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Cinéma

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L'évantail de Lady  Windermere

L'éventail de Lady Windermere

Etats Unis 1925 (1H 26)

Réalisation et montage

Ernst Lubitsch
Scenario : Julien Josephson, Maude Fulton, Eric Locke d’après la première comédie  d’ Oscar Willde (1893).
Directeur de la photographie : Charles van Enger
Directeur artistique : Harold Grieve, Edgar G.Ulmer
Production : Darryl F. Zanuck, Ernst Lubitsch
Distribution : Les grands films classiques en France

Film muet inédit en France  jusqu’au 4 Avril 2007, accompagné en direct par   le pianiste Jacques Cambra, compositeur pour l’occasion avec Roch Havet d’une musique originale et pertinente

Interprétation : May McAvoy (Lady Windermere), Ronald Colman (Lord Darlington), Madame Erlynne (Irene Rich), Bert Litell (Lord Windermere), Helen Dunbar (Madame Cowper-Cowper), Edward Martinde (Lord Augustus Lorton), Billie Bennett (Lady Plymdale), Carrie Daumery (La duchesse de Berwick).
Auteur :

Fils d'un tailleur renommé de Berlin , il entre en 1911 au fameux Deutsches Theater mais émigrera aux Etats –Unis dès 1922 où il  ravira le  public du cinéma  muet puis du  parlant par ce mélange de subtile ironie et de virtuosité visuelle -la « Lubitsch touch »- qui imprègnera ensuite pendant trente ans une quarantaine de comédies romantiques et/ou dramatiques parmi lesquelles La princesse aux huîtres (1919), La femme du pharaon (1921), Haute pègre (1932), Sérénade à trois (1933), La veuve joyeuse (1934), Ninotchka (1939) avec Garbo,  Illusions perdues (1941), et la grinçante comédie anti-nazie To be or not to be  (1942)

Résumé :

Dans la bonne société anglaise victorienne finissante, la jeune Lady Windermere vit dans l'insouciance, courtisée par  Lord Darlington, jusqu'au jour où elle apprend que son mari entretient une relation avec une femme au passé scandaleux, Mme Erlynne. Tout se jouera lors d’une soirée mondaine ou la mère dévoyée fera preuve de grandeur… sans oublier son intérêt.

Analyse :

Wilde prouve, dans une œuvre en son temps sulfureuse,  que  c'est l'ambiguïté qui fonde l'intrigue et qu’un mensonge  rétablit l'ordre social.  Relisant sa pièce,  Lubitsch, grâce à sa mise en scène, à la mobilité de sa caméra et à la variété des cadrages , plonge le spectateur de façon saisissante dans cette hypocrisie sociale, ce faux semblant, cette absence d’authenticité des personnages bien que son génie souriant n’ait pas la noirceur d’un von Stroheim.
Selon Lubitsch, pour mieux montrer, il faut cacher : l’absence est aussi véridique  que la présence est mensongère, et les objets trahissent ceux qui les dissimulent. Ainsi le  réalisateur-monteur, en magicien accompli, remplace-t-il les bons mots et les phrases à double sens de Wilde, -dont le spectateur constate avec ravissement que  le manque ne se fait nullement sentir-, par le montage déstabilisant mais éloquent d’un  tourbillon de plans et de très audacieux cadrages (visages   coupés, personnages réduits à un bras, une main, une expression, un sourire) qui sont toujours au service de l’intrigue et des effets comiques et contribuent souplement à  la perception de la  continuité de la réflexion et des émotions des protagonistes et de la complexité des enjeux pour chacun d’entre eux.
On doit enfin signaler la finesse  et le charme quasi romantiques du  jeu de tous les acteurs, à la fois convaincants et touchants. Bref il y a là un chef d’œuvre absolu du cinématographe tel que pouvait le concevoir un Bresson, véritable miracle de profondeur et de légèreté… jubilatoire !

Jean-Michel Zucker