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Cinéma

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Elle s'appelle Sabine

Elle s’appelle Sabine 

Documentaire France 2007 1h25

Réalisation :
Scénario et Image : Sandrine Bonnaire et Catherine Cabrol ; Son : Jean-Bernard Thompson, Philippe Richard. ; Montage : Svetlana Vaynblat. ; Musique : Caro Diaro et Nicolas Piovani. Musique originale: Jefferson Lembeye et Walter N’Guyen. ; Production : Thomas Schmitt (Mosaïque Films). ; Distribution: Les Films du Paradoxe.
Auteur :

C’est le premier film de la célèbre comédienne, au lumineux sourire, qui a notamment été à l’écran la Jeanne d’Arc de Rivette. Le film a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes et a reçu le prix de la Fipresci. Catherine Cabrol photographie Sandrine Bonnaire depuis plusieurs années. C’est la musique de Piovani pour Journal intime de Moretti que la réalisatrice a pu utiliser.

Résumé :

C’est un portrait émouvant de Sabine Bonnaire, autiste attachante , réalisé par sa soeur la plus proche, qui raconte son histoire à travers des archives personnelles, filmées par la comédienne sur une période de 25 ans. Après avoir vu son état gravement altéré au cours de cinq années passées en hôpital psychiatrique, Sabine, à 38 ans, reprend goût à la vie dans un centre d’accueil médicalisé adapté, en Charente.

Analyse :

Ce film qui veut à l’origine tirer la sonnette d’alarme sur la situation des autistes, privés, malgré leur nombre, de prises en charge adaptées, est bien plus qu’un geste militant. C’est le formidable chant d’amour d’une sœur qui a mal à sa sœur, et déplore les heures heureuses de partage insouciant et complice de leur jeunesse que reflètent, parfois au ralenti comme pour les retenir, les images ensoleillées de la vidéo 8 s’attardant sur les baignades maritimes ou l’éblouissement d’un voyage à New York. La si précocement différente et trop fantasque Sabine, quasi jumelle de Sandrine par le port, le regard et le sourire, était curieuse, moqueuse, douée pour la musique avant, contraste déchirant, de sombrer dans les crises de violence, la boulimie, la poignante dépendance affective vis à vis de sa sœur qui lui apporte tant d’amour par sa seule présence qu’elle parait la maintenir en vie. L’ oeil attentif de la caméra scrute Sabine, et la voix de Sandrine, à l’émotion maîtrisée, se pose, vibrante néanmoins, à une juste distance de toute sensiblerie,-qu’elle s’adresse à sa soeur ou qu’elle commente, off, le parcours de son malheur. Les images que sa sœur nous montre longuement de Sabine, angoissée, vulnérable, violente, triste, ou manipulatrice- comme aussi de ses compagnons d’infortune dans le centre d’accueil, nous persuadent qu’elle est en proie aux mêmes sentiments que nous, les gens « normaux », afin que nous n’en ayons plus peur et qu’en prenant le temps de les regarder et de leur parler, nous les confirmions dans toute leur dignité de personnes humaines.

Jean-Michel Zucker