Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Entre les murs

France 2008 ; durée, 2H10

Réalisation :
Réalisation : Laurent Cantet - Scénario : Laurent Cantet, François Bégaudeau, Robin Campillo, d’après le roman de François Bégaudeau, Entre les murs - Image : Pierre Milon, Catherine Pujol, Georgi Lazarevski - Montage : Robin Campillo, Stéphanie Léger - Production et Distribution : Haut et Court.
Interprétation : François Bégaudeau (François), Nassim Amrabt (Nassim), Laura Baquela (Laura), Franck Keïta (Souleymane), Rachel Régulier (Khoumba), Samantha Soupirot (Samantha)
Auteur :

Depuis qu’il filme, Laurent Cantet pointe sa caméra sur les zones sensibles de notre société. Dans Ressources humaines (1999), il mettait en scène un jeune cadre d’entreprise, appelé à bâtir un plan social dont une des charrettes emporterait son père. Dans L’emploi du temps (2001), il s’en prenait au chômage. Dans Vers le Sud (2006), film où des Américaines riches et mûres s’achetaient les faveurs de jeunes et pauvres Haïtiens, il présentait les rapports Nord-Sud sous un angle particulier. Avec Entre les murs, c’est à un autre problème brûlant qu’il s’attaque : celui de l’école.

Résumé :

Professeur de français dans un collège à la population très mélangée, François affronte, sur la durée d’une année scolaire, une classe de quatrième difficile. Face à Khoumba, Esmeralda, Souleymane et leurs copains à la langue bien pendue, la transmission d’un savoir est un combat de tous les instants.

Analyse :

Certains sujets sont à haut risque. Celui-là en était un. Comment réaliser un film sur l’école sans tomber sous le reproche, au choix, d’élitisme réactionnaire ou de rousseauisme laxiste, et sans faire de ceux qui y enseignent des missionnaires de l’intégration ou des démissionnaires de l’esprit républicain ? La piste était verglacée. Laurent Cantet la descend victorieusement, prenant à chaque virage le risque de déraper. Et cela avec un scénario, on ne peut plus minimaliste, qui consiste à suivre le déroulement du cours de français d’un enseignant. Mais qu’on ne se méprenne pas sur cet aspect apparemment documentaire : on est ici face à une authentique fiction, remarquablement construite, le côté « cinéma du réel » n’étant que la forme adoptée par l’auteur pour rendre plus incisive cette image de l’école qu’il veut transmettre.
Une image en forme de face à face professeur/élèves : on y voit François Marin quotidiennement affronté à un combat bifide, l’enseignement proprement dit d’un côté, l’établissement et le maintien du dialogue avec les élèves de l’autre. Ces deux aspects se rejoignant, la matière enseignée étant le français. Cette conjonction a pour effet de souligner un des achoppements de base de notre école, et de mettre en relief un des enjeux principaux du film : le problème de la langue. Une langue dont la maîtrise reste incertaine pour une classe à forte proportion immigrée. Une langue que François Marin enseigne avec ce qu’il faut de brillant et d’ironie pour à la fois séduire, provoquer, tenir à distance. Il en résulte chez les élèves une rétivité à la fois contenue et entretenue, et chez le spectateur un sentiment latent d’insécurité dont la tension dramatique qu’il attise constitue le liant de ce film et conduit fatalement à l’incident résolutoire, attendu depuis la première séquence.
Ni plaidoyer ni acte d’accusation, Entre les murs dresse un constat sensible et lucide sur l’état d’un système scolaire qui, à l’inverse du film qui lui est consacré, est loin de mériter la mention «Très bien».

Jean Lods