’est « comme une porte qui laisse passer des choses, des bruits, de la musique, des images». Par ailleurs il a le don d’imaginer des vols parfaits, opérations compliquées et chronométrées. Mais cela reste imaginaire, jusqu’à ce qu’une partie de chasse en Patagonie le précipite dans un véritable (?) hold-up sanglant…

Analyse :

Tout d’abord, il y a ce phénomène mystérieux qui a donné son titre au film et qui, selon Le Robert, est encore employé en médecine. Le personnage est atteint d’un mal qui crée l’inquiétude autour de lui et en lui, donc chez le spectateur!

Ainsi, la séquence d’ouverture s’attarde sur le corps allongé d’ Esteban dans le local d’une guichet automatique, alors que résonne en crescendo un bip-bip obsédant. Plus tard, dans une file d’attente à la Caisse  d’Épargne, le personnage imagine et fait se dérouler sous nos yeux un hold-up extraordinaire de rapidité et d’efficacité… tel un cinéaste, orchestrant l’action sur le plateau ! L’autre aspect mystérieux chez Esteban, c’est son travail d’empailleur : en particulier, il s’occupe d’un chien-loup, que l’on verra l’accompagner partout, surtout dans cette zone de la forêt où il part chasser avec son ami, alors qu’il ne sait même pas tirer à la carabine !

L’hypothèse que l’on pourrait formuler, c’est que le personnage navigue entre le réel et l’imaginaire et que le temps fort de sa vie s’exprime paradoxalement par la « chute » dans l’aura, où soudain tout devient flou, indistinct et cotonneux. Il se retranche du monde du visible, il coupe toute relation, il est dans un état de solitude existentielle. Le réveil de la crise se manifeste par un lent retour à une réalité glauque et grise, que le personnage devra subir, comme cette participation aux côtés de deux malfrats à un hold-up mal organisé, mais surtout saboté par sa « disparition » à un moment crucial ! Il faut préciser que le film est découpé en fonction de chaque jour de la semaine, induisant un déroulement dans le temps (sept jours) de l’action du film. À la fin, on revoit une des séquences du début : Esteban travaillant méticuleusement dans son atelier le même jour de la semaine qu’au départ ! Cette histoire ne serait elle que le fruit de l’imagination du personnage ? Le mystère non résolu s’insinue dans l’esprit du spectateur, alors que se déroule le post-générique et que les lumières de la salle s’allument.

Alain Le Goanvic