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Cinéma

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Elephant

USA, 2003, 81 mn

Réalisation : Scénario et mise en scène : Gus VAN SANT, Directeur de la photographie : Harris SAVIDES<, Direction artistique : Benjamin HAYDEN ; Production : HBO Premiere Films ; Distribution : France : MK2 Diffusion
Interprétation : Alex: Alex FROST ; John MC FARLAND : John Robinson ; Elias : Elias MC CONNELL ; Eric : Eric DEULEN ; Jordan : Jordan TAYLOR ; Carrie : Carrie FINKLEA ; Nicole : Nicole GEORGE ; Britanny : Britanny MOUNTAIN ; Michelle : Kristen HICKS
Auteur :

Né en 1952, à Louisville, Kentucky, Gus VAN SANT appartient à la « Génération Woodstock ». Il est très influencé par le cinéma expérimental. A partir de 1976, il s’intéresse à la population marginale et enchaîne des films qui connaissent un succès critique et public. Gus VAN SANT a plusieurs talents : il est réalisateur, acteur, scénariste, producteur, monteur, producteur exécutif. Quelques titres : Mala Noche (1985) - Drugstore cowboy (1989) - My own private Idaho (1991) - Prête à tout (1995) - Will Hunting (1997) - A la rencontre de Forrester (2000).

Résumé :

Portraits de lycéens américains, juste avant qu’un massacre soit perpétré dans leur lycée. Portrait d’un massacre. L'idée de ce film est née à la suite du massacre du lycée de Colombine. Gus Van Sant souhaite tourner un film pour la télévision. La chaîne américaine HBO lui propose le cadre esthétique issu du film anglais "Elephant" (Alan Clarke) sur une série de meurtres mystérieux. Gus Van Sant réalise ensuite un casting de lycéens. La trame scénaristique du film est directement issue des histoires confiées lors du casting.

Analyse :

Gus VAN SANT donne à voir avec constance des portraits d’adolescents, plus ou moins marginaux. Dans Elephant, ces portraits sont d’autant plus marquants qu’ils s’inscrivent dans un contexte funèbre. Arriverons-nous à percer le mystère de ce moment si terrible ? Pourrons-nous un jour comprendre ce qui peut un jour déclencher une telle négation ? Pour répondre à ces questions, le metteur en scène choisit de filmer ses personnages au plus prêt, de dos ou de face, en les accompagnant sans heurt dans les dédales du lycée. Pourtant, malgré cette proximité apparente, nul ne peut vraiment comprendre ce qui se passe. On filme au plus prêt, on saisie la moindre bribe, quelque soit sa banalité, avec une volonté de ne pas trop interpréter pour laisser le spectateur libre de son analyse.

La chronologie de ce film reproduit la gravité. Tout se construit autour des vingt premières minutes. Le temps que John entre et sorte du lycée. Souvent, le même « espace temps » est joué selon différents points de vue comme la confrontation de plusieurs réalités. Le flash back est utilisé uniquement pour montrer les futurs tueurs. Le temps est sensible comme influencé par nos personnages : il s’accélère parfois en regardant le ciel, il ralentit pour capturer un souffle sur un terrain de jeu. Au delà du portrait, le temps, par son traitement artistique, transmet une image d’immortalité et une image de mystère. Une boucle éternelle de l’incompréhension qui s’ouvre et se clôt sur le ciel. Par son cadrage en plan serré, par son montage fluide, par ses travelling souple, Gus VAN SANT filme avec pudeur et tout en douceur. Parfois l’image et le son renforcent l’isolement de nos personnages dans leurs réalités : les arrières plans sont floutés, le son est tû, le décor est vidé d’humanité. Elephant est une invitation faite aux sens, à la fois pudique et mélancolique, à l’image de la sonate pour piano de Beethoven ; une invitation pour essayer d’approcher un mystère sans explication.

Anne-Laure Dumortier